Catégorie : Coup de Gueule

Le libre n’est pas uniquement « C’est gratuit »

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Bonjour à toutes et à tous!

Bon d’abord je dédie cet article à Cédric Eyssette car il fait depuis plusieurs années un boulot intéressant à suivre de près et je souhaite mettre en lumière le gros travail qu’il fait au nom de la DRANE de l’académie de Lyon.

Récemment, j’ai joué de provocation sur une personne qui popularisait son travail en résumant Cédric en l’unique auteur ce qui n’était pas le cas.

Et là j’ai été dans l’opposition bête et méchante en disant qu’il avait forké ses programmes et apportés des modifications alors qu’en fait non, il n’a fait que 3 forks.( et il a été transparent). Mon idée était que la personne qui parlait de Cédric puisse se poser des questions : « tiens, quelle info j’ai manquée, ai-je bien étudié la question?  »

Je suis libriste depuis un peu plus de 20 ans maintenant, je n’ai toujours pas la prétention de savoir tout sur tout sur le libre, mais je me suis forgé une conviction de ce qu’est le libre pour moi.

D’ailleurs le libre, c’est quoi ?

Le libre, je n’en ferai pas une religion comme Richard Stallman, mais plutôt une philosophie de vie. L’informatique a quelque chose de précieux, on peut dupliquer les programmes sans effort, ce n’est pas comme un objet où il faut consommer d’autres ressources pour dupliquer, ici, c’est instantané!

C’est curieusement cette possibilité qui a créé le mouvement libriste, on peut copier des programmes et même mieux, on peut modifier la copie sans que la programme originel soit modifié. Quel liberté !

Imaginez donc un monde où l’on peut adapter les programmes comme on veut et que parfois on ne puisse pas (logiciel privateur) ? Et bien c’est ce qu’à vécu Richard Stallman, il voulait, de mémoire, modifier un driver d’imprimante, et s’est trouvé embêté à ne pouvoir le modifier car les sources étaient privées et paf il a fondé la Gnu-fondation qui promeut le libre.

Je n’irais pas plus loin dans l’histoire, mais en somme, ce qu’avait voulu faire Stallman c’était forker un programme déjà existant pour le modifier.

LE FORK

Le FORK,c’est sans là l’essence même du libre, modifie pour adapter, fais-en ce que tu veux et diffuse-le!

Le libre, par un gros travail Alexis Kauffmann, a fini dans l’éducation nationale (ENFIN!), et là on a une émergence d’outils plus sympas les uns que les autres.

Mais (il faut toujours un mais, si si , ça permet de rester vigilant), attention au fork, il a tendance à cacher voir occulter les auteurs initiaux, (personnellement j’ai déjà eu des forks de mes exerciseurs notamment equadorix,puzzle-zukei, et j’avais déjà entendu des , oh, mais c’est l’outil de Nicolas, d’Olivier… alors que c’était les miens qui avait été réadapté ou simplement copié d’ailleurs, mais le gros du travail était le mien… c’est pas super cool…).

Alors aujourd’hui j’ai vu des annonces sur Cédric Eyssette comme quoi il avait développé un outil génial.-PDF2FLIP) et oui personnellement je l’ai utilisé, c’est chouette!

MAIS cet outil est un fork, présenter l’outil comme son outil c’est annihiler le travail de l’auteur initial.

Voici PAGINIS, on peut annoter le pdf, faire tourner les pages joliement , ce n’est pas en français, pas joli joli. Mais l’auteur initial est Farouq, alias ibra-kdbra sur Github.

Et il y a aussi ce projet https://dearflip.com

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Alors pour en voir les ajouts de Cédric, les voici :

CritèrePaginisPDF2flip
LicenceMITGPL v3
Objectif principalSimple lecteur flipbook JavaScript/HTML5Lecteur flipbook enrichi avec prise de notes et partage
Fonctionnalités de base• Effet « page qui tourne » via DFlip lite
• Rendu PDF avec PDF.js
• Navigation rudimentaire (précédent/suivant)
• Prise de notes annotées et export
• Tout ce que propose Paginis
• URL#PDF pour charger un document
• Paramètres de vue (masquer menu, page de début/fin, vue page à page)
Interface et UIInterface minimale, dépendante de jQuery + CSS de baseUI retravaillée pour l’éducation, menus configurables, boutons d’annotation
PartageNéant (hébergement et wrapper à fournir)URL de partage intégrée : `https://…/pdf2flip/#URL_DU_PDF` avec paramètres `?m=0`, `?p=…`, etc.
Extensions 3D/animationsThree.js pour effets 3DThree.js pour effets 3D
Prise de notesIntégrée : annotations pendant la lecture et export (texte, PDF)Intégrée : annotations pendant la lecture et export (texte, PDF)
Maintenance & communautéProjet individuel (ibra-kdbra) avec quelques forksPackagé par l’Éducation nationale, suivi et contributions institutionnelles
Taille du bundleAssez léger (JS + CSS de DFlip + PDF.js)Légèrement plus lourd à cause des modules d’annotation et de gestion d’URL

Et là on peut voir les belles idées de Cédric :

  • une ergonomie sans commune mesure (et une ergonomie c’est très pénible à développer)
  • un partage rapide avec url
  • glisser déposé
  • un paramétrage des urls

Bref, c’est un outil utilisable et simple ce que n’est pas le premier, qui est trop brut de décoffrage.

Après Cédric a su utiliser le libre à bon escient, on forke et on propose à communauté! C’est chouette vraiment et c’est simplement le libre.

Mais attention à ne pas réduire les auteurs d’un projet au dernier qui a forké, s’intéresser à l’histoire du projet, son évolution, les ajouts pour combler des besoins, il est là l’essentiel car comprendre un projet dans son histoire c’est aussi comprendre comme l’utiliser et à quelle fin.

Il n’en reste pas moins que Cédric fait un boulot de dingue et réinventer de zéro un programme est contre-productif, il faut juste accepter que les projets soient souvent le travail d’une équipe qui ne se connaît pas.

Adopter le libre c’est aussi communiquer dessus, et il faut bien communiquer dessus car sinon les auteurs eux ne partageront plus si c’est seulement le dernier auteur qui est cité.

Mais je ne jette pas la pierre à Cédric, bien loin de là, il a toujours cité les auteurs et les programmes dont il a fait le fork.

Par contre je vous encourage à visiter son travail :

https://eyssette.forge.apps.education.fr

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Nous y voilà … le décret est passé!

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Le décret est passé.

Les élèves seront donc en groupe « de niveau » ou plutôt « de besoin »… enfin .. en groupe sur lequel on aura mis un filtre ….

C’est drôle quand même, donc si on se projette ça va donner du rock ‘n roll cette affaire!

1) le problème de la progression commune

Imaginons, les groupes sont faits & les progressions communes entre collègues en place…. mais il y a tant de chapitre qui peuvent et doivent être préparé selon des activités flash pour poser quelques graines… comment créer un évènement de référence lorsqu’on n’a pas toute la classe?

spoiler : on ne peut pas.

2) le problème des sorties scolaires

Et paf sortie au planétarium donc il y a un groupe n’aura pas maths… On récupère quand cette heure? comment faire lors de la réintégration en classe entière ou en changement de groupe ?

spoiler : La seule solution sera d’aller plus vite au cas où… là où l’on a besoin de temps justement pour aider…

3) le problème des absences de professeurs

Je serai absent tel jours donc il y a un groupe n’aura pas maths… On récupère quand cette heure? Car il faut que tous les élèves soient disponibles sauf que cela n’arrive que lorsqu’ils ont maths!! 🙂 et donc en manquant cette heure, comment faire lors de la réintégration en classe entière ou en changement de groupe ?

spoiler : La seule solution sera d’aller plus vite au cas où… là où l’on a besoin de temps justement

Ou un remplacement courte durée? Avec un collègue qui ne fera pas de la même façon que soit ?

4) Le changement de groupe.

Supposons qu’à la semaine près deux collègues fassent le même cours.

Les rituels ne seront pas identiques donc un élève habitué au professeur sera plus à l’aise que celui qui le découvre le professeur et la classe… Donc à chaque changement un environnement anxiogène.

spoiler : On va donc devoir s’assurer des activités flash des collègues…réduisant à néant la spontanéité dans les cours…

5) Le soutien entre pair.

Il y aura donc 3 entités de classe, le groupe de maths, le groupe de français et le groupe classe. L’environnement de l’élève changera 3 fois donc 8 heures (sur 26) qui évolueront au gré des résultats. Comment se créer un environnement psycho-affectif stable avec ses camarades ?

spoiler : on ne peut pas… la réforme Blanquer avait fait du tort au lycée sur ce point … et au collège où les élèves sont plus fragiles ….

6) Être professeur principal ?

Dans un collège de 400 élèves , il y aura 8 professeurs qui ne pourront pas être professeurs principaux… où du moins l’être de manière efficace… Enfin qui le voudrait? Chez nous 7 sur les 8 professeurs le sont.

spoiler : Il y aura moins de professeurs principaux.

7) Faire progresser les élèves?

À 30, on ne peut aider les élèves en difficulté et comme dans tout groupe, il y a des élèves en difficulté ceux-là n’auront pas la chance d’être dans le groupe réduit. Et si on doit augmenter alors le nombre d’élèves dans le groupe des élèves en difficultés, on aura un plus grand groupe d’élèves en difficulté qui sera plus complexe à tirer vers le haut.

spoiler : On va constamment évaluer les élèves et constater leurs faiblesses au lieu de les aider sereinement.

Ce dispositif qui est sensé faire preuve de souplesse est justement ce qui va gripper l’école!

8) Enlever les correctifs académiques pour rendre compte du niveau réel des élèves au brevet.

Dans l’absolu , je suis pour ! Il faudra juste que la conclusion de ce fiasco soit l’augmentation des moyens humains & matériel que l’on réclame depuis déjà trop longtemps :

  • plus de professeurs
  • plus de formations
  • moins d’élèves par classe (on est avant-dernier au niveau de l’OCDE…)
  • un salaire décent correspondant à la tâche (personnellement avec 16 ans d’ancienneté je ne gagne pas du tout la moyenne indiquée pour 15 ans d’ancienneté pour l’OCDE mais la population d’agrégées doit expliquer l’écart )
  • Arrêter les réformes et attendre le bilan à chaque fois
  • Écouter les experts en éducation (chercher en éducation et les enseignants qui sont et doivent être reconnus comme tels)

Spoiler : Ce sera a faute des enseignants qui ont mal compris la réforme et qui devront travailler encore plus et qu’on paye trop à rien faire… c’est vrai qu’avec nos études on doit être sérieusement idiot au point de ne pas comprendre la réforme…

Ah oui il n’y a pas de remontée du nombre d’élèves par classe au secondaire auprès de l’OCDE!! 🙂 Donc comparer notre niveau à ceux des autres , j’en ris encore ! Donc il faut bien vérifier les graphiques et sur quelles données elles reposent!

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Pour un peu de chantilly

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Pour moi, c’est la fin d’année, en arrêt de travail pour quelques mois (arrêt prévu depuis … 2 ans, le centre hospitalier étant débordé entre le covid et les demandes d’accès aux soins), je vois donc la fin d’année se profiler pour mes élèves sans professeur de mathématiques. J’anticipe déjà que le rectorat n’arrivera pas à trouver un remplaçant (surtout en mathématiques)

J’en suis à préparer mes cours en distanciel pour palier ce manque de remplaçant.

Une situation ahurissante : en arrêt, je travaille.

D’un point de vue consciencieux, je compte que mes élèves réussissent. Je ne me sens pas capable de les abandonner alors que l’Éducation Nationale elle peinera à faire son job.

D’un point de vue égoïste, je retrouverai mes élèves l’année prochaine, j’aimerai qu’ils aient un niveau correct, ne pas les aider serait se tirer une balle dans le pied.

Donc je ronge mon frein, je me soigne et je travaille, je fais le deuil de mes vacances d’été aussi car l’arrêt va courir sur les deux mois (il n’était pas prévu aussi long et a été réévalué).

Puis j’ai vu M Blanquer se faire arroser de chantilly. Un acte délictueux, certes, mais bien peu par rapport à une Éducation Nationale qui peine à protéger ses élèves & ses professeurs. dont M Blanquer était le digne représentant.

Pour un peu de respect et une vraie reconnaissance de notre métier d’enseignants, on n’en serait pas à chercher des profs en 30′ en les recrutant à l’arrache prouvant également de surcroît qu’on peut penser qu’être prof c’est accessible et simple sans formation.

Pour un peu d’honnêteté, on pourrait avoir les chiffres d’inscription aux concours du CAPES car force est de constater que nous n’avons que les admissibles, nous laissant penser que de fait il n’y avait même pas eu assez de présents par rapport au nombres de poste à pourvoir.

Pour un peu de respect, on construirait l’école avec les gens de terrain, on serait capable de revenir en arrière sur des décisions où l’unanimité des profs sont contre, comme le changement de statut de directeur d’école.

Pour un peu de respect, de conscience de l’alourdissement de la tâche des directeurs, Christine RENON serait en vie ou même les choses auraient changé après son acte…

Pour un peu de respect et de protection, Samuel Paty serait en vie ou même les choses auraient changé…

Avec un peu de respect, la crise du covid se serait mieux passée, vous auriez évité de nous comparer à des personnes en vacances.

Avec un peu d’honnêteté, lors du COVID vous auriez reconnu qu’on n’était pas prêt et vous encore moins que nous. Que les parents qui se plaignaient à la radio en avait le droit et de les rembarrer en arguant qu’ils ne savaient pas utiliser internet était tout simplement malhonnête et honteux.

Avec un peu de respect, vous nous auriez envoyé directement et en avance pour nous laisser le temps pour adapter nos cours, les plans d’organisation pour contrer la crise au covid, au lieu de le diffuser via BFM.

Franchement M Blanquer, là où nous vous demandions de nous écouter, de nous protéger, nous et nos élèves, vous, égoïstement, vous n’êtes pas capable juste d’accepter que vous n’avez rien à faire en politique. Quel singe êtes-vous? Celui qui refuse d’écouter ou de voir ou de parler? Les trois à la fois?

Admettez seulement que vous avez participé à déstructurer le service public, précarisant le métier de l’enseignement, augmentant le turn-over des adultes dans les établissements que si l’école est restée ouverte lors du covid ce n’est certainement pas grâce à vous, pire vous avez participé à la désorganisation de ce que nous aurions pu faire nous-même en local.

En fait, vous avez seulement desservi l’État.

Là où deux collègues ont voulu vous signifier notre ras-le-bol car en 5 ans vous étiez sourds face aux ressentiments de vos réformes, aux craintes liés au recours massif au contractuels (augmentation de 25% en 5 ans de contractuels contre 0,6% pour les titulaires), la volonté de reconnaissance de notre métier, votre gestion chaotique de toutes les crises, ils n’ont vu qu’un acte où votre attention se serait enfin focalisée sur une colère légitime :

Aucun prof ne vous soutient.

Pour un peu de chantilly, vous prendrez peut-être conscience que vous avez fait beaucoup de mal et que les conséquences de votre quinquennat seront sur du long terme.

Ce qui est dommage, c’est que vous aviez les moyens et le temps d’éviter cette chantilly en désamorçant la situation dans laquelle vous nous avez mis.

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