Catégorie : Coup de Gueule

Pédagogie inversée

Dernièrement j’ai vu un reportage sur un enseignant d’histoire géographie qui faisait de la pédagogie inversée en classe.

Vient ensuite un collègue toujours d’histoire géographie qui me parle de la khan-académie qui fournit plein de vidéos pour les enseignants qui font de la pédagogie inversée…

Tout d’abord la pédagogie inversée, c’est quoi?

Comme son nom l’indique la pédagogie inversée consiste à inverser les moments pédagogiques en classe avec les moments des devoirs à la maison (en théorie ce n’est faisable qu’au secondaire puisque le travail à la maison en primaire est à priori interdit).

La découverte d’une notion se fait à la maison, tandis que les exercices se font en classe sur des rythmes individualisés.

Les explications sur les notions se fait à la maison par l’intermédiaire de vidéos mises en ligne, à l’issue parfois desquelles un questionnaire internet est donné pour vérifier ou voir si l’élève a compris ou vu la vidéo.kkLe travail en classe est plus aisé, on demande aux élèves s’ils ont compris, ceux qui n’ont pas compris se font expliquer par ceux qui ont compris et les exercices se font en autonomie. La position de l’adulte est différente, il peut juste se concentrer sur les faibles.

Sur le papier, l’idée est extrêmement séduisante puisque l’on pousse les élèves vers de l’autonomie, et pour le travail à la maison tous les élèves sont égaux.

Cependant ….

Oui cependant…

Cela suggère que tous les élèves aient internet .

Déjà dans mon collège, ce n’est pas le cas….donc je ne peux expérimenter ce projet, déjà que faire les problèmes DUDU c’est hard, je m’en sors en leur disant d’aller ponctuellement au CDI pour les revoir et noter les infos. Mais je ne peux pas leur demander d’y aller quotidiennement.

Cela accentue donc l’inégalité dans l’école de part la fracture numérique.

Donner des vidéos à voir …

Pourquoi pas! Mais on peut aussi voir une approche plus fructueuse, par exemple en partant de ce que savent les élèves, de partir des images mentales que possèdent les élèves avant d’amener les nôtres et de faire un mix de tout ça. Car partir de ce que savent les élèves est plus riche. Les ponts entre souvenirs, certitudes, acquis et nouvelles notions sont plus solides car ancrés dans l’expérience que possède l’élève.

Un boulot monumental

Déjà à faire juste deux pauvres vidéos, je me suis cassé les dents plusieurs jours sur le scénario, le montage et encore je ne suis pas pleinement satisfait du résultat, parfois j’ai l’impression d’y aller aux forceps …

Mais un ami m’a parlé de vidéos disponibles distribuées par la BNF et la khan-academy qui prône la classe inversée.

250 vidéos sont disponibles dès maintenant, 800 promises pour la fin de l’année et du niveau collège et pour seulement les maths.

J’étais ravi en entendant ça, mais quelle déception!

Les vidéos sont, certes, de bonne qualité, mais ne me correspondent pas du tout. Là où je créé de l’image mentale, ici, on lie les concepts mathématiques par des théorèmes et des démonstrations. Pour moi, c’est beaucoup trop lourd, peu pédagogique et faut le dire barbant (ce n’est que mon avis)

Je vous laisse juger par cette vidéo, sinon le reste  se passe ici.

Bien entendu, je ne jette nullement la pierre à la khan-académie.

Je soutiens ce genre d’initiative, car elle se veut garante d’un partage universel des connaissances, tout membre du libre le souhaite.

Mais dans l’enseignement comme la programmation, une barrière existe entre ceux qui créent pour leurs propres besoins et ceux qui souhaitent réutiliser les produits. Ils faut qu’ils aient les mêmes manières de « voir les choses« . Je m’explique, ici moi, j’aurais juste fait une vidéo où l’on découpe le parallélogramme en rectangle pour montrer comment se construit la formule de l’aire du parallélogramme.

De plus les signes « x » sont remplacés par des « . ».

Finalement, je pense la vidéo imbuvable pour un élève.Peut-on décemment penser qu’il va regarder la vidéo sans décrocher au bout de 4mn?

 

En fait cela suggère qu’à chaque prof, il existe une quasiment une manière unique de « voir » les mathématiques…

Je ne parle pas du vocabulaire qui parfois n’est pas adapté à certaines classes, je me vois très mal parler de triangle « isométrique », je suis sûr que je perdrais déjà du temps sur ce simple mot.

Et puis que penser des vidéos, de l’accès à la connaissance par l’internet?

L’initiative de la khan-académie est géniale, mais elle me gène un peu sur l’impact qu’elle peut avoir sur la société.

Elle porte aussi insidieusement, le message que la connaissance peut très bien passer par les vidéos et uniquement cela.

Sans rentrer dans le « les profs c’est super utile car on est les meilleurs« , je crois fermement que la position de l’adulte référent auquel on peut poser des questions, qui peut rassurer, dynamiser, recadrer est importante. Car l’enjeu de l’école n’est pas simplement d’instruire (autrement on l’appellerai l’instruction nationale) , c’est celle aussi d’éduquer, de rendre autonome, d’aider par le dialogue (que ce soit en motivant, en grondant ou en encourageant)  ou même par le simple fait d’être là, on est aussi un repère.

Malheureusement ce genre d’initiative, annihile l’image de notre métier et le recale au rang du transmetteur de savoir, on est tellement autre chose.

Et puis concevoir ses activités, pour rendre vivant un cours, pour jouer, donner des challenges, impliquer les élèves dans des travaux de groupes, des projets . Toute cette interaction sociale que l’école apporte aussi. Tant de choses qui nous différencient de ces simples vidéos….

Le concept n’est pas mauvais, mais n’en abusons pas.

En fait, je crois que le support de la vidéo est génial, se créer un stock de vidéos ludiques et explicatives en complément des cours, me paraît être une évidence.

Comme revoir un cours déjà fait, un peu à l’instar des MOOCs, vous savez ces cours qui sont filmés? Ce concept adapté à la fac, très proche de la pédagogie inversé, car les étudiants voient les cours et font des heures de TD (travaux dirigés où l’on fait des exercices).

Cependant, ici on s’adresse à des étudiants, déjà autonomes, les concepts sont pointus et on sait l’étudiant capable d’aller fouiller les informations manquantes ailleurs (à la BU, sur le net etc….) ce qu’un élève lui ne saurait faire au collège , on doit lui apprendre à le devenir.

 

Bref, l’idée est à creuser, mais ne saurait être utilisée telle quelle en maths avec les vidéos de la khan-académie.

 D’ailleurs, je compte expérimenter cette idée avec les nombres relatifs en 5e.

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Open-dyslexie : un peu trop libriste me direz-vous?

opendys… Non je dirais tout simplement attaché à ce qu’est l’Éducation Nationale.

Je tenais à vous faire partager un échange entre Valérie D. et moi-même sur la police Open-dyslexie.

Open-dyslexie est une police libre basé sur “Bitstream” et « Vera » deux polices, elles-mêmes, libres. Dans le mail je parle de deux polices, en fait, maintenant, il en existe 3, avec l’arrivée d’Open-dyslexie-alta.

Celle-ci est téléchargeable ici ou directement là.

Et maintenant le petit échange :

Voilà, il y a déjà quelques mois, je recevais en commentaire sur l’article Open dyslexic : la police pour les dyslexiques .

bonjour,
Personnellement, j’ai opté pour la police de Christian Boer pour la raison suivante: l’épaississement de la base des lettres ne suffit pas. La police proposée par M Boer possède au moins 9 modifications par rapport à Open dyslexic. Je l’ai testé sur mes élèves, sur mon fils dyslexique/dysorthographique et le résultat a été bien meilleur qu’avec open dyslexic. le prix de la police n’est pas de 85 € mais de 9,95 € pour un an… ce qui reconnaissez-le n’est tout de même pas si cher.
Open dyslexic a été conçue par un informaticien, dyslexie par un inforgraphiste dyslexique lui même… ça peut faire une grosse différence.
Je précise que je n’ai aucun intérêt financier à soutenir la police de Christian Boer… mon seul objectif est d’aider au maximum les personnes atteinte de ce handicap… et également tout élève en difficulté de lecture.
Cordialement
Valérie D

Je n’ai pas publié ce commentaire. Aucune utilité, car peu visible, autant justement le mettre en avant.

C’est un exemple de ce que je déplore, celui de croire que les entreprises sont les solutions aux maux de l’école.

La réponse ne s’est pas fait attendre, par mail :

Bonjour Valérie.
Je me présente Arnaud Durand, tu as écrit récemment sur mon blog mathix.org.
Ton commentaire m’interpelle fortement.
A aucun moment dans cet article, on ne parle de la police de Christian Boer.
Je ne suis pas pour faire de la publicité surtout pour cet homme, enfin plutôt sur son pendant français René Van Den Heuvel à travers la société Auxilidys avec qui vous avez sûrement collaboré.
[…] il a tenté de me faire enlever l’article sur lequel vous avez justement posté un commentaire, prétextant une violation des droits d’auteurs.[le 22 décembre 2012] De fil en aiguille durant cet appel téléphonique, il a affirmé  beaucoup de supposés comme le « droit-image » (qui n’existe pas en ces termes) sur la police de caractères (qui est, en fait, régit par les lois sur le brevet logiciel et non les œuvres picturales, dommage qu’il soit tombé sur quelqu’un qui malheureusement connait le « libre » depuis longtemps), ou comme du non-sens de me demander le retrait d’un article présentant la police dont je ne suis pas l’auteur (Abelardo Gonzalez), comme si l’on pouvait avoir un quelconque  droit sur un article présentant un objet qui n’a fait l’objet d’aucune poursuite judiciaire. Car aussi surprenant que cela paraisse cet homme affirmait que la police avait été copiée….
Je ne suis pas le seul d’ailleurs à avoir été contacté par cet homme : http://www.tassedecafe.org/2596-demande-suppression-article.html
Que dire de tout cela?
Et bien que je ne ferai pas l’honneur que l’on prononce [en ces termes] sur mon site le nom de cet homme.
Quant à l’argument « police faite par un dyslexique, c’est mieux qu’un informaticien« , en vous intéressant un peu plus au travail d’Abelardo Gonzalez, vous verriez qu’il est soucieux de l’améliorer ce qui a déjà été fait (open-dyslexique est la deuxième police qu’il a créé. La première étant Eulexia, l’une apportant des modifications que seul certains utilisateurs préfèrent à d’autres). Un informaticien qui fait cela bénévolement , lui cracher à la figure que c’est mauvais, pourquoi ne pas faire des retours? La coopération n’est-elle pas une valeur de l’éducation nationale?Me serais-je lourdement trompé?

Aussi la licence libre est une vraie valeur du partage, le partage gratuit que nous, enseignants, dispensons à nos élèves, quoi de plus normal?

Pour toutes ces raisons et pour l’écoute qu’Abelardo fait preuve, je ne comprends nullement votre positionnement, pire je m’y oppose.
Nous avons le même objectif, seulement, la solution à court terme de passer par l’achat est un retour en arrière. Quand on parle de privatisation de l’école, celle-ci passe par les collaborations insidieuses d’entreprises avec l’éducation nationale car pour le prix comme vous le soulignez est bien de 89€ (mince cela a augmenté) pour l’école et 159€ pour un collège et tenez vous bien pour une licence valable 1 an seulement! Une perle surtout à l’heure des économies budgétaires (pas comme si l’on voulait retrouver les postes d’enseignant perdus ces dernières années….).

Franchement, une honte! Mais oui, profitons de l’handicap de nos élèves, soutenons la démarche de cette entreprise pour qu’elle amasse de l’argent, là où du matériel ou des sorties pourraient être organisées…..

Vous m’excuserez la forme de mes propos, la fin d’année dans un collège difficile  met les nerfs à l’épreuve, mais Auxilidys reste un sujet, comprenez, à l’opposé de mes convictions profondes.

Je vous remercie d’avoir pris le temps d’écrire ce commentaire et visité mon blog.

Cordialement.
Arnaud Durand

Malheureusement Valérie ne m’a pas répondu, j’avoue en relecture que le ton était incisif.

Je ne nie pas que l’on puisse penser autrement et avoir un autre avis, mais les arguments du genre, c’est issu d’une entreprise donc mieux, sont, pour moi, complètement dépassés.

Mais ce n’est l’avis que d’un petit enseignant.

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Je suis démago…

L’idée de cet article m’est venu suite à la lecture de l’excellent livre « Collège Brutal » de Maya Goyet. Un bijou rempli d’expériences vécues, où le prof, sarcastique, avoue aussi être un peu démago, alors je sors en quelque sorte du placard…. J’ai repris son ton abrasif.

*

Ça y est le constat est tombé, en fait je suis démago. Le prof-théâtral blagueur est démasqué … « Démago » la quasi-insulte qu’on se dit entre collègues : « T’as vu lui le gros démago » « Pff, c’est qu’un démago de t’ façons » « Rhô le démago!!! »

Oui, je suis démago (un peu) et en fait je n’ai plus peur de le dire. Pourquoi ne pourrait-on pas l’être?

Aurait-on peur que les élèves apprécient le cours non pas pour la discipline que l’on enseigne (il est vrai que les maths c’est ce qu’on fait de mieux, c’est beau, c’est magique, c’est rassurant… par rapport au Français, facile de faire mieux non?, Et toc!) mais pour le plaisir tout simplement d’y être?

Je vois déjà certains collègues fustiger que l’on doit transmettre l’amour de sa discipline. Oui mais le peut-on pour tous? J’ai adoré l’histoire-géographie, les maths, les SVT, la physique-chimie, l’espagnol! Mais ce furent 7 années de torture pour moi avec le français et l’anglais. Pourtant rien y a fait et ce malgré d’avoir eu de bons profs. Je le reconnais avec recul.

Est-ce que les professeurs ont mal joué leur rôle?Je ne le pense pas, peut-on obliger un enfant à adorer tout ça?

C’est un peu comme les goûts, il y a les matières que l’on aime et d’autres non. Bien entendu, on peut aimer une matière grâce à un bon prof. D’ailleurs lors des rencontres parents-professeurs, certains m’avaient dit que leur enfant avait renoué aux mathématiques grâce à moi, j’avais « un bon feeling avec lui« . Les parents disaient qu’il venait avec plaisir en cours.J’ai souri, car c’est un coup de chance, des fois ça marche, des fois non. Le plaisir vient parfois donc du prof…. Dommage qu’il n’en soit pas autrement, mais ce sont des ados, tout simplement.

*

 J’en souris en y pensant. Il faut voir mes cours avec mes 5e, on y parle de guerre, d’arnaque, d’ascenseur, d’ombre, de lune, de pari, de vote, et d’histoire : un méli-mélo d’histoire, de conte, d’énigmes, de jeux. (Bien entendu quand cela s’y prête, pas assez souvent à mon goût.)

Anecdote concernant l’addition des nombres relatifs :

Je suis en pleine explication sur la guerre que se font les jetons blancs (les -) et noirs (les +)  (j’aurais pu dériver sur la discrimination, on s’aime tous malgré les différences!), je théâtralise, la petite histoire est contée (comptée),il y a un affrontement (un jeton blanc et un noir s’annulent), il faut savoir  qui est vainqueur!

Les élèves sourient en me voyant m’agiter avec mes « PAFS!! ils se tuent mutuellement et eux aussi, et attention fermer les yeux c’est sanglant » ( et rayer au rouge les jetons disparaissant).  Bien entendu on est loin du rôle du professeur sérieux, j’aurais pu parler placidement de guerre, créer l’image mathématique de l’annihilation de jetons de couleurs différentes. Quel avantage j’y vois?

Celui de créer une empreinte visuelle et auditive et d’accentuer sa ténacité par l’émotion (positive).

*

Je reprendrais une autre anecdote :

On est sur la soustraction des nombres relatifs, je me suis gauffré, un essai tenté et bien raté, un bon tiers de la classe est perdu et ce, malgré deux points de vue élaborés sur la soustraction. Je voulais tout d’abord éviter de donner trop vite la transformation de la soustraction en addition.

Je l’ai donc évoquée, je ne voulais pas que les élèves partent en vacances (c’était le dernier cours avant les vacances) avec un a priori négatif et qu’ils soient en total rejet à la rentrée. Je balance quelques exemples très rapides et fait remarquer que (-4)-(-5) = (-4)+(+5), j’institue très rapidement le mécanisme. Un élève lève la main et me dit que c’est une arnaque. J’ai souri, j’ai acquiescé. L’expression est restée.

J’ai entendu des « On peut utiliser l’arnaque au contrôle , monsieur? » « Mais l’arnaque, ça marche bien, en fait » ou  » Je préfère retirer des jetons que d’arnaquer« . J’ai parlé de transformation de soustraction en addition, mais les élèves ont retenu l’expression « l’arnaque » , même moi parfois je me mets à l’utiliser et… et alors?

Quand le sens de cette transformation viendra, ils sauront faire le lien entre le mot arnaque et transformation. Oups, mince certains appliquent sans comprendre…

Oui, j’en conviens, mais parfois le sens vient après. »Vous ne vous rappelez pas des déclics que certains ont en cours? » C’est juste que le sens ne leur  était pas parvenu, même si votre cours était superbe, un élève n’est pas forcément prêt à tout entendre de suite, ce n’est pas une machine.

Et puis,zut! J’ai envie de rire en cours, j’ai envie que les élèves rigolent, soit contents de venir que ce soit un plaisir de venir au collège!

Pourquoi cela devrait être une atmosphère froide et sérieuse? On peut être sérieux sans se prendre au sérieux et j’agis en ce sens!

*

C’est comme les paris que je lance parfois, sur des problèmes contre-intuitifs pour montrer que l’on peut se faire berner.

Comme par exemple, si on plie une feuille (de 0,1mm d’épaisseur) 22 fois et bien l’épaisseur obtenue dépasse la hauteur de la tour Eiffel et que 43 suffisent pour relier la Terre à la Lune.

J’ai même réussi une année rien qu’avec une classe, à gagner 7 paquets de bonbons, que j’ai refusé, et pour les téméraires qui les ont achetés, je leur ai demandé de distribuer cela aux autres élèves , en clamant : « Dans mon immense générosité (et pour le respect de mes dents), je vous les offre« .

Il n’empêche que les élèves se souviennent de cet événement, attention aux intuitions! Mieux qu’une image mentale!

*

Je me rappelle cette rentrée, je suis Professeur Principal d’une 5e, la plupart des élèves m’ont déjà eu en prof de maths l’année dernière, ils sourient, content de me revoir et moi aussi content de revoir leurs frimousses, même de revoir les élèves à problèmes. C’est le bazar dans le couloir, ils ne se rangent pas vraiment, d’autres collègues à côté, veulent faire de même avec les leurs.

Je joue le général, et leur dit «  Deeeeeux par deux et qu’ça saute! Je ne veux voir que deux têtes! » Les élèves se cachent donc les uns derrières les autres, ils se rangent.J’entends des « vite mets toi là, je file derrière » « Attention il te voit!« .

J’entame mon second ordre « Tenez-vous la main! » Les élèves sourient, rigolent mais ne le font pas. Je les fais rentrer en disant d’un ton faussement sévère « Et Bé vous commencez bien!!!« , les collègues rigolaient à côté, n’empêche que j’étais le premier à faire rentrer ma classe, et pour l’entrée en classe ce n’était pas le bazar, l’image du général était respectée.

Oups mince, ça aurait été mieux que ce soit l’image du prof qui véhicule cela... Moui, m’enfin ils savent que c’est Monsieur Durand qui est là. Il reconnaisse l’autorité, ils se prêtent simplement « au jeu » plus rapidement.

« M’enfin oui, mais tu vois, si d’autres collègues ne font pas ça, ils seront traités de ringards, tu forces la surenchère! »

Mais non, n’ayons pas peur de cela, j’ai juste créé un personnage, mon personnage! Mr Durand, il est comme ça : « marrant mais exigeant » (propos d’un élève de 3e qu’un élève de 5e , son frère, me rapportait).

J’ai créé « mon trou » (5 ans déjà! Bigre…) dans ce collège en ce sens, c’est un repère. Un élève a besoin de repère.

Je vois aussi une autre professeur d’Histoire-Géographie, calme, vieille école, qui vouvoie ses élèves , elle est hyper appréciée, car on sait que Mme L… est comme cela.Peut-être que le côté décalé du vouvoiement y joue. Un personnage de plus. (pour anecdote, la première fois que je l’ai entendu sermonner un élève j’ai cru qu’elle parlait à la classe, quelle surprise quand j’ai regardé dans la salle… Un pauvre élève tout seul face à elle!)

Mes deux autres collègues de maths, ne jouent pas de rôle (quoi qu’on en pense on en joue tous un, mais disons que rien ne les différencie d’un prof dit « classique »), cela ne les empêchent pas d’être appréciées, elles sermonnent, elles encouragent, cela change-t-il quelque chose que je ne fasse pas pareil? Je ne parierai pas là-dessus.

Un autre collègue, lui, il faut le voir, en costume digne digne d’un IPR (la première fois que je l’ai vu, j’ai cru qu’un collègue était inspecté), qui vouvoie aussi ses élèves,  il a offert des bonbons juste avant les vacances de noël, avec sourire, je l’ai traité de démago, car j’ai rien à en dire (quoique moi, Monsieur, je les gagne, les bonbons! Oui Monsieur!)

Mais le jour de mon inspection, j’avais fait un cours sérieux, plat (trop peur d’assumer cela)…. J’ai pas aimé, les élèves ne m’ont pas reconnu. Pauvres 6e, qui m’ont pourtant tout fait pour m’aider, mais ce foutu costume de prof-fonctionnarial ne m’allait pas du tout. Je ne m’y reconnaissais pas.

*

Tout ça pour quoi? Juste affirmer que tous les profs jouent des rôles, plus ou moins sérieux, avec ses exigences et tolérances. Être démago fait pour moi parti d’un personnage. Cela permet aussi de créer des images mentales efficaces, réconcilier des élèves avec la discipline, manipuler parfois pour arriver à nos fins, rendre agréable un cours.

Bien entendu, il y a plusieurs échelles dans la démagogie. Offrir des bonbons à des élèves qui ont obtenu de bons résultats ne me viendraient pas du tout à l’esprit! Je m’y opposerais d’ailleurs fermement.  Il y a des valeurs à transmettre!

Soyons sérieux …. mais sans se prendre au sérieux, tout simplement

demago

Au fait, bonne année!!

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