Une évaluation différenciée, pourquoi (pas)?

La question est posée.Tel un médecin qui ausculte un patient et qui fait un diagnostic ciblé suivant leurs maux, ne devons-nous pas non plus, proposer une évaluation qui réponde aux besoins de nos élèves?

Est-ce que la médecine fait subir les mêmes analyses à tous les malades
sous prétexte d’égalité ? Cela dépend des personnes, des problèmes. (1)

A quoi cela sert-il d’évaluer notre Téo (nom d’emprunt) sur les nombres relatifs alors que nous savons pertinemment qu’il n’arrivera pas à produire quelque chose de satisfaisant car il n’est pas prêt.  Que pouvons-nous obtenir de notre évaluation à part le sentiment chez notre élève, de nullité, de médiocrité et ainsi perdre toute confiance en lui et le mettre sur la voie de l’échec?

Le questionnement s’est posé lors d’un échange lors d’un GRAF, celui-ci s’est relancé alors que je patinais un peu sur la question, avec un enseignant stagiaire sans doute plus enclin au doute.

Il ne trouvait pas pertinent la démarche de différencier les évaluations car les objectifs étaient et devaient être les mêmes pour tous les élèves, et c’est à cet instant (sans doute l’esprit de contradiction que je ne renie pas…) que des arguments me sont apparus, clairs et nets.

 

I. A quoi sert l’évaluation?

Intéressons-nous d’abord à l’évaluation, que recherchons-nous à travers cette épreuve à faire faire à nos élèves?

Je pense actuellement qu’elle ne sert qu’à valider des notions acquises, et ce dans un contexte sérieux et neutre que j’appellerais la solennité de l’épreuve.

Nous sommes dans la perspective de valider des items, montrer à l’élève qu’il avance, qu’il a progressé et ce, dans un contexte objectif (neutre) pour que celui-ci accepte le jugement et se rende compte de sa pertinence. Il s’agit donc de lui faire prendre conscience qu’il a appris, qu’il a progressé et qu’il est apte à.

Ce côté uniquement positif de l’évaluation suggère donc que l’élève doit être prêt à passer l’épreuve.

« Un peu comme le permis de voiture, nous ne le passons que lorsque nous sommes prêts. La validation du permis confirme notre apprentissage. »

 

Que pouvons-nous attendre d’une évaluation si celle-ci est ratée?

II. L’échec de l’évaluation, qui est en tort?

Au premier abord, bien sûr l’élève, notre travail doit « normalement » lui donner les billes pour qu’il puisse progresser.

S’il y a un échec, il y a plusieurs raisons non-incompatibles que l’on saurait évoquer rapidement :

  • Les raisons externes liées à l’élève (fatigue, nervosité …)
  • Les raisons internes liées à l’élève(peu de travail d’apprentissage)
  • Les raisons externes liées à l’enseignant (devoir trop long, trop dur, évaluation inadaptée)

Bien sûr sans rentrer dans le fait que des élèves non travailleurs cela existe, qu’il peut y avoir de multiples facteurs qui induisent de mauvais résultats, arrêtons-nous sur les élèves faibles et pourtant sérieux et travailleurs.

Concentrons-nous sur les élèves motivés et travailleurs qui ne « réussissent » pas. Les « faibles-bosseurs » qui s’orientent vers une spirale de l’échec s’ils ne sont pas valorisés ou s’ils perdent confiance en eux.

Nous sommes parfois responsable, non?

 Qui n’a pas déjà donné un devoir trop long, qui n’a pas su anticiper un échec dû  à une question mal posée?

En tant qu’enseignant, on a parfois une part de responsabilité dans l’échec ou non des élèves que nous nommerions l’échec de l’évaluation. « J’ai planté le contrôle, il était trop dur pour les élèves. »

Nous le (l’échec) pensons global, dans une considération de la classe entière, pourquoi ne pas individualiser cette analyse du devoir et se dire « J’ai planté le contrôle pour Téo , il n’était pas adapté pour lui » ?

Ceci suggère une évaluation différenciée, une évaluation qui valide des items à tous mais pas forcément les mêmes. Une évaluation qui laisse percevoir une progression de certains plus rapide que d’autres voir différente des autres, tout en gardant un aspect positif  (de l’évaluation), « ils avancent tous« .

Peut-être que l’idéal serait de fournir une épreuve qui permettrait de valider 75-90 % des items à l’apprenant et le reste pour suggérer des pistes pour avancer, pousser l’élève à acquérir des notions non maîtrisées.

Voyant la nécessité de l’évaluation différenciée, voyons quelles obligations elle réserve.

III. Une évaluation différenciée, difficile?

Tout d’abord pour différencier une évaluation, il faut penser à différencier son cours. En effet, une évaluation différenciée indique nous prenons en compte des progressions différentes des élèves (dans le rythme, ou dans les notions vues), ce qui est l’essence même du cours différencié.

Différencier son cours est ardu. Plusieurs requis s’imposent :

–  Il faut que l’élève lambda accepte de ne pas faire les mêmes choses que ses camarades, dans un contexte où l’adolescent cherche à être accepté dans un groupe, en adoptant une similarité de comportements, d’actions.

– Il faut que les autres élèves acceptent la différence, pour les mêmes raisons que le premier point.

Avoir le temps de préparation nécessaire. Un cours différencié requiert du temps qu’il faut savoir investir. (Pouvons-nous le faire constamment?).

– Il faut non-institutionnaliser la différenciation, ce n’est pas un PAI ! C’est seulement un contrat tacite de confiance entre l’enseignant et l’élève.

 

Le temps … Facile d’en perdre, alors que du temps nous en perdons déjà pour créer des projets (type rallye, jeu sérieux) ou faire des sorties scolaires (voir des expositions, les sorties « cinéma » ou « théatre » ). Et ces projets aident aussi la classe entière.

Un cours qui prend en compte le rythme de chacun peut se faire simplement sans trop de perte de temps :

  • Donner moins de contraintes (usage de la calculatrice,  des fiches de leçon synthétiques et rapides à analyser pendant les exercices) à un élève dans la découverte d’une notion vue quand celui-ci possède de sérieuses difficultés dans l’instant.
  • Donner des exercices plus difficiles aux élèves qui possèdent des facilités , ce que j’appelle « leurs donner à manger« 

C’est de la différenciation par le rythme et les acquis. (Bien entendu, il existe d’autres possibilités de différencier par le travail de groupe, par l’usage de documents différents, etc)

Un système simple qui permet  à nous, enseignant, de détecter et de réagir sur l’instant pour garantir une mise en activité constante des élèves. « Ils travaillent tous avec leurs capacités » . Le but reste le même pour tous, certains n’auront pas l’acquisition d’une notion au sein d’une tâche  complexe, et … et alors?

 

IV. Une évaluation différenciée, comment la créer?

Tout d’abord, enlevons un obstacle, je dirai même L’obstacle : la note!

En effet, noter des élèves alors qu’ils n’ont pas le même devoir est un non-sens, qui d’ailleurs je pense peut-être un frein à l’acceptation de la différenciation par les élèves. :

« Eh ! M’sieur c’est injuste, j’aurais eu son devoir, j’aurais eu 20! »

Si nous donnons des objectifs différents aux élèves,alors il faut évaluer la validation de ceux-ci :

La validation par objectif devient donc le seul recours que nous ayons à l’évaluation différenciée.

Je ne saurais que trop suggérer scolatix.org comme outil à l’évaluation par objectifs.

En créant des évaluations par objectifs, différentes, les élèves accepteront d’avoir des validations d’acquis différents. Le contrat n’est pas le même. Il n’y a pas de note, mais des acquis, non acquis ou en cours d’acquisition, quoi de plus sensé?

Il s’agit donc maintenant de créer des évaluations différentes, deux ou plus.

Néanmoins, dommage encore de terminer par un point négatif :

La principale difficulté que je vois et qui m’empêche actuellement de franchir le pas, est justement d’être sûr de mon jugement et ne pas donner un examen inapproprié à un élève. Je ne souhaite pas  donner un devoir trop simple  à un élève comme un devoir trop dur, les deux situations  ne me montrent rien sur ce que sait réellement l’élève.

Je tenterai l’expérience avec deux élèves en 6e. J’espère pouvoir voir ce qu’il en ressort….

Réflexion à suivre.

(La suite)

 

(1) phrase issue de Journal de l’enseignement primaire (Genève), 1992, n° 38, pp. 18-20.
Évaluation formative : mais non, ce n’est pas du chinois, même les parents en font ! Philippe Perrenoud

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Un travail sur l’histoire du problème isopérimétrique

Depuis quelques temps, je me questionnais sur le partage de connaissance. J’ai retrouvé avec délice mon TER (Travaux d’Etude de Recherche) fait en maîtrise(à l’époque l’équivalent du Master 1), normalement en duo, mais mon compagnon, à peine le duo constitué, a abandonné ses études, j’ai donc fait ce travail seul.

I Description

Un travail passionnant, pour la première fois, je faisais de la recherche historique sur les mathématiques. Un travail fastidieux, j’ai dû lire les récits mathématiques en anglais (que je détestais à l’époque) et aussi me mettre au Latex (langage informatique pour générer un document numérique  pour les maths).

Ce petit mémoire, se décompose en 2 parties.

La première, la moins passionnante, fait l’étude d’Inégalité dans le triangle :

  •  L’inégalité de Fagnano
  •  Le problème de Fermat
  •  L’aire des triangles podaires
  •  L’inégalité d’Euler
  •  L’inégalité d’Erdös-Mordell

 

La seconde partie repose sur le problème isopérimétrique du cercle.

En fait, on cherche à démontrer que, pour un périmètre donné (donc fixe), la figure possédant l’aire la plus grande est le cercle.

J’ai donc proposé, à l’époque, une étude historique et les solutions dans un ordre chronologique, avec des outils mathématiques de plus en plus moderne et donc des solutions de plus en plus courtes.

Un exercice passionnant, qui montre l’ingéniosité de certains mathématiciens.

II. Pourquoi, qu’en faire en cours?

A force d’y faire référence pendant les cours de 6e, une petite anecdote par-ci puis une autre par-là, je me suis rendu compte que toutes ces connaissances livrées étaient issues de mon TER.

J’ai de plus en tête un projet de recherche avec mes élève de 6e sur la démarche d’investigation totalement abordable pour la recherche d’optimisation sur des polygones sur certains points, convexité, côté consécutif de même distance, non encore fait aujourd’hui ( et ce ne sera pas le cas cette année, malheureusement, le rallye science prenant du temps à s’installer dans notre collège) …

 

Ce document en outre est un exemple parmi tant d’autre, de démonstration mathématique longue, enchevêtrée de lemmes intermédiaires qui peut montrer la rigueur rédactionnelle des mathématiques.

 

III. Le document

Voici le document :

Travail d étude de recherche

Voir en plein écran

Vous m’excuserez pour les coquilles présentes dans ce document, il faudra dire que j’y ai passé des nuits pour fournir en quantité et qualité de recherches et la fatigue , à l’époque, a fait que j’y ai laissé des erreurs de transcription.
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« internet m’a tuer »

La fermeture de Mégaupload a fait grand bruit! J’ai halluciné en me faisant réveiller par mon réveil sur « Le FBI a piraté Mégaupload, les 4 des 7 responsables ont été arrêtés et risquent jusqu’à 7 ans de prison » . J’ai cru rêver, j’en étais encore au black-out de la SOPA… Cette nouvelle a touché nos chérubins, « Eh M’sieur vous avez vu pour Mégaupload? » , enfin on a une interrogation de nos ados sur ce qu’est internet, ou plutôt ce qu’il devient : un espace immatériel régi par des lois.

 Une réflexion à chaud sur internet…

 

I. L’historique d’internet

Tout d’abord, un petit rappel historique sur la création d’internet.

Le but de ce réseau était le partage entre universités américaines en 1969, (université de Californie à Los Angeles et Stanford Research Institute). Le fameux partage d’informations, comment collaborait-on avant? Beaucoup de déplacements et de colloc’!

C’est une révolution à l’époque, plus besoin de se déplacer, la copie d’informations est limpide et rapide. Bref, déjà s’instaure l’idée de liberté, de diffusion, d’espace neutre. Le nom de ce réseau :  ARPANET.

Dans les années 70, le « réseau » évolua avec une ouverture au public et un changement de standard de communication appelé X.25 (laissant ARPARNET dans l’oubli). Avec X.25, on découvre les premiers mails et un célèbre FAI : AOL.

De la fin des années 70  aux début des années 80, des standards de communications changent, passant à l’UUCPnet (basé sur du bourne Shell, langage d’UNIX, connu de nos chères distribution LINUX.), puis au fameux TCP-IP, protocole toujours en vigueur aujourd’hui bien qu’ayant évolué et qui risque encore de changer (TCP-IP v6).

C’est en 1982 que l’internet devient international, reliant la grande-Bretagne avec l’Amérique.

En 1984, l’Europe est reliée au réseau. Les universités américaines et européennes peuvent donc échanger, dialoguer.

On est donc, à l’époque, principalement dans la communication interuniversités.

À la fin des années 80 et début des années 90 des FAI, apparaissent en France, certains étant américains (AOL entre autre), d’autres français comme Wanadoo (Ex-Orange).

Que retenir de cet historique?

Internet a été créé pour partager, et communiquer et surtout diffuser! Avec l’apparition d’internet, le mouvement du libre est apparu!

Ce mouvement (du libre) défend les valeurs initiales d’internet.

II.Le libre ↔ la dématérialisation

 

Richard Stallman, fondateur du projet GNU et en conséquence de la licence Libre appelée GPL est un personnage qui incarne pour moi vraiment les valeurs de ce que devait être internet.

 

 

 

 

Avant internet, les logiciels étaient vendus sur des supports, les sociétés les vendaient et faisaient payer le prix de l’édition (coût du support) avec une marge pour des bénéfices. Ces sociétés étaient en conséquence incontournables pour diffuser des contenus qu’ils soient libres, gratuits ou payants.

Dans ces sociétés, on trouve :

Les majors des disques audio

Les majors des DVD

Les éditeurs de jeu.

Nous étions donc dans un système, où l’intermédiaire était inévitable.

L’arrivée d’internet a changé la donne, ces intermédiaires sont devenus optionnels, ils n’ont plus la main mise sur le marché : c’est la dématérialisation des contenus. C’est cette dématérialisation qui a permis l’essor du libre et en contre partie  de la copie illégale.

III Une dématérialisation mieux pour le libre, moins bien pour les artistes?

Bien entendu, en aucun cas je plébiscite le téléchargement illégal, bien au contraire, j’y suis farouchement contre!

En premier lieu, il est vrai que la dématérialisation favorise la diffusion, la copie est simple à l’instar d’une photocopie.

Bien entendu aussi, la copie illégale s’en trouve simplifiée et internet étant un espace neutre et mondial, il est difficile d’y appliquer une loi pour contrecarrer cette tendance.

Mais faut-il sanctionner sans proposer d’offre alternative?

Car même si on nous promet des alternatives, celles-ci sont en dehors des réalités, peu crédibles et surtout, il y a un pauvre panel de choix et donc pas de concurrence.

Les artistes gagnent-ils réellement beaucoup d’argent avec les intermédiaires? Ne faudrait-il pas favoriser aussi, la vente directe qui ,elle, connaît aussi un regain d’intérêt surtout via internet? Les concerts sont aussi un gain d’argent pour les artistes et cela n’est pas non plus copiable, pourquoi ne pas recentrer le métier d’artistes autour des prestations et non de la musique en elle-même?

C’est peut-être l’évolution des métiers, comme celui que j’exerce? Dans mon métier de professeur, je suis aussi :

Éducateur, conseiller, psychologue, surveillant, et enfin enseignant.

 

En second lieu, le libre  lui connaît un essor grandissant, l’accès à l’information, le partage libre (tant d’opinions que de créations ou d’informations) est très simple.

Nous connaissons une époque où les états commencent à se rendre compte de la puissance d’internet comme moyen de communication (il faut voir les révoltes dans les pays arabes).

Ceci fait écho à un film d’anticipation que j’avais vu : 8th Wonderland  (artistiquement les images ne sont pas géniales, mais l’intrigue et le fond de l’histoire posent bien une question sur la puissance de la toile.)

 

Il s’agit d’être citoyen, de réfléchir comment doit évoluer internet, faire attention aux lois liberticides, rappelons que dans certains pays, des blogueurs (pendant les révoltes arabes) ont été emprisonnés ou tués pour s’être exprimés sur internet…

Edit de dernière minute :

wonderland 8th existe réellement, et le groupe de personnes agit réellement. Il a été constitué après la diffusion du film.

http://blog.8thwonderland.com/

Une action pour les indignés le 5 novembre 2011 :

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