Catégorie : Réflexions

Réflexion sur l’IA et l’éducation

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J’ai intégré l’année dernière le groupe de formateur IA comme Julien (qui lui y était déjà puisque AAN). A prendre un peu de recul à nous deux on occupe un peu le terrain dans l’académie…

AAN (Julien), Rallye maths 44 (Julien)-72 (moi), Formateur Mathématiques (nous deux! Il me rejoint! ), Formateur IA (nous deux), coordo de labo (moi), membre équipe TRAAM(moi) , membre équipe CHAMS (moi) . Cette palette nous enrichie vraiment tous les deux, impossible de ne pas vous dire qu’on discute souvent sans être toujours d’accord ! 🙂

Aujourd’hui j’ai décidé de catégoriser des points de vue, parfois multiple de collègues/confrères qui travaillent sur l’IA.

J’ai vu pas mal de choses passer, des chatbots conçu par une IA notamment avec Chatmd, des remplissage de quizz remplis avec l’IA, des bots connecté à de l’IA pour répondre aux élèves. Bref, un agrégat d’outils IA qui pourraient être intéressants à exploiter.

Ce côté IA vue uniquement comme un outil pour les prof, j’y vois pourtant un point de vue qui n’est pas le mien du tout. L’IA et éducation devrait se limiter à seulement de l’outillage ? Que ce soit pour l’élève ou pour le prof ?

Bien sûr je suis le premier à l’utiliser pour moi (vérification de codage, du css notamment car je n’aime pas cela), mais cela reste de l’informatique, l’utilisation de l’IA en tant qu’outil EN, là vraiment pas.

Et j’ai mis du temps à me rendre compte de la multitude de point de vue que l’on peut avoir entre Education, Eleve et IA. Je catégoriserai ces mouvements avec des étiquettes, savoir nommer, c’est pouvoir étudier, non ?

Il y a pour moi :

  • L’éducation à l’IA : L’idée que l’élève doit comprendre les enjeux de l’IA , ce qu’est l’IA, le recul qu’il faut avoir quant à ses réponses, ce qu’elle ne permet pas de faire (apprendre), c’est essentiellement un apport de connaissance pour maîtriser l’IA: Relation majoritaire Prof élève
  • L’éducation par l’IA : L’idée que l’IA est un outil qui permet de faire apprendre les élèves, faire découvrir, en autonomie. (Les bots en autonomie je les mettrais là), cela se situe généralement hors la classe.C’est pour un développement de compétence scolaire .relation élève IA majoritaire.
  • L’éducation avec l’IA : L’idée que l’IA peut être un mode didactique qui peut faire apprendre en partie, mais utilisé comme prétexte (étude de réponse de l’IA) pour aiguiser l’esprit critique, l’enseignant accompagne et maîtrise l’enjeu de l’activité. (je vois l’activité sur Albert de Julien ou mes études réponses d’IA face à un exercice). Cela se situe donc forcément en classe et c’est essentiellement un développement de compétence liée à l’esprit critique pour maîtriser l’IA. Relation élève prof IA.
  • L’éducation enrichie par l’IA : L’idée que l’IA est un outil enseignant, il lui permet de répondre plus efficacement aux problématiques des élèves, ici l’IA n’est pas du tout perçue par les élèves. (je mettrais ici les quizz générés par l’IA par exemple ou les chatbot de type chatMD où les réponses sont préfaites et dont la base de données a été créée par l’IA) Relation Prof IA

Alors toute activité n’entre pas forcément dans une unique case, même s’il y a une dominante.

Faire entrer les enseignants par la porte de l’outillage est pour moi un vrai un problème. Il pourrait insinuer une image erronée de l’IA, celui de l’outil performant et magique (il peut tout faire).

L’outillage professeur , la vitrine de l’IA

Je prends en exemple ce genre de site : https://www.coursebox.ai/fr/blog/meilleurs-generateurs-de-quiz-dia

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Voilà le problème, c’est la promesse d’un « truc » qui fait tout et qui nous enlève la charge mentale !

Oui c’est aguicheur, mais le leurre c’est que cela annihile toute idée de relecture, de vérification.

Et ce matraquage fonctionne !

Et puis comme on veut convaincre les professeurs à se mettre à l’IA, on leur vend les capacités inouïes de l’IA.

Sauf que l’IA est faillible, non déterministe (ce qui marche pour quelqu’un ne marche pas pour d’autres).

Alors on pourrait arguer qu’un fine-tuning performant permet de limiter à 99% les couacs, sauf que ce pourcentage, on ne le maîtrise pas, et quand bien même doit-on faire confiance pour autant ?

Sociétalement parlant oui, il y a des métiers qui vont disparaître avec l’IA, car le contrôle sera rapide, en effet, demander des images d’illustration, vous êtes en capacité de contrôler ce qui est produit et recommencer si besoin, ici le contrôle est simple et demande moins d’efforts qu’une relecture d’un document produit avec l’IA ou d’un bot qui interagit avec un élève.

Je tiens pour acquis des résultats à un exercice que j’ai donné à mes élèves https://mathix.org/linux/archives/21303

Seul 3 élèves ont pris l’initiative de faire l’exercice pour juger de la pertinence des réponses et donc on répondu ensuite très rapidement, les autres ont directement lu les réponses et ont galéré. Et en fait, relire sans avoir raisonné auparavant pour les autres cela leur a pris énormément de temps et de difficultés. de compréhension.

Bref, l’éducation par l’IA qui nous est vendue est pour moi la plus mauvaise porte d’entrée à l’IA, mais c’est celle la plus aguicheuse, un côté magique par lequel peut-être on doit passer un temps avec nos élèves mais cela ne doit pas être la porte d’entrée pour les enseignants.

En plus parlons des quizz générés avec de l’IA, toutes les variables didactiques sont inexistantes ! Les réponses fausses qui sont sensées être plausibles sont rarement proposées voir pas du tout!

En fait, il y a un vrai enjeu autour de la perception de l’IA et de l’enseignement à montrer ce qu’est l’IA aux élèves.

En fait pour moi il faut donc travailler exclusivement L’éducation à l’IA et avec l’IA avec nos élèves.

Et accompagner les enseignants dans l’éducation enrichie par l’IA avec un gros warning à transmettre, celui de la relecture !

L’éducation par l’IA est pour moi une vraie fausse piste….

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LA RGPD, l’IA et les élèves : le prompt « Qui suis-je ? ».

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Depuis quelque temps, à chaque fois que j’aborde l’intelligence artificielle en contexte scolaire, on me rappelle — parfois avec insistance — la RGPD et les GAFAM.

Il me semble que l’on peut parler d’IA et expérimenter l’IA en classe sans être en contradiction avec ces principes (qui me sont chers).

Aujourd’hui, les élèves utilisent déjà l’IA et les GAFAM — souvent sans conscience des enjeux, des limites, ni des conséquences sur leurs données. On peut/doit les accompagner.

Un prompt simple, une prise de conscience forte : « Qui suis-je ? »

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Bon, il me connaît, mais pas totalement, je n’ai pas que des 6e et 4e, mais des 3e… Si je lui dis qu’il a faux il corrige en disant que je suis au collège.
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J’ai expérimenté ce prompt sur les élèves qui avaient déjà un compte sur une IA générative, c’est d’ailleurs en sachant que certains en avaient un que m’est venu cette idée.

En aucun cas, j’ai demandé aux élèves de se créer un compte, j’ai juste saisi l’opportunité de pouvoir faire mouche !

Le choix de « Qui suis-je ? » n’est pas anodin. Derrière ce mignon prompt, une expérience à l’enjeu pédagogique fort : observer ce que l’IA « sait » ou prétend savoir de l’élève à partir des données associées à son compte. Les retours ont été très variés.

Certains élèves ont reçu des réponses vagues ou génériques, bref sans danger mais d’autres ont été surpris par la précision des suggestions de l’IA, voire gênés…

Cela a immédiatement ouvert le débat :

  • Comment l’IA peut-elle “deviner” ?
  • Que sait-elle de moi ?
  • Est-ce que j’ai déjà donné ces infos, et à quel moment ?
  • Et surtout, qui détient ces données ?

L’occasion d’aborder la RGPD autrement

Ce simple prompt a permis une entrée par l’expérience vécue, plus efficace qu’un long discours sur la RGPD ou la vie privée. On est passé d’un règlement perçu comme “technique” à une question de conscience personnelle :

  • ce qu’est une information personnelle identifiable (PII)
  • comment des outils puissants peuvent reconstruire un profil à partir de données personnelles disponibles dans les conversations et sur le net.

La RGPD et les IA : une zone floue

Soyons clairs : la RGPD est aujourd’hui difficilement conciliable avec les IA génératives grand public.
À moins d’utiliser un modèle local, open source, il est quasiment impossible de garantir un respect strict du règlement.

On pourrait se dire : « On ne peut rien faire ! ».

Je pense avoir trouvé une autre voie, pas parfaite : une voie sans doute à baliser davantage.

Un chemin périlleux mais qui en vaut la chandelle

J’ai choisi d’exposer les élèves à ces outils dans un cadre pédagogique, avec des règles strictes, avec une discussion derrière. Ce n’est pas parfait, j’ai pu le faire en co-animation, et dans un projet qui englobait l’esprit critique (faudrait d’ailleurs que je vous en parle !)
Les accompagner à expérimenter, leurs permettre de leurs faire vivre des expériences, de les confronter à l’IA, de la démystifier, de comprendre les enjeux éthiques et écologiques sont tout autant de raisons de se lancer en classe.

Parce qu’ils le feront sans nous, sinon.

Tant que l’Éducation nationale ne nous fournit pas encore d’alternative institutionnelle, tant qu’on ne disposera pas d’un modèle maison, hébergé et contrôlé par nos propres serveurs, nous sommes tous dans une forme de « bricolage encadré ».

(Je rappelle que je n’ai pour l’instant ni utilisé , ni demandé aux élèves de faire nos expériences sur des plateformes avec comptes, mais bien en mode déconnecté, et je n’ai en aucun cas demandé qu’ils saisissent des données personnelles ou production quelconque.)

Des raisons d’espérer : un modèle public possible

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Je reste cependant optimiste. Dans notre académie (Nantes), nous avons retrouvé la main sur notre ENT (E-Lyco) et on a mis en place la plateforme Éléa ( Moodle).

Il y a des outils intégrés à la forge, pour ne parler que de certains que j’utilise régulièrement :

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CAPYTALE et MathA (PhysALEA en construction)

Cela montre que nous avançons vers plus d’autonomie et de maîtrise sur nos outils numériques, notamment grâce à la forge des communs numériques : Création, mutualisation et partage de ressources éducatives libres ! et des apps.educations où institutionnalisent des outils libres !

Ce chemin est lent — c’est vrai — mais un ministère aussi vaste ne peut pas aller plus vite que son écosystème. Nous devons, à notre échelle, baliser le terrain.

Les parcours PIX prévus pour la rentrée prochaine sont un bon début, et l’IA attendue pour la rentrée 2026, nous permettra de leurs faire faire leurs premières expériences avec l’IA sans crainte, tout en rappelant les autres biais (car ils sont nombreux et ce, dans tout modèle).

Éduquer, pas interdire

Ce que j’ai voulu avec ce simple prompt “Qui suis-je ?”, ce n’est pas exposer mes élèves aux dangers des IA, mais leur permettre de les regarder en face.
Ils les utilisent déjà, alors accompagnons-les, formons-les, aidons-les à comprendre que gratuit n’est jamais sans contrepartie, et qu’une IA est un outil, pas une vérité.
Eclairons-les sur les enjeux du numérique.

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L’IA, création et fake-news

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Il y a quelques heures je publiais sur bluesky une image de notre logo déformé par l’IA (je lui ai demandé de vieillir les personnages…et aussi de les mettre à la façon simpsons).

Vous voyez les vieux, c’est toujours triste !

Images de départ (le logo créé par Tony ChampClos)

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Les images générées par l’IA. Rien ne m’a été demandé sur la protection de l’œuvre…

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Alors ces capacités qui ont fait un bond en avant, on ne peut les nier. Les réfuter ne sert à rien.

Mais s’intéresser aux questions que cela soulève me paraît pertinent. Si elle peut faire cela qu’est-ce que cela implique ?

Quid de la créativité (l’IA s’inspire bien de créateurs)?

Comme en tant que créateur,voir ses œuvres déformées par l’IA sans contre partie soulève bien entendu un problème vis-à-vis des droits d’auteurs surtout si les œuvres sont protégées.

Les « petits créateurs » ont un réel risque de ne pouvoir protéger leur travail. Une réelle prise de conscience est à avoir.

Quid de l’existence même des créateurs ?

S’ils disparaissent les données d’entraînement de l’IA aussi et donc le monde de la création chancellera tôt ou tard…

C’est se saborder que de ne pas soutenir le monde de la création (d’ailleurs petit big up à Mme MORENCAIS qui réduit les subventions sur la culture dans les pays de la Loire et d’ailleurs avec une réelle crainte pour le rallye mathématique de la Sarthe qui peut disparaître après 34 ans d’existence car il a besoin de ces subventions… pour l’instant la décision est en suspens )

L’IA ne s’arrête pas aux images, j’ai pu tester la génération d’une pièce de théâtre en s’inspirant d’un classique en lui demandant de le réadapter avec moins de rôle et l’IA a fourni un travail extra… et en alexandrin !

En premier lieu on pourrait se dire génial…. mais que faire de cela ? Il y a un risque d’être dans la consommation à outrance ! La moindre rédaction ou travail, pourquoi ne pas demander à l’IA qui fait cela en quelques minutes….

Quid des fakes news ?


L’IA peut déformer la réalité rapidement et facilement.
Comment s’en prémunir ? Il s’agit de voir les capacités de l’IA et surtout de la rapidité où ça va, GPT a fait de vrais bonds en avant. C’était le but de ce post sur Bluesky.

Il y a des déjà énormément de fake news, là le risque d’adapter les photos selon ses croyances risque d’être grand…

Quid du travail ?

Si l’IA peut faire beaucoup, notre rôle en vient peut-être à devenir superviseur? Celui qui abonde ce qui a été créé par la machine? Mais pour devenir superviseur dans une société, eh bien il faut avoir été créateur, ingénieur… Il faut des « sachants » qui puissent comprendre si ce qui a été créé répond aux exigences.

Peut-être aussi imaginer de nouveaux métiers….

Imaginez que ces articles de ce blog soient repris et reformulés par l’IA sur un autre blog?

Julien m’en avait parlé de les faire reprendre par une IA pour rire, j’avais râlé de suite, mais à y réfléchir rien n’empêcherait des gens de recopier et remodifier l’article rapidement… voir que tout soit fait automatiquement…

Une réinvention des créateurs?

Apprendre à créer avec l’IA et non par l’IA, apprendre à se faire accompagner de l’IA. Des métiers ont évolués, la photographie n’a pas empêché les peintres de poursuivre leur création… et d’ailleurs de nouveaux métiers sont apparus. J’imagine que pour l’IA, cela sera de même, il faut juste que la société garde une place pour les créateurs « purs » et en offre une autre pour ceux qui utilisent l’IA.

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Ce sont des vraies questions de sociétés dont il faut s’emparer.

Il faut des formations pour tous, pour l’EN avant tout, car on doit accompagner les élèves dans ces apprentissages et ces points de vigilance.

Gageons aussi que notre métier risque de connaître des bouleversements, j’en viendrais à croire que l’IA corrigera nos copies et que l’on nous donnera plus d’heures devant élèves à animer un cours (moins de profs… moins de masse salariale…) un risque réel de dévaluation du métier car l’IA fera « tout ».

Des collègues diront chouettes, d’autres comme moi seront plus réticent, comment accompagner un élève si on ne sait pas ce qu’il a fait, si on perd l’habitude de le lire, de savoir comme il raisonne, car moins le lire c’est moins le comprendre…

Je me trompe? et si on y allait vraiment? Un coût économique évident… Imaginons un instant que les sociétés privées proposent une offre pas chère et qu’une fois qu’il y ait moins de profs et bien ils peuvent remonter les prix car…. impossible on aura plus assez d’enseignants… Une privatisation de l’enseignement cachée…

Je rêve?

C’est mon côté créatif …

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