Catégorie : maths

Les soucis de la multiplication

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Edit de l’article : En faisant ce premier jet sans trop de lecture de recherche, disons plutôt une réflexion naïve du sujet, (prémisse avant une vraie recherche, il s’agit de se forger une hypothèse sur la problématique, celle que j’expose dans l’article avant un étayage de ces hypothèses par des lectures. Avoir une problématique et des hypothèses de travail est important avant de chercher)?
Il semble que j’ai peut-être commis des erreurs notamment sur la différenciation entre 3×4 et 4 multiplié par 3 et donc peut-être inversé le multiplicande et multiplicateur, je laisse par soucis d’honnêteté l’article tel quel, le fond n’en reste pas moins le même , voir la multiplication comme une action et comprendre ce que cela induit en terme de perception de l’unité voir même de la distributivité et des statuts des nombres.

Bonjour à toutes et tous.

Avec quelques formateurs, on s’est penché sur la question de multiplication, de la proportionnalité au collège. Un gros chantier … pour une formation qui peut être intéressante !

Bref, je suis parti sur la multiplication en tant que telle avec son vocabulaire et sa signification.

Je vais donc commencer par enfoncer des portes ouvertes… Le tout est de savoir si ce sont des bonnes portes à travers des phrases que l’on peut dire.

« La multiplication est une répétition de l’addition. »

En somme : 3 × 4 = 4+4+4.

Cette phrase je l’utilise souvent, elle permet de parler des nombres rectangulaires et explique ainsi rapidement la commutativité de cette opération. J’ai même une petite animation pour ça (https://mathix.org/nombres-rectangulaires/)

3 ×4 = 4 × 3

Mais que signifie alors \( 4 \times {3\over 8} \) ?

On dirait sans problème \( 4 \times {3 \over 8}= {3 \over 8}+{3 \over 8}+{3 \over 8}+{3 \over 8} \).

Mais alors que signifie \({3 \over 8} \times 4 \) ?

On pourrait utiliser la commutativité, mais logiquement parlant on n’a rien encore démontré. (seule la représentation des nombres rectangulaires avec des nombres entiers le permet)

« 3 fois 4 ou 3 multiplié par 4 c’est pareil »

Alors non, 3 × 4, on considère souvent que le nombre 4 est répété 3 fois, d’où le « 3 fois 4 », alors que dans 3 multiplié par 4, c’est 3 qui est répété 4 fois.

« 3 × 4 se lit donc 3 multiplié par 4 et 4 fois 3 ! » Mazette!

« Prendre une fraction d’un nombre, c’est multiplier cette fraction par ce nombre. »

\( {3 \over 8} \times 4 \) donc un sens, cette opération est vue comme « prendre les \( {3 \over 8}\) de 4 ».

Alors on peut revenir à cette animation que j’utilise souvent :

https://mathix.org/de_vers_x

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Mais quel lien faire avec la répétition? C’est un peu là où le bât blesse !

et puis concrètement ce qu’on voit c’est \(({3 \over 8} \times 1) \times 6 \) .

« La multiplication peut-être vue comme une quantité de … »

Ce point de vue me semble le plus efficace et permet de pointer l’évolution du vocabulaire moderne!

Dans 4 × 3, 4 est la quantité de 3, effectivement il y en a bien 4!

Dans \( {3 \over 8} \times 4 \) , \( {3 \over 8} \) est la quantité de 4, effectivement on a bien les \( {3 \over 8} \) de 4.

Il semble ici que cela soit cohérent.

Le vocabulaire

Mais cette phrase a un sens plus profond qui construit la multiplication autrement.

En effet dans toutes nos phrases et surtout la dernière, les deux nombres n’ont pas le même statut. Le premier agit sur le second.

D’ailleurs Il fût un temps pas si lointain, on parlait de multiplicande et de multiplicateur à l’instar de dividende et diviseur.

Le multiplicateur ‘agit’ sur le multiplicande.

Cela suggère aussi que le multiplicateur n’a pas d’unité simple. (on pourrait lui mettre une unité quotient ou aucune unité)

En fait, l’écueil pour les élèves vient du fait que pour l’addition et la soustraction, les nombres sont de même nature alors que pour la division ou la multiplication, ce n’est pas le cas.

Petites parenthèses : seul bémol avec les calculs d’aires?… que dire de 3cm×4cm ?

On peut voir cela comme 3×1cm×4×1cm=3×4×1cm×1cm et la définition de 1cm² est le résultat de ce produit 1cm×1cm.

Mais même en faisant cet artifice, on sent que c’est bancal, on utilise la commutativité, c’est pour cela que je ne suis pas super fan de l’unité dans les formules (même si on peut vérifier l’homogénéité des unités, c’est pratique mais peut-être à voir plus tard avec les élèves).

Si on revient à la définition du cm² ce sont des surfaces équivalentes à des carrés de côté 1cm, dans ce cas je compte le nombre de carrés donné par 3 lignes de 4 carrés, 3 × 4carrés (on retrouve un nombre neutre et un nombre avec unité)

Donc si on repensait la multiplication comme une action de proportionnalité sur un nombre réellement, l’un agit sur l’autre?

Si on parlait exclusivement de « quantité de  » et là je reprendrais allègrement une activité de l’IREM de Lyon sur le découpage de bandes que j’avais repris il y a quelques années pour en faire une générateur de feuille d’exercice et également une animation.

https://mathix.org/decibande

Cette activité se fait en deux étapes (2 séances)!

On apprends à créer les nombres à partir de l’unité (en pliant si besoin la bande unité)

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Et puis une fois nos bandes faites, on peut attaquer le produit.

Ci-dessous, je construis une quantité de 0,5 qui est 2,5, soit 2,5 fois 0,5.

Je construis donc le double de 0,5 puis la moitié de 0,5 car \(2+{1 \over 2} =2,5 \)

Le nombre action prend tout son sens, on agit en pliant.

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Expérience de l’IA sur le travail à la maison, le retour !

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Contexte :
À 8h00 du matin, j’ai reçu 26 retours d’exercices, dont un envoyé à 1h30 du matin (par un élève absent ce jour-là). Quelques élèves étaient grippés.
J’avais donc face à moi 25 paires d’yeux qui me scrutaient, curieux de savoir ce que j’avais préparé. Douche froide, je leur annonce que je n’ai pas eu le temps (en fait si, héhéhé) de traiter leurs réponses et qu’on y reviendrait plus tard, je démarre mon cours normalement.


Déroulement de l’expérience :

1. Mise en situation :

Je leur demande, comme d’habitude, de sortir leurs cahiers de brouillon pour un petit exercice au tableau. Je projette alors l’Exercice 7, mais sans afficher son titre. Tout le monde comprend immédiatement qu’il s’agit du fameux exercice traité à l’aide de ChatGPT.

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Je dessine le tableau de données suivant afin de le compléter.
Je leurs précise qu’il n’y a que trois valeurs à déterminer.

Donc je leur lance :

  • Moi : « Qui se souvient d’une valeur ? »
  • Silence gêné.
  • Moi : « Qui ne sait pas ? »
  • Toutes les mains se lèvent.

2. Débat : Pourquoi ce résultat ?

  • Élève 1 : « On ne va pas apprendre les résultats des exos par cœur ! »
  • Élève 2 : « Moi perso, j’ai rien regardé de ce qu’elle (ChatGPT) a fait. »
  • Moi : « Alors, mettons les mains dans le cambouis, faites-moi l’exercice ! »
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Les résultats sont les suivants :

  • Moyenne : 17 élèves sur 25 ont réussi.
    • Les 8 autres ont soit additionné toutes les notes directement (6 + 8 + 10 +…), soit fait des erreurs dans les priorités opératoires (parenthèses manquantes).
  • Médiane : Échec total.
  • Étendue : Réussie dans l’ensemble, sauf pour 9 élèves qui, bloqués sur les premières questions, n’ont pas traité cette partie.

Bilan intermédiaire : Globalement positif pour des élèves de 3e, mais ces compétences sont attendues en 4e, donc peu de surprises. Seule la médiane pose des problèmes, il s’agit d’une notion de 3e, qui plus est dans un tableau


Réflexion collective et retour à l’IA :

Lorsque j’ai demandé : « Pourquoi la médiane pose problème ? », j’ai affiché quelques réponses des élèves fournies par ChatGPT.

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Les élèves ont remarqué qu’un même prompt (voir article précédent ) avait généré des résultats différents, ce qui les a perturbés. J’ai saisi cette occasion pour insister sur :

  • La fiabilité relative de ChatGPT.
  • Le non-déterminisme de ses calculs.

Les échanges marquants :

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  • Moi : « Qui a vérifié ou lu ce que ChatGPT faisait ? »
    • Élève 1 : « Moi, mais j’ai lâché, c’était trop dur, matter le truc là ! » (nldr le sigma je suppose)
    • Élève 2 : « En fait, fallait lire regarde en dessous c’est plus simple mais c’était pas clair quand même. »
  • Moi : « Qui a vraiment lu ? »
    • Silence général.

J’ai expliqué que dans ce contexte, l’IA ne les avait pas aidés à progresser, mais qu’elle aurait pu si elle avait été utilisée de manière réfléchie.

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Screenshot qui m’a permis d’exploiter ce qu’elle faisait et donc ce qu’il fallait faire pour trouver la médiane, en corrigeant l’erreur car la médiane se trouve entre la 2500e et 25001e valeurs.

L’avantage de cette erreur et encore une fois d’insister sur le fait qu’il fait savoir être critique !


Retour à l’autonomie :

Après cette correction collective, les élèves ont poursuivi leur travail avec des exercices en autonomie. Quelques-uns sont venus échanger à la fin sur la manière de mieux travailler avec l’IA. Certains ont suggéré qu’indiquer qu’ils étaient collégiens aurait pu aider ChatGPT à adapter ses réponses. J’ai confirmé cette idée, mais j’ai également rappelé que l’IA ne devrait être utilisée qu’en dernier recours, faute de quoi ils risquent de ne rien apprendre.


Bilan de l’expérience :

À chaud, je considère cette séance comme positive. Elle m’a permis de :

  1. Identifier les limites de l’utilisation de ChatGPT en classe.
  2. Montrer que l’IA peut induire une régression si elle est mal exploitée.
  3. Initier une réflexion sur l’autonomie et l’apprentissage actif.

Cependant, je reste inquiet quant à l’utilisation correcte de l’IA par les élèves. Cette expérience a révélé le risque de « légitimer » un peu trop vite un outil dont certains abusent déjà.


Prochaines étapes :

En fin d’année, je prévois de leur demander un bilan sur l’IA et l’école :

  • Où placer l’IA dans leur apprentissage ?
  • Comment en faire un allié, comme un grand frère qui guide, sans tomber dans la facilité de copier sans comprendre ?

Toujours un objectif : les aider à percevoir que l’IA peut être un formidable outil… mais qu’elle ne remplacera jamais l’effort et la réflexion personnelle.

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Travailler sur des mathématiciennes et l’IA : tout le projet expliqué et présenté

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Bonjour à toutes et à tous !

Je vais donc vous présenter un projet qu’on a mené en 4eme avec un collègue la seule différence entre nous, j’ai axé le travail sur l’IA.

Alors tout d’abord, dans quoi s’inscrit notre projet?

A travers la réflexion du laboratoire de mathématiques de notre collège de Loué, nous avons travaillé sur l’axe suivant : réfléchir à la place des femmes en maths,présenter des modèles féminins,favoriser la projection dans des métiers scientifiques.

Au mois de novembre, nous avons présenté aux élèves de 4emes, l’expérimentation menée en 5eme, en expliquant les enjeux de la démobilisation des filles dans les domaines scientifiques.

Le projet

Donc nous les avons enjoints à travailler sur des mathématiciennes avec 3 focales (Qui elles sont ? Les obstacles qu’elles ont rencontrés et comment cela se passerait en France aujourd’hui?).

Je présente cela à mes élèves en AP (demi-groupe), je vois déjà que ça souffle, l’envie de faire des recherches ne les emballe pas et ça je m’y attendais.

Voici donc le premier document distribué :

Je leurs parle donc de l’IA qu’on avait utilisée pour faire des mathématiques (et qui s’était planté laborieusement). Je leur dis qu’on va donc expérimenté l’IA (de type LLM) pour faire des recherches (l’idée sous-jacente est de montrer que l’IA n’est pas un moteur de recherche…. et qu’elle peut halluciner)

Bref, là j’ai capté leur attention, ils vont faire quelque chose de nouveau.

Je leur montre qu’on peut faire cela avec Sophie GERMAIN rapidement et avec tout les renseignements directement :

Il suffit de copier coller le contenu de l’activité et de demander pour Sophie GERMAIN

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Et puis je leur parle de Sylvie Benzoni-Gavage et je leur dis que je vais demander à GPT tous les renseignements.

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Et là c’est le drame l’IA se plante.

Bon il faut savoir que maintenant ça va vite, et l’IA ne se plante plus sur Sylvie Benzoni-Gavage et en plus Chat-GPT source maintenant les informations mais seulement lorsqu’on est connecté à notre compte sur chat-GPT et que le modèle avancé est choisi sinon elle se plante, voici ce matin ce que j’obtiens.

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et quand je suis connecté :

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Bref, passons, moi ce que je voulais c’est la version non connectée.

Donc je leur indique que suivant l’accès aux données d’entraînement chat-GPT peut halluciner car Sylvie Benzoni c’est avant tout une mathématicienne.

Je leur indique qu’il va falloir faire du fact-checking et remodeler la production de chat-GPT.

Je leur fournis ce doc accessible sur le lecteur commun.

Et à eux de vérifier les informations. Voilà un exemple au bout d’une séance, le groupe a choisi aussi de chercher des images.

Sur les mathématiciennes, il y aura eu des erreurs que les élèves auront décelées, des petites erreurs (date de naissance, lieu de vie légèrement différente)

Pour l’instant c’est trop long pour une affiche.

L’utilisation de l’IA (LLM) pour ce qu’elle sait faire : modeler du texte

Ensuite, lors de la 2e séance, j’ai parlé de ce que sait faire l’IA , traiter du texte, en produire, l’allonger et/ou le résumer en évoquant rapidement la notion de vecteur sémantique et/ou de « pensée ». Et que les IA LLM sont douées pour cela.

J’ai donc présenter les commandes « résume-moi cela en 3 phrases » etc… et les élèves ont testé et travaillé leurs textes, ils se sont rendus compte que l’IA parfois perdait des informations importantes et donc qu’il fallait faire attention etc…

et on est arrivé à des résumés plutôt courts

Fabrication des affiches

Et lors de la 3e séance on a travaillé sur la production de l’affiche en elle-même !

Pour aller plus loin sur la réflexion

Et puis après qu’ils aient fait leur affiche (en fait j’attendais qu’on me pose la question, mais les élèves étaient trop dociles dans la mission que je leur ai confiée)

« Et si on demandait à Chat-GPT? ».

J’ai donc produit les images avec le même prompt juste en demandant une affiche et non un exposé (lien vers le prompt https://short.mathix.org/iaaffiche) :

Les élèves se sont exclamés « Trop belle, trop bien » et j’ai zooomé dessus pour qu’ils remarquent qu’il n’y a aucun texte!

Bref, l’affiche est belle ça donne envie de lire et on ne lit rien…. L’ia n’est pas encore très douée.

Et au moment de l’affichage des affiches juste avant la réunion parent-professeur, j’ai fait une grande affiche pour teaser l’exposition au premier étage.

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Et maintenant ?

Et bien maintenant, la cerise sur le gâteau, ils vont pouvoir parler avec une vraie mathématicienne : Sylvie Benzoni-Gavage sera des nôtres jeudi au collège pour rencontrer nos élèves!

J’ai hâte !

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