Catégorie : travail du soir

Le travail à la maison, vous en pensez quoi?

Ce texte fait suite au fait qu’il y a 2 semaines, je recevais un mail d’une IPR qui me demandait mon avis sur le travail à la maison et un descriptif du projet des Problèmes DUDU en regard avec le travail sur le temps hors-scolaire des élèves.

A travers un dispositif de travail de recherche régulier que je décrirai dans un premier temps, je confronterai deux conceptions du travail à la maison.

I. L’utilisation des vidéos dans le cadre de projet de recherche : Les vidéos MATHALOUÉ et Problème DUDU.

Descriptif des projets vidéos :

Deux projets ont été mis en place au sein du collège Belle-Vue de Loué, l’un portant sur le niveau 6e-5e (MATHALOUÉ plus récent) et l’autre sur le niveau 4e-3e (PB DUDU projet originel sur lequel s’appuie les MATHALOUÉ).

Redonner du concret aux mathématiques et motiver les élèves à faire et faire vivre des mathématiques, voilà les deux objectifs complexes que nous devions atteindre.

Dispositif en bref : Les élèves visionnent, en classe, une vidéo. Une fois par semaine et en groupe, les élèves travaillent en classe sur le projet. La vidéo tourne en boucle, les élèves ont tout à disposition.

Les élèves peuvent (ils ne sont pas obligés mais généralement ils le font d’eux-même) travailler en dehors de la classe (permanence, CDI, chez eux). Ils doivent au bout de 3 semaines produire une œuvre (affiche, vidéo, maquette) qui explique leurs raisonnements et leurs conclusions. Après cela, un débat est fait sur les productions entre groupe et le dispositif reprend avec une nouvelle vidéo.

Les vidéos sont disponibles sur le site du collège (e-lyco) pour une utilisation hors-classe.

Les vidéos sont en regard avec les notions abordées avant ou à l’issue du travail sur la vidéo.

a) Redonner du concret à l’activité mathématique : le support vidéo.

Le document écrit est peu propice à l’installation de l’élève dans un processus expérimental. En effet, il est parfois difficile « de voir l’expérience» à travers un document écrit, difficile de comprendre des schémas. De plus certains handicaps (dys-*) rendent encore plus opaque, l’utilisation des documents pour les apprenants.

La plupart des tâches complexes (problèmes ouverts) construites en classe sont principalement le fait des enseignants car ils en viennent à « oraliser » la tâche. L’enseignant est « l’instigateur » du problème ouvert, le document écrit d’appui n’est que secondaire.

Dans ces conditions, l’appropriation du problème ouvert ne peut se faire qu’en classe. Le dispositif est donc peu souple à une utilisation hors classe.

Le support vidéo, ici, permet cette liberté de porter le problème ouvert en dehors de la classe, nous verrons plus loin comment concrètement. Le support (s’il est bien conçu) se suffit à lui-même. Et pour cause, le problème est oralisé, visuel et mis en situation.

Pour les élèves, le problème est assimilable à un problème qu’ils pourraient rencontrer. Il est plus facile pour l’élève d’adhérer à une histoire en vidéo car « on voit ce qu’il se passe, on s’y croirait ».

L’intégration des apprenants dans la situation de problème est facilitée.

L’adhésion des élèves à la situation de problème est importante car sans cette adhésion les élèves n’essayeront pas, ne chercheront pas, ne se tromperont pas. On gagne en ténacité, la capacité de travail des élèves est améliorée.

Sur les notions mathématiques, de vraies questions, s’il y a, naîtront. On peut supposer qu’un élève qui, dans une dynamique de travail a rencontré des problèmes, sera plus à même d’écouter et de comprendre les réponses de l’enseignant. Il sera ainsi acteur de son enseignement car il aura « essayé ».

De plus, le support vidéo permet une plus grande richesse de situations.

b) Travaux de groupe

Le dispositif s’intègre dans un travail de groupe, ce qui apporte plusieurs points positifs :

La remédiation par les pairs, lorsque les élèves plus faibles du groupe rencontrent des soucis de compréhension, d’assimilation ou de lecture, on s’attend à ce que les élèves les plus forts expliquent. En effet, le groupe entier doit être d’accord sur la réponse à donner : le meilleur moyen d’accentuer la coopération entre les membres.

– L’écoute de l’adulte lors dexplications, lorsqu’il y a débat dans le groupe qui ne trouve pas de consensus. Ici, l’adulte peut et doit intervenir pour faire avancer le groupe. L’écoute donnée à l’enseignant sera plus appuyée car les élèves se seront rendu compte qu’il y a un « vrai obstacle » pour avancer dans le projet de recherche.

Chaque élève peut apporter au groupe. Le projet de recherche s’articule aussi autour d’un projet artistique (maquette, affiche, tournage de vidéo …). Au delà de la recherche et de la réflexion mathématique, les élèves doivent montrer des aptitudes de transmission de savoirs à travers le support qu’ils auront choisi. Un élève qui aura peu fait avancer le groupe dans la recherche, pourra participer à la création de l’œuvre finale.

c) Donner envie ?

Pour illustrer le dispositif, je vais évoquer ce qui aurait pu être la conception du premier Épisode Problème DUDU de la saison 1.

Partons de ce que propose l’académie de Paris comme exercice sur un tableur à propos de la légende de l’échiquier :

parisexo

Voir ici

Cet exercice est à destination des élèves de 3e. Donne-t-il envie ? A l’évidence : NON et pour plusieurs raisons :

On nous guide dès la première question sur le fait que la réponse s’exprime en puissance de 2 ! On nous ôte le plaisir de deviner ce qu’il faut faire.

On observe pas loin de 6 questions, ce qui paraît long à comprendre. Ce ne sont pas des questions sur lesquelles on se serait forcément penchées. Pourquoi le poids d’un grain de riz et pas la taille ? Pourquoi ne pas avoir utilisé le fait que la production du pays était insuffisante ?

Comment aurait-on pu « ouvrir » cet exercice ?

Le jeu d’échecs :
La légende dit que pour le remercier des plaisirs que lui procurait le jeu d’échecs, l’empereur Shiram promit à son inventeur Sissa le cadeau suivant :
«  Sur la première case du jeu, il déposerait 1 grain de riz, puis le double sur la deuxième case et ainsi de suite en doublant chaque fois le nombre de grains.  »

L’empereur, malgré tout, n’a pu tenir sa promesse, pourquoi ?

Ici, pas de guidage ! L’élève choisit son raisonnement. A lui d’être clair et précis sur sa réponse, on pourra lui demander oralement de l’être .

Mais ici encore, l’écrit apporte son lot de défauts : on n’entre pas dans le problème, l’histoire est trop brève pour y adhérer. Et allonger le texte pour le décorer, mettrait en difficulté les élèves ayant des problèmes avec la lecture. On arrive donc au bout des possibilités du dispositif écrit.

C’est ici que le support vidéo devient intéressant, on peut décorer le problème sans en entraver la compréhension par les élèves.

Cela a donné le premier problème où l’on observe deux individus en train de se quereller autour d’un jeu d’échiquier.

L’épisode commence en pleine dispute. Le premier dit au second : « Je te dis.T’auras pas assez de pièce pour remplir l’échiquier » L’autre de lui répondre « Quoi ? J’aurai pas assez de pièces pour mettre 1 cts là, deux cts là, 4 cts là, 8 cts là…. » (Explication du problème)

L’autre de répondre « Ouais et on double à chaque fois…. » et le premier de surenchérir « Pour remplir tout le plateau ? Attends ? T’as pas de pièces-là? »

S’ensuit une expérimentation sur les 4 premières cases. (On montre que l’on peut expérimenter chez soi)

« Et tu me dis que j’aurais pas assez de pièces pour remplir le plateau ?»

« Voir même juste la dernière case .»

« Bah attends avec 100€ de pièces de 1 ct…. »

« Je t’arrête tout de suite, le nombre de pièces sur la dernière case suffirait à recouvrir la France… »

« La France ? Et le monde tant que t’y es ? »

« Pourquoi pas ? »

« Pfffff.N’importe quoi »

Ici, la résolution du problème n’est pas évoquée et pourtant on donne envie de répondre. Le côté décalé des possibilités émises par un des acteurs donne envie de chercher : « Et s’il avait raison ? »

L’épisode ne dure qu’une minute. C’est rapide pour un élève.

Au bout du premier visionnage, des élèves se posent des questions dont la réponse est dans l’épisode même (recherche d’informations : par exemple « Combien de cases dans le plateau? »). Les élèves y vont donc progressivement dans le processus de recherche. Le temps de remettre la vidéo en route pour une seconde lecture, les élèves se posent alors d’autres questions relatives à des informations qu’ils leurs paraissent nécessaires : comme on le ferait pour un problème de la vie de tous les jours.

Plusieurs revisionnages permettent aux élèves de progresser dans cette recherche d’informations. Il faut observer, écouter et noter. Ils acquièrent progressivement l’importance de certaines informations sur d’autres.

Dans un problème écrit, les informations auraient été parquées en début d’exercice. C’est une approche démotivante, car on a toutes les informations même celles auxquelles on n’aurait pas pensé : on ne sait pas pourquoi on nous les donne.

S’il devait chercher des informations dans un texte, imaginez un élève qui peine à lire, lui infliger plusieurs lectures peut paraître complexe et démotivant, généralement l’élève se serait arrêté et aurait dit : « J’ai pas compris ».

II.La motivation : un enjeu crucial pour un travail à la maison efficace

C’est le cœur du dispositif : redonner de la motivation aux élèves.

a) Travail à la maison apprentissage des leçons

Avant d’aller plus loin, je ferai une différence entre apprendre ses leçons et le travail à la maison :

– Le travail à la maison sous-entend une production que les élèves font à la maison. C’est ce que les parents sont en capacité de vérifier lorsqu’ils demandent à leurs enfants s’ils ont fait leurs devoirs.(exercices, DM, exposés …)

– L’apprentissage, par excellence, des leçons, est l’acquisition des notions vues en classe.

Ce n’est qu’un processus naturel pour peu que l’élève soit en aptitude de comprendre pourquoi il doit apprendre. En mathématiques, je ne saurai que maintenir qu’un élève qui a compris est un élève qui a appris.

Cela a deux sens : Comprendre une notion, c’est y adhérer. L’adhésion à la notion peut passer par un processus d’assimilation généralement inconscient. Les élèves impliqués « savent » généralement la leçon à la fin du cours « sans l’avoir appris » (consciemment). L’inverse se produit aussi, par exemple la notion de rédaction vu en 4e n’échappe pas à la règle : un élève qui comprend pourquoi on écrit une démonstration en mathématique, s’évertuera à apprendre comment on écrit une rédaction (cette fois-ci de manière consciente.)

On retiendra :

1) La compréhension de la raison d’être d’une notion est donc la cause de son assimilation consciente ou inconsciente par l’élève.

2) Cette compréhension est donc la principale clé de la motivation qui répond tout simplement à la question d’élève : Pourquoi on apprend ?

En somme, l’apprentissage des leçons n’est le fait que d’un élève motivé. Ce n’est donc pas une obligation puisque conséquence logique de la motivation.

Maintenant que nous avons vu que l’apprentissage des leçons n’est pas normalement à demander aux élèves, on peut se poser la question du travail à la maison dit « obligatoire » :ce que l’on donne et qui doit être fait.

b) Pourquoi demander du travail à la maison aux élèves?

Les objectifs sont multiples et divers en fonction de ce que l’on souhaite faire. On pourrait retenir, de manière non exhaustive, ceux-là :

– Réassimiler le cours à travers des exercices d’applications.

– Procéder à des récupérations de données pour un usage interne en classe.

Le principal défaut de ce genre de travail à la maison est l’extrême passivité de l’apprenant face aux tâches qu’il doit effectuer.

En effet, il n’est en rien l’instigateur de la tâche, il le fait parce qu’on lui a imposé de le faire.

C’est sans doute ici que le travail à la maison traditionnel pose problème dans la situation d’apprentissage.

– L’apprenant ne cherchera pas à « bien faire ». Nombre d’élèves bâclent leurs travaux, parce qu’ils ne voient pas l’intérêt de le faire, à part appliquer quelque chose qu’ils auraient compris.

J’ai, par ailleurs, déjà tenté de soumettre des travaux non obligatoires à faire à la maison, en expliquant aux élèves le bien-fondé de les effectuer. La majorité de la classe avait fait les exercices et les avait bien rédigés.

Bien-entendu, quelques élèves récalcitrants n’avaient pas faits les exercices, c’est un reproche que l’on pourrait me faire. On peut se poser la question, est-ce que l’assimilation est efficace si un élève bâcle ses exercices ou fait n’importe quoi ? La réponse est évidente, non ? Alors à quoi cela servirait-il d’imposer ce travail ?

Il y a aussi plusieurs moyens de motiver un élève comme en lui laissant une liberté sur les moyens mis à disposition, par exemple : faire les exercices à deux (en permanence), écrire une question sur un point non compris du cours à la place de faire un exercice…

Mes devoirs maisons (j’entends par cela des devoirs fait à la maison et ensuite évalués par l’enseignant) sont non-obligatoires et généralement, tous les élèves le font (à plusieurs car je les y autorise, ou seul).

On va le voir, il y a aussi d’autres dispositifs pour motiver et intégrer les élèves dans un processus d’assimilation : un projet (de recherche).

c) Et si le travail à la maison s’effectuait autour d’un projet ?

C’est ici qu’intervient le dispositif Problème DUDU ou MATHALOUÉ.

En effet, le projet vidéo a rencontré l’adhésion unanime et permanente des élèves pour résoudre les problèmes. Les élèves sont motivés et en redemandent.

Pour rappel, les élèves ont 3 semaines pour répondre à un problème vidéo, Au delà de ce temps imparti, je ramasse les productions, les évalue (avec ou sans eux), et je redonne un autre problème vidéo.

Pour chaque problème, 3 séances y sont consacrées. Ces séances sont en théorie largement suffisantes pour chercher les réponses et créer l’objet (affiche maquette vidéo) qui permet de répondre.

Par expérience, j’ai pu observer que les élèves ramenaient à la maison ce fameux travail et prenaient plaisir à « chercher chez eux». Pourtant, ils n’y étaient pas obligés.

Certains enfants se sont même amusés à aller plus vite que les 3 semaines qui leurs étaient données « pour avoir le problème suivant rapidement». Cette expérience illustre parfaitement que les élèves motivés travaillent d’eux même sans qu’on leur demande à travailler chez eux.

L’assimilation des notions est très pertinente :

– On créé autour d’histoires , des références « Vous vous souvenez du problème DUDU sur les vitesses » « Ah oui, il y a la proportionnalité !! ».

– Pour les groupes ayant échoué, les élèves sont dotés d’une meilleure écoute, ils sont plus aptes à comprendre la correction, car ils auront déjà réfléchi au problème. Ils seront à même de poser les questions qui seront plus pertinentes. On n’entend plus de « Vous pouvez tout réexpliquer, j’ai rien compris ? ».

Cependant ce travail à la maison a posé quelques soucis auxquels, à priori ,on ne pouvait s’attendre.

d) Le travail à la maison ne peut se faire qu’avec le soutien des parents.

On n’y pense pas, cela nous paraît tellement évident que les parents ne refuseront pas que leurs enfants travaillent le soir (certains en font même la demande expresse).

Majoritairement les retours ont été très positifs de la part des parents mais quelques-uns (au collège de Loué comme celui de Pornic), ont émis des griefs contre l’impact qu’avait le projet dans les occupations de leurs enfants hors temps scolaire.

En effet, certains élèves voulaient « travailler le projet et donc se rencontrer le weekend pour bosser ». Cela pose certains problèmes en milieu rural où le déplacement en voiture est proéminent. La participation des parents en devient donc obligatoire.

Principalement les propos étaient : « Il y en a marre d’entendre parler de problèmes DUDU le week-end. Qu’il faut aller chez machin puis inviter untel chez nous » en totale contradiction avec leurs souhaits que leur enfant travaille avec plaisir et surtout qu’il fasse des mathématiques. D’ailleurs ils le reconnaissaient d’eux-même après quelques échanges.

Un projet autour duquel s’articule des notions mathématiques doit donc avoir l’adhésion des élèves et des parents car il aura des conséquences sur la vie à la maison. Peut-être faut-il aussi motiver les parents en les rassurant ? Leurs montrer que c’est bénéfique pour leurs enfants ?

Et si tout cela n’était pas juste une confiance

à retrouver entre l’école, les parents et les élèves ?

Voir en plein écran

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Pédagogie inversée

Dernièrement j’ai vu un reportage sur un enseignant d’histoire géographie qui faisait de la pédagogie inversée en classe.

Vient ensuite un collègue toujours d’histoire géographie qui me parle de la khan-académie qui fournit plein de vidéos pour les enseignants qui font de la pédagogie inversée…

Tout d’abord la pédagogie inversée, c’est quoi?

Comme son nom l’indique la pédagogie inversée consiste à inverser les moments pédagogiques en classe avec les moments des devoirs à la maison (en théorie ce n’est faisable qu’au secondaire puisque le travail à la maison en primaire est à priori interdit).

La découverte d’une notion se fait à la maison, tandis que les exercices se font en classe sur des rythmes individualisés.

Les explications sur les notions se fait à la maison par l’intermédiaire de vidéos mises en ligne, à l’issue parfois desquelles un questionnaire internet est donné pour vérifier ou voir si l’élève a compris ou vu la vidéo.kkLe travail en classe est plus aisé, on demande aux élèves s’ils ont compris, ceux qui n’ont pas compris se font expliquer par ceux qui ont compris et les exercices se font en autonomie. La position de l’adulte est différente, il peut juste se concentrer sur les faibles.

Sur le papier, l’idée est extrêmement séduisante puisque l’on pousse les élèves vers de l’autonomie, et pour le travail à la maison tous les élèves sont égaux.

Cependant ….

Oui cependant…

Cela suggère que tous les élèves aient internet .

Déjà dans mon collège, ce n’est pas le cas….donc je ne peux expérimenter ce projet, déjà que faire les problèmes DUDU c’est hard, je m’en sors en leur disant d’aller ponctuellement au CDI pour les revoir et noter les infos. Mais je ne peux pas leur demander d’y aller quotidiennement.

Cela accentue donc l’inégalité dans l’école de part la fracture numérique.

Donner des vidéos à voir …

Pourquoi pas! Mais on peut aussi voir une approche plus fructueuse, par exemple en partant de ce que savent les élèves, de partir des images mentales que possèdent les élèves avant d’amener les nôtres et de faire un mix de tout ça. Car partir de ce que savent les élèves est plus riche. Les ponts entre souvenirs, certitudes, acquis et nouvelles notions sont plus solides car ancrés dans l’expérience que possède l’élève.

Un boulot monumental

Déjà à faire juste deux pauvres vidéos, je me suis cassé les dents plusieurs jours sur le scénario, le montage et encore je ne suis pas pleinement satisfait du résultat, parfois j’ai l’impression d’y aller aux forceps …

Mais un ami m’a parlé de vidéos disponibles distribuées par la BNF et la khan-academy qui prône la classe inversée.

250 vidéos sont disponibles dès maintenant, 800 promises pour la fin de l’année et du niveau collège et pour seulement les maths.

J’étais ravi en entendant ça, mais quelle déception!

Les vidéos sont, certes, de bonne qualité, mais ne me correspondent pas du tout. Là où je créé de l’image mentale, ici, on lie les concepts mathématiques par des théorèmes et des démonstrations. Pour moi, c’est beaucoup trop lourd, peu pédagogique et faut le dire barbant (ce n’est que mon avis)

Je vous laisse juger par cette vidéo, sinon le reste  se passe ici.

Bien entendu, je ne jette nullement la pierre à la khan-académie.

Je soutiens ce genre d’initiative, car elle se veut garante d’un partage universel des connaissances, tout membre du libre le souhaite.

Mais dans l’enseignement comme la programmation, une barrière existe entre ceux qui créent pour leurs propres besoins et ceux qui souhaitent réutiliser les produits. Ils faut qu’ils aient les mêmes manières de « voir les choses« . Je m’explique, ici moi, j’aurais juste fait une vidéo où l’on découpe le parallélogramme en rectangle pour montrer comment se construit la formule de l’aire du parallélogramme.

De plus les signes « x » sont remplacés par des « . ».

Finalement, je pense la vidéo imbuvable pour un élève.Peut-on décemment penser qu’il va regarder la vidéo sans décrocher au bout de 4mn?

 

En fait cela suggère qu’à chaque prof, il existe une quasiment une manière unique de « voir » les mathématiques…

Je ne parle pas du vocabulaire qui parfois n’est pas adapté à certaines classes, je me vois très mal parler de triangle « isométrique », je suis sûr que je perdrais déjà du temps sur ce simple mot.

Et puis que penser des vidéos, de l’accès à la connaissance par l’internet?

L’initiative de la khan-académie est géniale, mais elle me gène un peu sur l’impact qu’elle peut avoir sur la société.

Elle porte aussi insidieusement, le message que la connaissance peut très bien passer par les vidéos et uniquement cela.

Sans rentrer dans le « les profs c’est super utile car on est les meilleurs« , je crois fermement que la position de l’adulte référent auquel on peut poser des questions, qui peut rassurer, dynamiser, recadrer est importante. Car l’enjeu de l’école n’est pas simplement d’instruire (autrement on l’appellerai l’instruction nationale) , c’est celle aussi d’éduquer, de rendre autonome, d’aider par le dialogue (que ce soit en motivant, en grondant ou en encourageant)  ou même par le simple fait d’être là, on est aussi un repère.

Malheureusement ce genre d’initiative, annihile l’image de notre métier et le recale au rang du transmetteur de savoir, on est tellement autre chose.

Et puis concevoir ses activités, pour rendre vivant un cours, pour jouer, donner des challenges, impliquer les élèves dans des travaux de groupes, des projets . Toute cette interaction sociale que l’école apporte aussi. Tant de choses qui nous différencient de ces simples vidéos….

Le concept n’est pas mauvais, mais n’en abusons pas.

En fait, je crois que le support de la vidéo est génial, se créer un stock de vidéos ludiques et explicatives en complément des cours, me paraît être une évidence.

Comme revoir un cours déjà fait, un peu à l’instar des MOOCs, vous savez ces cours qui sont filmés? Ce concept adapté à la fac, très proche de la pédagogie inversé, car les étudiants voient les cours et font des heures de TD (travaux dirigés où l’on fait des exercices).

Cependant, ici on s’adresse à des étudiants, déjà autonomes, les concepts sont pointus et on sait l’étudiant capable d’aller fouiller les informations manquantes ailleurs (à la BU, sur le net etc….) ce qu’un élève lui ne saurait faire au collège , on doit lui apprendre à le devenir.

 

Bref, l’idée est à creuser, mais ne saurait être utilisée telle quelle en maths avec les vidéos de la khan-académie.

 D’ailleurs, je compte expérimenter cette idée avec les nombres relatifs en 5e.

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Le travail du soir… une vraie question

[sommaire]billet-humeurIl n’y a pas longtemps se tenait la journée « portes ouvertes » de mon collège. J’étais positionné en salle informatique pour faire la démonstration de l’utilisation du serveur Scribe, e-lyco (oups pas de connexion internet au collège le samedi!!) et des caméras-documents (appelées visualisateurs).

Les parents étaient plus nombreux que d’habitude, plus réceptifs que les années passées. Certains parents m’ont même parlé d’eux-même de logiciels libres, qu’une utilisation de logiciels gratuits permet aussi aux enfants de les installer chez eux! Génial que des parents puissent se saisir d’un tel problème, non?

education-25155_640Mais vers la fin, deux parents sont restés, et m’ont parlé, inquiets, des devoirs à la maison. Connaissant un peu le sujet, je leur ai indiqué aux premiers abords que la loi (décret de 1958 de mémoire) ne concernait que les écoles primaires et en aucun cas le collège ou lycée.

La maman me faisait part de difficultés pour suivre le travail de ses enfants, ses horaires et ceux de son mari étaient incompatibles avec une aide au travail le soir. C’est une situation que nous rencontrons de plus en plus souvent.Je lui ai dit un de mes arguments, qu’un élève doit gagner en autonomie, construire sa capacité de travail (effort face à la tâche) et que le travail le soir permet aussi d’y arriver. Mais en tant qu’enseignant, les exercices allaient néanmoins vers un nombre plus étroit d’exercices.

La matinée se termine, je rentre au Mans avec la CPE et j’évoque ce passage. Sans m’y attendre, on a discuté longtemps, nos points de vues divergeants complètements. Je vais donc commencer par ce quoi, on était d’accord et terminerait par nos solutions totalement opposées.

I. Le travail du soir : un élément discriminant pour les élèves.

Le (manque de) temps

On le vit au quotidien, cela se ressent, les élèves qui ont du soutien de la part de leurs parents pour le travail le soir sont moins perdus, les exercices faits généralement avec soin, et le cours à peu près appris. Du moins, quand il y a des alertes, les parents se saisissent du problème et généralement suivent de près le travail du soir de leurs enfants. C’est ce que j’appellerais la collaboration des parents avec l’école, l’enseignant aide en classe et les parents aident chez eux, on tire un bilan lors des rencontre parents-professeurs (ou avant si ça va de mal en pis).

Une relation centrée sur l’élève, ce dernier est encadré et soutenu.

Évidement, les parents n’ont pas tous le temps de se consacrer tout le temps à cela, la plupart du temps, ils laissent d’abord leurs enfants en autonomie et ne réagissent seulement quand il y a des soucis.

Et il y a ceux qui n’ont jamais ce temps. Parfois les enfants ont une telle volonté que cela compense cette absence, parfois non. Et là, on retrouve des élèves décrocheurs, perdus, ne sachant pas comment faire, ne voyant que peu ou pas d’intérêt.

Bien entendu, on peut les conseiller, les secouer, mais nous ne sommes pas là le soir à les aider!

Pas les mêmes aptitudes pour les aider

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En milieu rural, je crois que c’est encore plus criant de vérité, on retrouve beaucoup de parents démissionnaires parce qu’ils étaient par exemple « nul en maths« , et ce même sur des notions de 6e. Certains parents avouent même avec humilité qu’ils ont arrêté les études tôt et que sur certains points leurs enfants est plus avancés qu’eux.

Comment les aider quand on ne comprend rien? Comment un enfant peut se dire, je vais y arriver si quand il demande de l’aide à une autorité de référence, on lui dit « je ne sais pas« ?

Là aussi, on voit le grand écart entre les élèves soutenus par une famille au niveau culturel élevé, où les enfants sont plus stimulés que d’autres.

Un milieu (dé)favorisant

Des familles au niveau social élevé peuvent avec certitude émanciper leurs enfants par un accès à la culture aisé. Ce bagage culturel aide sans conteste ces élèves. On leur demande avec le socle de plus en plus de confronter aussi leurs avis avec eux des autres. En étant plus « éclairé », on argumente plus facilement, on a « les billes » pour poser un raisonnement construit.

Bref, dans ce fonctionnement, l’école est très inégalitaire. Collège unique? Non, L’école pour tous? Certainement pas.

II. Des solutions possibles?

a) Pas de travail à la maison.

C’est la solution de ma confrère CPE. Elle s’aligne en fait sur l’idéologie de Franck Lepage. Celui de modifier l’ascenseur social pour ralentir ceux qui peuvent aller plus vite (par un milieu social favorisant), afin que les élèves issus d’un milieu défavorisé les « rattrapent ». Cette idée est évoquée assez rapidement lorsqu’il parle du parapente. C’est sans doute la seule idée que je réfute, et pourtant qui m’a fait réfléchir.

Pourquoi un homme défendant l’éducation populaire en vient à cette idée un peu contre productive? Y-a-t-il des préjugés à cette idée qui m’empêche de concevoir cela?

Je n’ai tout d’abord pas d’idées arrêtées, mais je ne suis pas convaincu.

L’idée que je me fais de l’éducation est justement d’aller tous ensemble vers le même objectif, non en ralentissant les plus forts mais en aidant les plus faibles.
FrLepage
Arrêter les devoirs? C’est aussi arrêter l’éducation par les projets de classe qui peuvent demander de l’investissement chez soi. Et puis il y aura toujours des élèves qui feront des devoirs chez eux, soit par obligation des parents (ou d’un soutien scolaire payé), soit par envie. L’envie qu’un enfant peut avoir à apprendre à aller plus loin que les autres.

Donc en somme, on ne pourra jamais interdire les devoirs, on ne répondra juste qu’au besoin de parents qui ne peuvent les aider, et cette réponse est loin d’être la meilleure, car on accentuera la différence (pas des élèves, mais des différences sociales).

« Oui mais dans nos pratiques, on ne prendra pas appui sur les travaux domestiques des élèves!! »

 

Mais par différenciation afin d’éviter que les élèves s’ennuient (un élève qui s’ennuie perturbe la classe plus facilement) vous le ferez allez plus loin, donc en somme les différences existeront, et les devoirs à la maison se feront toujours et sauf que là, vous ne les contrôlerez plus. Vous ne choisirez plus la progression des acquis des élèves.

*On peut penser que c’est mieux, qu’un enfant puisse apprendre de lui-même des concepts nouveaux sans l’aide l’adulte référent. Là sur ce point, je ne suis pas sûr, parfois un enfant peut construire un concept erroné ou dépourvu de sens qui parfois demande encore plus de temps de le déconstruire pour mieux le reconstruire et peut « embrouiller » d’autant plus.

Bref une fausse bonne solution pour moi, mais comme je l’ai dit, je n’ai pas arrêté mes idées..

b) Une étude du soir.

concentration-16032_640Voilà l’enjeu véritable.

Créer une plage horaire pour les élèves peuvent être encadrés d’adultes (enseignants ou surveillants) pour être aidés et stimulés lors de ce temps.

Combien d’élèves j’ai-vu en internat (du lycée) qui revenait nous voir et dire qu’ils travaillaient réellement le soir pendant les études? Beaucoup!

Bien entendu, on préférerait que les parents se saisissent de cela, s’impliquent dans la vie éducative et culturelle de leur enfant.

Là, les élèves stimulent leurs capacités d’efforts face à la tâche, là, ils peuvent être aidés aussi individuellement, là ils peuvent aussi faire preuve d’autonomie « guidée » (d’abord seul face aux exercices et avec un adulte s’il y a un problème pour lui apprendre l’usage d’un cahier de cours ou comment « apprendre »), utile pour le socle:

Un élève qui apprend à être autonome.

Cette solution a plusieurs contraintes :

  • un coût, il faut payer ces adultes.
  • requiert que les transports scolaires puissent s’y adapter (chez nous, les transports posent problème, seuls 30 élèves peuvent bénéficier de ce temps.mais au moins, les enfants sont accompagner.

Et là, c’est ce qui fait que cette solution est décriée et rapidement mis au rebut dans cette période de diète économique….

 

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