10 octobre 2013

Pédagogie inversée

Par

Dernièrement j’ai vu un reportage sur un enseignant d’histoire géographie qui faisait de la pédagogie inversée en classe.

Vient ensuite un collègue toujours d’histoire géographie qui me parle de la khan-académie qui fournit plein de vidéos pour les enseignants qui font de la pédagogie inversée…

Tout d’abord la pédagogie inversée, c’est quoi?

Comme son nom l’indique la pédagogie inversée consiste à inverser les moments pédagogiques en classe avec les moments des devoirs à la maison (en théorie ce n’est faisable qu’au secondaire puisque le travail à la maison en primaire est à priori interdit).

La découverte d’une notion se fait à la maison, tandis que les exercices se font en classe sur des rythmes individualisés.

Les explications sur les notions se fait à la maison par l’intermédiaire de vidéos mises en ligne, à l’issue parfois desquelles un questionnaire internet est donné pour vérifier ou voir si l’élève a compris ou vu la vidéo.kkLe travail en classe est plus aisé, on demande aux élèves s’ils ont compris, ceux qui n’ont pas compris se font expliquer par ceux qui ont compris et les exercices se font en autonomie. La position de l’adulte est différente, il peut juste se concentrer sur les faibles.

Sur le papier, l’idée est extrêmement séduisante puisque l’on pousse les élèves vers de l’autonomie, et pour le travail à la maison tous les élèves sont égaux.

Cependant ….

Oui cependant…

Cela suggère que tous les élèves aient internet .

Déjà dans mon collège, ce n’est pas le cas….donc je ne peux expérimenter ce projet, déjà que faire les problèmes DUDU c’est hard, je m’en sors en leur disant d’aller ponctuellement au CDI pour les revoir et noter les infos. Mais je ne peux pas leur demander d’y aller quotidiennement.

Cela accentue donc l’inégalité dans l’école de part la fracture numérique.

Donner des vidéos à voir …

Pourquoi pas! Mais on peut aussi voir une approche plus fructueuse, par exemple en partant de ce que savent les élèves, de partir des images mentales que possèdent les élèves avant d’amener les nôtres et de faire un mix de tout ça. Car partir de ce que savent les élèves est plus riche. Les ponts entre souvenirs, certitudes, acquis et nouvelles notions sont plus solides car ancrés dans l’expérience que possède l’élève.

Un boulot monumental

Déjà à faire juste deux pauvres vidéos, je me suis cassé les dents plusieurs jours sur le scénario, le montage et encore je ne suis pas pleinement satisfait du résultat, parfois j’ai l’impression d’y aller aux forceps …

Mais un ami m’a parlé de vidéos disponibles distribuées par la BNF et la khan-academy qui prône la classe inversée.

250 vidéos sont disponibles dès maintenant, 800 promises pour la fin de l’année et du niveau collège et pour seulement les maths.

J’étais ravi en entendant ça, mais quelle déception!

Les vidéos sont, certes, de bonne qualité, mais ne me correspondent pas du tout. Là où je créé de l’image mentale, ici, on lie les concepts mathématiques par des théorèmes et des démonstrations. Pour moi, c’est beaucoup trop lourd, peu pédagogique et faut le dire barbant (ce n’est que mon avis)

Je vous laisse juger par cette vidéo, sinon le reste  se passe ici.

Bien entendu, je ne jette nullement la pierre à la khan-académie.

Je soutiens ce genre d’initiative, car elle se veut garante d’un partage universel des connaissances, tout membre du libre le souhaite.

Mais dans l’enseignement comme la programmation, une barrière existe entre ceux qui créent pour leurs propres besoins et ceux qui souhaitent réutiliser les produits. Ils faut qu’ils aient les mêmes manières de « voir les choses« . Je m’explique, ici moi, j’aurais juste fait une vidéo où l’on découpe le parallélogramme en rectangle pour montrer comment se construit la formule de l’aire du parallélogramme.

De plus les signes « x » sont remplacés par des « . ».

Finalement, je pense la vidéo imbuvable pour un élève.Peut-on décemment penser qu’il va regarder la vidéo sans décrocher au bout de 4mn?

 

En fait cela suggère qu’à chaque prof, il existe une quasiment une manière unique de « voir » les mathématiques…

Je ne parle pas du vocabulaire qui parfois n’est pas adapté à certaines classes, je me vois très mal parler de triangle « isométrique », je suis sûr que je perdrais déjà du temps sur ce simple mot.

Et puis que penser des vidéos, de l’accès à la connaissance par l’internet?

L’initiative de la khan-académie est géniale, mais elle me gène un peu sur l’impact qu’elle peut avoir sur la société.

Elle porte aussi insidieusement, le message que la connaissance peut très bien passer par les vidéos et uniquement cela.

Sans rentrer dans le « les profs c’est super utile car on est les meilleurs« , je crois fermement que la position de l’adulte référent auquel on peut poser des questions, qui peut rassurer, dynamiser, recadrer est importante. Car l’enjeu de l’école n’est pas simplement d’instruire (autrement on l’appellerai l’instruction nationale) , c’est celle aussi d’éduquer, de rendre autonome, d’aider par le dialogue (que ce soit en motivant, en grondant ou en encourageant)  ou même par le simple fait d’être là, on est aussi un repère.

Malheureusement ce genre d’initiative, annihile l’image de notre métier et le recale au rang du transmetteur de savoir, on est tellement autre chose.

Et puis concevoir ses activités, pour rendre vivant un cours, pour jouer, donner des challenges, impliquer les élèves dans des travaux de groupes, des projets . Toute cette interaction sociale que l’école apporte aussi. Tant de choses qui nous différencient de ces simples vidéos….

Le concept n’est pas mauvais, mais n’en abusons pas.

En fait, je crois que le support de la vidéo est génial, se créer un stock de vidéos ludiques et explicatives en complément des cours, me paraît être une évidence.

Comme revoir un cours déjà fait, un peu à l’instar des MOOCs, vous savez ces cours qui sont filmés? Ce concept adapté à la fac, très proche de la pédagogie inversé, car les étudiants voient les cours et font des heures de TD (travaux dirigés où l’on fait des exercices).

Cependant, ici on s’adresse à des étudiants, déjà autonomes, les concepts sont pointus et on sait l’étudiant capable d’aller fouiller les informations manquantes ailleurs (à la BU, sur le net etc….) ce qu’un élève lui ne saurait faire au collège , on doit lui apprendre à le devenir.

 

Bref, l’idée est à creuser, mais ne saurait être utilisée telle quelle en maths avec les vidéos de la khan-académie.

 D’ailleurs, je compte expérimenter cette idée avec les nombres relatifs en 5e.

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11 Réponses

  1. frudelle - 10.10.2013

    En ce qui me concerne je n’utilise jamais les vidéos pour faire découvrir une nouvelle notion : on perdrait en effet les critiques par les pairs des différentes stratégies utilisées par les élèves pour résoudre un problème qui amène la nouvelle notion. Par contre je trouve le support intéressant pour des rappels techniques ou des constructions , par exemple en sixième sur l’utilisation du rapporteur certains élèves avaient regardé plusieurs fois la vidéo pour maîtriser l’outil mais la notion d’angle a été construite en classe en amont où ils ont manipulé des gabarits sur plusieurs séances.
    Je pense que le concept de classe inversée est à adapter à chaque pratique.

  2. Arnaud Durand - 10.10.2013

    Je suis clairement d’accord avec vous, cependant ce que vous décrivez ne ressemble pas à la pédagogie inversée, seulement au support vidéo lorsque ce dernier accompagne un cours. Je serais beaucoup plus pour cette utilisation au premier abord. Aussi, je pense que certaines disciplines sont plus enclins à pouvoir utiliser le concept de classe inversée comme l’histoire géographie.
    Cependant je vais tenter l expérience avec mes vidéos sur les relatifs. Je verrais bien les tenants et aboutissants.

  3. frudelle - 11.10.2013

    Oui c’est vrai que ce n’est pas la classe inversée définie dans le reportage. Justement aujourd’hui mes 3èmes avaient un problème ouvert : un élève a mis le problème en équation mais s’est retrouvé bloqué par la technique de résolution, il a donc sorti son ordinateur pour regarder la vidéo sur le sujet et a poursuivi son travail. Comme cet élève est autonome grâce au support vidéo, j’ai pu observer les autres démarches, tâtonnements avec utilisation du tableur ou geogebra et répondre à d’autres interrogations. Je trouve appréciable le temps que le support vidéo permet de dégager pour aider les élèves les plus en difficulté.
    Je suis également d’accord sur le fait que d’autres disciplines semblent, à priori, se prêter davantage à la classe inversée que d’autres.

  4. Patrice HARDOUIN - 11.10.2013

    Bonjour,

    le terme de «pédagogie inversée» je l’ai déjà lu il y a plus de 15 ans. Il s’agissait de donner un cours papier aux élèves, les laisser réviser chez eux (pas de soucis dans ce cas s’ils n’ont pas internet) et leur faire des TD au cours suivant. C’était, bien évidemment, une méthode pédagogique à n’utiliser que de temps en temps car le risque alors soulevé était l’augmentation considérable du temps de travail pour les élèves (c’est, en général, nettement plus long d’appréhender un cours tout seul que d’en résoudre les exercices).

    La seule différence avec cette «nouveauté» est de proposer des vidéos via internet avec les écueils que cela peut provoquer (ceci dit, sans internet mais avec un ordi il est souvent possible aux élèves de récupérer les vidéos sur clé USB afin de les lire chez eux).

    bien cordialement

  5. Arnaud Durand - 12.10.2013

    Que ce soit internet, les clés un, on en est tout avec l problème des ordinateurs qui peuvent bugger ou autre. La fracture reste un problème récurrent dans le milieu rural.

  6. BOUCHILLON - 14.10.2013

    Bonjour,
    Je vous renvoie à l’expérience complète pour ne pas en rester à un reportage de 4 min forcément réducteur :
    https://sites.google.com/site/classe130/home/classe-inversee

    à une interview plus complète sur France culture :
    http://www.franceculture.fr/emission-pixel-mooc-les-profs-face-aux-nouveaux-cours-en-ligne-2013-10-04

    et à la page consacrée à la classe inversée sur le site académique HG de Bordeaux avec une présentation synthétique :
    http://disciplines.ac-bordeaux.fr/histoire-geo/?id_category=20&id_rubrique=61&id_page=370

    Cordialement

  7. Arnaud Durand - 14.10.2013

    Et bien disons que l’histoire-géographie s’y prête grandement, je vous avoue que lier des notions abstraites avec l’expérience des élèves et non celle apportées par la vidéo me paraît, je me trompe peut-être, moins riche.
    Cependant sachez que j’expérimente pour les vacances ce principe de classe inversé sur la notion des relatifs avec les 5e.

  8. Patrice HARDOUIN - 16.10.2013

    «Que ce soit internet, les clés un, on en est tout avec l problème des ordinateurs qui peuvent bugger ou autre. La fracture reste un problème récurrent dans le milieu rural.»

    C’est un faux problème car les élèves qui le désirent réellement peuvent très bien accéder à des ordinateurs fonctionnels un peu partout (à commencer par les médiathèques) et, même dans le fin fond de la Guyane où les connexion internet sont plus que relatives, il y a des points infos jeunes avec des ordis et des particuliers qui jouent au Cyber-café libre de brousse.

    Maintenant je vais te titiller un peu davantage : comment assurer l’équité lorsque la «fracture» se situe au niveau de l’achat des lunettes de vue ? Pour ma part j’ai des élèves qui ne peuvent financièrement s’équiper de lunettes à leur vue (situation irrégulière sur le territoire et consort). Dois-je pour autant arrêter toute lecture ?

    bien cordialement,

    Patrice HARDOUIN

  9. Arnaud Durand - 16.10.2013

    Bonjour Patrice, ça faisait longtemps! Content de te lire de nouveau!

    Parler de médiathèquess dans les milieux ruraux, franchement! Non ! Loué ne fait pas exception à la règle, les ordinateurs ne font pas légions sur toutes les familles. Pas de Cyber-Café et 80% des élèves du collège de Loué n’habitent pas Loué et pour certains d’entre-eux ce sont des lieux dits …
    Aussi là où les familles n’ont pas internet (il y en a peu, mais elles sont présentes, un à deux par classe), généralement ce sont des familles où le transport reste problématique. (pas de voiture) De plus les ordinateurs publics sont sans écouteurs car généralement ils servent au surf et la bureautique et non pour le visionnage de film.

    Comment assurer l’équité? J’aurais pleins d’idées, comme outiller les familles pour avoir un ordinateur viable (certains CG le font, sauf que la Sarthe reste un CG généreux mais il a tant à donner que la « numérisation » reste trop onéreux. Utiliser ce que les élèves peuvent avoir chez eux.
    On a d’autres moyens d’agir pour eux que par le numérique (ce qui ne veut pas dire non plus qu’il ne faille pas utiliser les outils numériques, mais diversifier les moyens et ne pas être dans le 100% numérique)

    Ah oui, j’adore les petites provocations 🙂 j’aime bien aussi chercher les petites bêtes, ça nous pousse à être plus précis :
    L’image de la lecture est très mauvaise et même tendancieuse car on ne peut qu’être d’accord avec toi, un peu comme si on disait que voler c’était mal.
    Il y a un problème, là où le numérique n’est pas une obligation scolaire, la lecture l’est. Donc tu compares deux choses bien différentes.
    Il peut y avoir une coupure d’électricité, moi je sais faire un cours de maths avec une simple craie blanche et un tableau noir. Le numérique est un outil super intéressant, parfois tellement simple pour illustrer les notions mathématiques, animer les concepts etc. Cependant, on peut toujours faire sans.

    La lecture, elle, est un incontournable de la scolarité, donc que les élèves aient ou non les moyens on est obligé de passer par cet apprentissage … là où l’on peut se passer du numérique.

    Au plaisir de te lire.(bonnes vacances!)
    Arnaud

  10. Patrice HARDOUIN - 18.10.2013

    Bonjour,

    on dit exactement la même chose (heureusement) mais je trouve tout de même que ton problème de «fracture» numérique sur ta zone géographique (que je connais bien) est à relativiser (j’ai vu des élèves prendre leur pirogue de fortune ou encore traverser un fleuve à la nage pour aller utiliser l’ordi du village !). Néanmoins, la lutte contre une éventuelle «fracture» numérique est évidemment à prévoir lorsqu’on se met à utiliser les TIC, c’est bien un point qui est malheureusement négligé par nos inspecteurs qui se gardent bien de nous prévenir concernant ce surcroît de travail impératif. Ainsi on pourrait très bien prêter de vieux ordis remis à flot sous GNU-Linux pour les élèves demandeurs…

    Mais ma première remarque (premier post) était que le concept de pédagogie inversée n’avait absolument rien de novateur.

    Le vrai renouveau viendra peut-être de Claroline Connect : http://dev.claroline.net/ (voir la vidéo de la causerie) ?

    bonnes vacances itou,
    Patrice

  11. Patrice HARDOUIN - 24.02.2014

    Ça y est, des articles de fond sortent sur les classes inversées : http://blogdetad.blogspot.com/2014/02/a-propos-de-la-classe-inversee-quelques.html?spref=tw

    et un passage qui risque de te plaire :

    Adrien Ferro, dans un commentaire à un post sur Facebook, note « Le problème de la classe inversée est que les préliminaires au présentiel sont totalement dépendants des variables locales, familiales notamment. C’est justement pour éviter ceci que l’école existe. »

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