Rendre hautement cognitive une tâche réputée bassement cognitive : la trace écrite

Bonjour à tous!

Je vous livre somme toute ma réflexion sur le sujet, comme toute réflexion, elle peut changer, vaciller. Communiquer sur ses questionnements est important pour moi, donc je m’y mets!

Alors tout d’abord, un peu de contexte : Je travaille, ou plutôt ma réflexion dans mon métier d’enseignant porte sur l’autonomie des élèves depuis 10 ans, ma porte d’entrée dans cette problématique a été le travail de groupe autour de tâches complexes où les informations manquent (connaissances ou données) ce qui requiert de prendre des initiatives. Pour moi, la prise d’initiative est un moteur de l’autonomie, pas le seul et c’est loin d’être suffisant, d’ailleurs, disons la première marche vers l’autonomie. Puis depuis quelques années j’expérimente des dispositifs qui s’apparentent à de la classe inversée (ou « renversée » -> Voir la classe renversée de CAILLET)

L’autonomie

Prendre une initiative, pour moi, c’est avoir assez d’assurance, pour se dégager temporairement de la structure du cours et de l’enseignant, c’est pouvoir donc suivre son propre parcours, parcours que l’on construit soi-même et qui n’est donc a priori pas construit par l’enseignant.

Alors être autonome, ça va plus loin, la temporalité joue un rôle clé, l’élève peut se dégager de la structure du cours et de l’enseignant quand il le souhaite et suivre son propre parcours, parcours qu’il construit lui-même.

En écrivant ses lignes plus qu’en le pensant, je me rend compte qu’a priori, on pourrait croire qu’il faudrait rendre anarchique nos élèves, pas vraiment… Quoique …

Donc avant d’aller plus loin, il faudrait donc différencier Autonomie, Indépendance, Marginalisation.

Un individu indépendant est une personne qui n’a pas besoin de ressources/systèmes supplémentaires pour subsister. Donc a priori si un élève est indépendant, on peut supposer qu’il a déjà les connaissances (ce sont les ressources), donc a priori, il n’est pas apprenant, donc il n’est plus élève. Cela signifierait que l’enseignant n’a rien à lui a apprendre, donc là, le rôle de l’enseignant doit être de le « nourrir » suffisamment, ou de confronter son savoir à un problème assez complexe pour lui.

Un individu marginal est une personne qui est en rejet du groupe, de l’institution, donc a priori un élève marginal n’est plus élève car il perd automatiquement son statut de par son rejet de la structure qui lui confère son statut. Donc il n’est pas apprenant non plus.

Une personne autonome est une personne qui peut subsister par des moyens choisis et non subis, donc on se rapprocherait de « l’élève » indépendant mais qui sait qu’il doit trouver des ressources. Il a également conscience de ce qu’il ne sait pas. Les ressources ou moyens d’accès à la connaissance sont choisis par lui. « Je choisis de voir l’enseignant, ou d’aller dans les livres, ou d’aller sur internet… pour combler un manque de …. » . Quelqu’un d’autonome est donc apte à prendre du recul sur la finalité de sa mission d’élève : Développer des compétences et connaissances (rigolo d’ailleurs car être autonome est elle-même une compétence…).

Disons que les élèves dans le respect de chacun, doivent pouvoir s’émanciper de la structure du cours s’il le souhaite, il ne s’agit pas d’être indépendant, mais de l’être si on le souhaite pour aller vers la connaissance souhaitée par un moyen choisi.

L’autonomie réside donc dans la capacité de l’élève à choisir de lui même cette émancipation.

Cela suppose 2 exigences :

  • Avoir assez d’assurance (Il faut donc que la structure du cours le mette en confiance)
  • Avoir le choix (donc il faut que l’enseignant laisse de la place au choix et accepte de lâcher prise)

Donc maintenant que ma réflexion sur ce qu’est l’autonomie est posée, je vais donc rebondir sur des expérimentations de classes inversées que j’ai découvert lors de mes travaux dans le groupe de réflexions sur les classes inversées et mon travail de formateur (que pour un an, d’ailleurs puisque j’ai décidé d’arrêter )

Il y a 4 ou 5 ans, j’ai donc mis en place un dispositif lié à la trace de cours. L’idée initiale était d’apprendre aux élèves à créer une fiche personnalisée, car une trace de cours que l’on donne n’est pas forcément adaptée à tous. Quoi de mieux qu’un élève qui créé la sienne ? Avouez-le on trouverais ça chouette? Laisse-t-on de la place à l’élève pour le faire?

Donc, j’ai conçu un livret de connaissance (un peu indigeste car complet et écrit petit) que je donne en début d’année. Je leur explique que pour moi c’est une ressource que je leur fourni mais que je souhaite qu’ils créent leurs cours à eux. Il est donc important que le livret soit accessible mais pas trop pour que les élèves ressentent le besoin de rédiger le cours autrement.

Donc ici, je leur fourni une ressource, puis une autre à l’aide d’un QRcode , où il y a quelques vidéos, des exerciseurs etc (voir ici).

Donc ici, je leur donne des ressources « fiables » pour moi (normal ce sont les miennes). L’idée est de sécuriser l’élève dans la recherche d’informations pour le mettre en confiance : « Tu as de quoi trouver la réponse à tes questions »

Bref, donc la trace de cours dans ce dispositif s’écrit au fur et à mesure, en classe et chez lui en fonction de ce que vit l’élève. J’ai bien entendu quelques points de repère pour eux, comme les objectifs de chaque chapitre et où se situent les connaissances dans le livret (pour gagner en efficacité, l’idée étant de ne pas les noyer).

Également, je leur signifie que ce sont des ressources personnelles mais que rien n’empêche d’aller voir mieux ailleurs, le but étant qu’ils trouvent des ressources qui leurs plaisent. Vous vous souvenez? Mettre en confiance et laisser le choix.

Donc ici, sans réellement théoriser à ce point, je souhaitais rendre autonome les élèves sur la trace écrite. Peut-on être autonome sur tout? Non, ou sinon l’élève n’a pas besoin de l’école comme lieu d’instruction, un bon livre d’exercices et internet lui suffirait. Je considère toutefois que l’école est aussi un lieu de socialisation important au regard des compétences psychosociales. Il faut donc se créer une focale : sur quoi je vais laisser les élèves la possibilité d’être autonome. Moi, je voulais qu’ils soient autonomes sur les créations de fiche pour apprendre.

Revenons à de la classe inversée un peu plus « classique » (est-ce qu’une classe inversée classique existe?), disons de niveau 1 selon Marcel LEBRUN où le cours est vu à la maison et les exercices tâches complexes sont exécutées en classe. Je reprendrais les mots de Olivier QUINET qui a fait un travail formidable sur la classe inversée qui, pour lui, est un vecteur d’égalité, d’accessibilité, où pour lui les enjeux liés à l’exercice et l’activité sont importants et doivent se faire en classe. Il a donc catégorisé la trace écrite comme étant un enjeu bassement cognitif car, ici, la trace écrite est liée à un recopiage.

Ici, donc le choix n’existe pas, donc pas d’autonomie, même si les élèves font la chose « seul & sans aide ». L’idée n’est pas de clouter au pilori Olivier QUINET car sa démarche de classe inversée est démentielle, juste de préciser qu’ici sa focale n’est pas de rendre l’élève autonome, mais plutôt de se libérer du temps classe pour que les élèves fassent de activités où sa présence comme soutien est primordial.

En fait, faire de classe inversée ne présuppose pas forcément de rendre l’élève autonome, juste de changer sa manière de faire pour avoir du temps avec eux en classe sur des tâches hautement cognitives qui nécessitent de l’aide ponctuellement de l’enseignant.

Par contre, je reste persuadé que le travail à la maison peut être un moment de tâches hautement cognitives, suffisamment accessibles : prendre le temps pour prendre du recul sur ses connaissances :

  • Qu’est-ce que j’ai besoin d’écrire du cours? (ie qu’est-ce que je ne sais pas)
  • Comment l’écrire de manière simple (forme : carte mentale, exemple appliqué…)

Cela revient à engager un processus réflexif sur soi et ce moment, on peut l’avoir aussi en classe sur un temps court et donc de manière répété mais aussi sur un temps long chez soi.

Cette fameuse trace de cours peut « vivre » en classe et chez soi. (Tiens cet exercice qu’on est en train de faire est un bon exemple, j’écris sa correction directement dans ma fiche, je ne connais pas l’hypoténuse, je place sa définition rapidement à l’aide d’un schéma sur la fiche etc.)

Bref, l’idée de fond dans cette réflexion, c’est qu’on ne donne peut-être pas assez le choix, laisser le choix pour développer l’autonomie.

Le plan de travail

D’ailleurs on en vient au plan de travail. Pour ceux qui ne savent pas, un plan de travail est une sorte de parcours intégral ou non à choix. L’élève doit aller d’un point A à un point B sur une chemin plus ou moins long.

Alors ici, le choix est relatif car cantonné au parcours et au choix du professeur donc l’élève n’est pas autonome. Il agit seul mais reste dépendant de ce document qu’est le plan de travail.

Mais le plan de travail reste un type de classe inversée tout-à-fait viable pour moi (j’en fais d’ailleurs) car il permet de se dégager du temps pour se consacrer sur des élèves en difficultés, on nourrit les plus forts. Ici la focale pour la classe inversée est la gestion de l’hétérogénéité de rythme. On peut aussi responsabiliser les élèves comme certains qui peuvent devenir tuteurs sur certaines notions, ce qui permet une régulation des difficultés rencontrés par certains élèves de manière efficace.

L’enseignant change également de posture et ne se place plus comme le maître du temps. On laisse un choix relatif quant à s’attarder plus ou moins dans certaines notions de manière plus appuyées, mais l’action reste balisée.

Un collègue et ami me faisait la remarque que c’était pour lui un travail sur l’autonomie en prenant l’image d’un enfant à qui on dit d’aller se brosser les dents et puis se mettre en pyjama, il faut leur dire pour qu’ils y pensent, ils deviendront « autonomes » lorsque cette routine n’aurait plus besoin d’être explicitée.

Alors le gros travers ici, c’est qu’on parle d’une action répétée qui ne peut pas varier, c’est donc un apprentissage basique d’une succession d’actions et qui ne laisse la place à aucun choix, aucune réflexion. Donc non ici l’enfant devient-il autonome? Se pose-t-il des questions sur ce qu’il fait? Rien est moins sûr car la tâche reste basique et doit faire l’objet d’un rappel, la charge mentale est toujours possédée par l’adulte.

L’autonomie en effet repose pour moi sur des actions complexes ou des tâches complexes à résoudre. Il faut que l’enfant se questionne pour qu’on puisse percevoir la capacité de l’élève d’être autonome, il doit avoir la charge mentale du problème.

Pour conclure ma réflexion : Un élève ne deviendra autonome que :

  • si on lui laisse la place pour l’être.
  • si on accepte de lâcher prise sur les moyens mis en oeuvre par l’élève
  • si ce qu’on lui demande lui demande de la réflexion (un réel questionnement réflexif)
  • s’il se sent en confiance.
  • s’il a le choix des moyens

La conception d’un trace écrite personnalisée répond pour moi à tout ces critères, comme le travail de groupe autour de tâche complexe.

Le plan de travail, du moins dans la perception que j’en ai, me semble plutôt axé sur une différenciation de rythme et de contenu qui permet d’adapter les difficultés auprès des élèves afin qu’ils progressent mais je ne suis pas sûr du travail autour de l’autonomie.

Toutefois cela reste pour l’instant le fruit de ma réflexion, réflexion qui a évolué et qui évoluera sans nul doute!

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