Catégorie : Réflexions

L’IA n’émancipera pas l’enseignant.

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Bonjour à toutes et tous.

Une petite réflexion sur l’IA et l’impact sur notre métier. Cette réflexion, elle m’est venue d’un échange avec Ju’ et aussi d’une réflexion de Philippe Meirieu lors de sa conférence à Lyon en avril dernier.

L’IA est donc présente dans notre métier, d’ailleurs l’état français a muni tous ses agents d’un accès à une IA souveraine qu’est ia-Assistant. Alors vraiment de tous les pays européens, on ne peut que saluer cette action. On ne dépend pas des IA étrangères et le modèle est français (Mistral).

Bref, là où l’Éducation Nationale peut réagir en retard, là force est de constater qu’on n’est pas si mauvais sur ce virage technologique. Peut-être la formation des enseignants….

Seul regret, cette IA n’est pas accessible aux élèves, donc le travail sur les IA sans un outil pour eux est pour l’instant impossible à moins d’utiliser l’API de la DINUM et de faire sa propre interface (chose que j’ai faite avec https://ia.mathix.org, j’espérais seulement un outil plus institutionnel mais passons, l’objet ici c’est l’enseignant pas l’élève).

Alors qu’avons-nous?

Une IA capable de recherche sur internet et d’analyser des documents, dans un futur proche elle sera capable de produire des documents odt ou docx voir pptx, xlsx, pdf.

C’est donc avant tout pour moi un outil « administratif » ou servant d’appui de conception de documents, elle peut être aussi critique.

Personnellement, je l’ai utilisé pour reformater des mails avec l’outil projet, on peut intégrer des prompts utiles, comme un mail à un IPR ou mail (que je n’utilise pas tout le temps mais parfois)

Ensuite , il suffit de cliquer sur le projet et de dire le but du mail et l’IA se charge de proposer un mail, qu’on peut bien entendu amender.

Comme vous le voyez on peut aussi mettre des fichiers, on peut utiliser l’IA comme référent pour les programmes.

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Bref, un outil qui peut être utile.

L’émancipation dans tout ça ?

Mais conceptuellement l’IA me pose des problèmes bien plus profond, celui du travail en équipe et en cela de l’émancipation de l’enseignant.

Au début avec Julien, on a investi l’IA à fond, tel un nouveau monde à défricher. On a testé, on a usé, et parfois même abusé de l’IA pour garder une veille sur ses capacités qui évoluent très rapidement. (Vous verriez ce qu’on peut faire avec l’agentification de l’IA….).

On était convaincu d’une seule chose, on peut explorer rapidement et … seul. On pouvait laisser libre cours à notre imagination et tester selon nos idées sans véritable opposition constructive. Alors avec Ju’, on a su préserver cette limite car tel des chiens un peu foufou on s’appelait en disant « Regarde j’ai fait ça », « hannn trop bien » et quand venait l’opposition, et bien tant pis on continuait selon ses idées, parce que » pourquoi pas » car c’est si simple de continuer seul avec l’IA.

Oui, l’IA ne te contredira jamais avec la force des convictions d’un collègue de terrain ou d’un frangin un peu capricieux, en fait travailler avec l’IA, c’est travailler dans un miroir (non Julien et moi on n’est pas miroir, vraimen pas).

Je m’explique, je suis dans un collège où le travail en équipe est hyper développé, j’ai une équipe de maths stable depuis 10ans, et ma collègue la plus ancienne bosse avec moi depuis 18 ans. On a appris à bosser ensemble , ce n’est pas toujours simple, les avis divergent, mais on trouve des consensus. Parfois la direction des projets ne va pas du tout dans celle qu’on pensait et pourtant les projets réussissent ou même ratent. La réussite ou non n’est pas le problème, c’est surtout qu’on teste un projet en confiance sur une direction à laquelle on n’est pas convaincu à 100%. Cela nous force à tester de nouvelles choses, en dehors des sentiers battus et même plus en dehors de notre capacités d’acceptation. C’est un peu cette peur qui nous prend quand on saute à l’élastique, on se force.

En cela, le travail en équipe permet l’émancipation, une vrai liberté qui aille au delà de nos propres freins. On peut se découvrir d’avantage voir même découvrir d’avantage sur ses collègues. Je trouve cela riche et surtout primordial.

Que fait l’IA ? Elle peut très facilement et de manière insidieuse annihiler toute ces pratiques de travail en équipe. L’IA peut individualiser le travail de l’enseignant, car on n’est plus forcé de travailler avec ses collègues. L’IA cherche à faire plaisir à l’utilisateur et le contredira rarement et même le complimentera. En nous offrant un confort solitaire, elle risque de nous éloigner des compétences sociales que nous devons incarner et transmettre : l’écoute, la négociation, ou encore l’acceptation de l’échec collectif.

Voyez j’ai mis le début de l’article à Gemini:

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Ca galvanise, mais ça ne bouscule pas.

Alors l’IA peut être un formidable terrain de jeu pour tester des idées, les affiner, ou même les pousser à leurs limites avant de les confronter au regard critique de ses pairs. À condition de ne pas s’y enfermer. Comment apprendre à nos élèves à travailler en équipe si nous même en sommes incapable ?

Préserver le collectif

Je ne dis pas que c’est toujours facile de bosser à plusieurs. J’ai vu des équipes dysfonctionnelles, et notre métier demande une sacrée énergie sociale. Certains diront que le travail en équipe est déjà difficile, et que l’IA permet enfin de respirer. Mais la question n’est pas de choisir entre solitude et collectif, mais de trouver un équilibre : utiliser l’IA pour alléger la charge mentale, sans qu’elle ne devienne un refuge. Se réfugier dans le confort solitaire de l’IA, sous prétexte que c’est plus simple et qu’elle dit toujours oui, me paraît être un piège redoutable pour notre émancipation

Imaginez un enseignant qui, plutôt que de discuter avec ses collègues d’une séquence pédagogique innovante, préfère affiner seul son cours avec l’IA, jusqu’à obtenir un résultat ‘parfait’… mais déconnecté des réalités de sa classe ou de son établissement. Le gain de temps est réel, mais la perte est invisible : celle d’une intelligence collective qui aurait pu enrichir, remettre en question, ou même transformer radicalement le projet initial : la friction cognitive celle qui nous pousse dans nos retranchements !

Bref, je ne rejette pas l’IA, bien au contraire. L’IA souveraine comme ia-Assistant sera une excellente secrétaire personnelle. Elle va nous faire gagner un temps précieux sur la paperasse, le reformatage de mails et la recherche dans les textes officiels,voir de la restructuration d’idées et il faut s’en réjouir, même si à défaut on pourrait perdre un peu en compétence de reformulation. Mais un assistant, aussi performant soit-il, ne fera jamais une équipe.

C’est là que la mise en garde de Philippe Meirieu prend tout son sens. Si on n’y prend pas garde, la technologie va, dans le sens propre, atomiser le corps enseignant, le réduire à une multitude d’individus. Le risque insidieux, c’est qu’en fuyant la difficulté des relations humaines pour le confort d’une machine qui nous dit toujours oui, on finisse par créer une école de profs auto-entrepreneurs. Des profs isolés dans leur classe, devant leur écran avec leur IA, qui produisent des cours techniquement parfaits, lisses, validés par elle, mais complètement déconnectés d’un projet d’établissement global.

Je me rappelle que Philippe Meirieu parlait de l’algorithme d’Amazon qui propose des livres qui devraient nous plaire en fonction de ce qu’on a lu, mais généralement ce sont des livres qui ressemblent à ce qu’on a lu et qui nous enferme dans le moins dérangeant, le plus complaisant, le plus facile à lire mais cela ne m’a jamais permis de changer de genre de lecture.

Le travail en équipe, avec ses frictions, ses débats et ses consensus parfois bancals, c’est le dernier rempart contre cette standardisation silencieuse. C’est ce qui nous garde vivants, ancrés dans la réalité du terrain et de notre collège.

L’IA nous libère du temps. Je crois qu’on peut s’en servir de levier pour renforcer ce qui compte vraiment : les échanges, les projets communs, le collectif qui nous grandit. Car c’est dans le débat, les désaccords et les consensus imparfaits que vit l’école émancipatrice.

J’en veux pour preuve les laboratoires de mathématiques qui se développent dans l’académie ce sont d’autant de petites collectifs qui travaillent ensemble et qui acceptent les confrontations, celles qui font avancer.

Pour conclure, j’emprunterai un dicton du rallye 44 :

Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin.

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Les stéréotypes de genre, une histoire de conformisme : un vrai travail d’éducation

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Bonjour à toutes et tous !

Je me suis rappelé il y a quelque temps une célèbre expérience sur le conformisme social, ou comment le groupe peut influencer le comportement d’un individu en toute conscience. Il s’agit de l’expérience de Asch, réalisée en 1951.

Le principe est simple : on demande à un groupe de volontaires de comparer une ligne témoin à trois autres lignes, et de désigner celle qui a la même longueur. La réponse est évidente. Sauf que le groupe est composé de cinq complices et d’un seul véritable sujet (le cobaye). À un moment donné, tous les complices donnent volontairement la même mauvaise réponse.

On étudie alors la réaction du sujet : dans environ un tiers des cas, il finit par s’aligner sur la mauvaise réponse générale. La pression sociale, même face à une absurdité visible, s’avère trop forte. Dans cette situation, le moteur de la décision est l’interaction directe : la personne voit et entend ce que pense le groupe, et s’y conforme pour ne pas être rejetée.

Dans l’expérience d’Asch, le moteur de la décision reste l’interaction directe : la personne voit et entend le groupe, et s’y conforme pour éviter le sentiment d’exclusion ou d’isolement social.

Mais que se passe-t-il si l’on coupe toute communication directe ? Imaginons qu’un individu anticipe simplement ce que les autres penseraient de lui en fonction de ses actes. Cette simple pensée suffit bien souvent à modifier son comportement pour s’aligner sur les attentes supposées du groupe.

Mais allons encore plus loin ! Si l’on applique ce mécanisme à la construction de l’identité, le sujet en vient à se dire : « Je suis une fille » ou « Je suis un garçon, je dois donc me comporter comme tel ». Dès lors que cette définition repose sur des représentations stéréotypées, le piège se referme. À la période de l’adolescence, là où le besoin d’appartenance et le conformisme social sont à leur summum, cette intériorisation des rôles de genre ne peut qu’éclore massivement.

Le phénomène s’autoentretient, une sorte de prophétie autoréalisatrice : en modifiant son comportement pour correspondre à un stéréotype invisible, l’adolescent renvoie cette image à ses pairs, promouvant et validant ce même modèle pour les autres en retour. Le conformisme n’a plus besoin du groupe pour exister ; il est auto-entretenu par les individus eux-mêmes.

Alors c’est là le besoin de travailler les gestes et postures professionnel pour casser ces idées de représentations et de la recherche de l’identité réelle des élèves, identité qui ne peut se définir à une idée de genre : Je suis Arnaud, je suis enseignant, touche-à-tout, curieux, geek, boulimique de connaissances, j’adore le travail en équipe, le cinéma , les livres, les randos : est-ce seulement le fait que je sois un garçon qui puisse déterminer qui je suis? Le stéréotype de genre, c’est ça, c’est de croire que seul le genre d’une personne suffit à déterminer qui elle est.

En mathématiques , le problème est d’autant plus « problématique » est que la sous-représentation féminine induit le stéréotype que les mathématiques ne sont pas faites pour les femmes….

Plusieurs pistes sont envisageables pour moi :

  • les modèles féminins à mettre en association avec des modèles masculins dans des domaines qui contreviennent au stéréotype de genre. Montrer des femmes mathématiciennes ou des hommes dans des métiers de care (soin, éducation) permet de normaliser la mixité des compétences et d’élargir le champ des possibles des adolescents, au-delà des rôles attendus.

  • Il faut oser admettre que, parfois, nous jugeons un peu un élève à l’aune de son genre. La fatigue ou la surcharge d’informations en classe nous poussent vers des raccourcis : on peut percevoir une fille comme plus « fragile » face à un certain comportement, alors que ce comportement est précisément le résultat de son conformisme intériorisé. Ce biais induit des micro-comportements inconscients de notre part. Par exemple, si je parle plus doucement à une élève en pensant qu’elle a besoin d’être rassurée, elle peut interpréter cette attitude comme le signe de sa propre faiblesse (« Si le professeur me parle ainsi, c’est que je ne suis pas capable de réussir »). Elle adapte alors son comportement à cette projection, validant ainsi notre propre biais de départ.
    Ce sont quelques biais qu’on a pu observer chez moi l’année dernière quand des collègues m’ont observés en non-mixité et même en mixité.J’avais tendance à parler plus doucement aux filles et d’être plus taquin avec les garçons, mais parce qu’ils renvoyaient aussi des comportements qui me tirait vers cette posture.

  • Pour contrer l’auto-censure, on peut favoriser les travaux de groupe avec des missions explicites et attribuées (secrétaire, gardien du temps, porte-parole, chercheur…). Cela évite que les élèves se ruent spontanément sur les tâches où ils se sentent experts — ou plutôt, sur celles que leur genre leur dicte d’investir (par exemple, la rédaction pour les filles, la technique ou la prise de parole pour les garçons). Assigner les rôles permet de forcer la sortie de la zone de confort et de déconstruire les étiquettes.
    En observant des collègues de sciences expérimentale,c ‘est ressorti encore plus, les garçons manipules en physique et les filles écrivaient. Seul dans les groupes non mixtes il y a eu des comportements non stéréotypés.

Bref, 3 axes qui permettent de travailler à l’idée que le genre d’une personne peut se revendiquer mais en aucun cas lui dicter ce qu’on est. D’ailleurs soit dit en passant, ce serait purement réducteur, non ?

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Diaporama de mon intervention pour l’Académie de Toulouse

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Bonjour à toutes et tous!

Eve Chambon, IAN Maths de l’académie de Toulouse, il y a quelques mois, nous demandait si on pouvait intervenir pour une vidéo avec 150 enseignants le mercredi 8 avril. On a donc répondu positivement à sa demande.

Elle nous demandait de présenter quelques activités sur l’IA qu’on avait faite avec nos élèves.

Voici donc mon diapo qui correspond à ma partie.

J’y présente 3 activités.

  • La course aux mots
  • Triche-or-Not-Triche
  • Enquête sur 3 IA.

L’académie de Toulouse devrait normalement mettre à disposition le replay.

Vous y trouverez également l’intervention d’Eve sur la littératie autour de l’IA (intéressant pour fixer le cadre d’utilisation de l’IA, ce qui revient aux déclinaisons

  • Education à l’IA
  • Education par l’IA
  • Education avec l’IA
  • Education enrichie à l’IA

Mais avec des mots sans doute plus simple et documentés, j’ai trouvé sa présentation très claire et riche! )

Ensuite nos interventions avec Ju’! (lui a présenté le 31 élève, et la modélisation comme processus de l’IA présenté aux élèves au travers de construction de graphique ):)

Ensuite l’intervention de MATHADATA (académie de Lille ) qui introduit au travers un enseignement des mathématiques de ce qu’est l’IA. c’était intéressant de voir cette focale (découverte de l’IA en tant qu’objet d’étude) qui n’est pas du tout la mienne (éducation citoyenneté vis-à-vis de l’IA : esprit critique, réflexion…d’ailleurs je développe ce propos dans l‘interview pour Etreprof que je donne ), c’est donc très complémentaire.

Enfin M RICOMET a clotûré la visio.

Un moment intéressant, je n’étais pas toujours d’accord avec ce qui a été dit, mais ce fût riche et instructif.

Voici mon diapo ! 🙂

Merci Eve pour cette opportunité d’avoir présente notre travail.

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