Catégorie : Réflexions

L’IA, création et fake-news

Par

Il y a quelques heures je publiais sur bluesky une image de notre logo déformé par l’IA (je lui ai demandé de vieillir les personnages…et aussi de les mettre à la façon simpsons).

Vous voyez les vieux, c’est toujours triste !

Images de départ (le logo créé par Tony ChampClos)

Les images générées par l’IA. Rien ne m’a été demandé sur la protection de l’œuvre…

blank
blank
blank

Alors ces capacités qui ont fait un bond en avant, on ne peut les nier. Les réfuter ne sert à rien.

Mais s’intéresser aux questions que cela soulève me paraît pertinent. Si elle peut faire cela qu’est-ce que cela implique ?

Quid de la créativité (l’IA s’inspire bien de créateurs)?

Comme en tant que créateur,voir ses œuvres déformées par l’IA sans contre partie soulève bien entendu un problème vis-à-vis des droits d’auteurs surtout si les œuvres sont protégées.

Les « petits créateurs » ont un réel risque de ne pouvoir protéger leur travail. Une réelle prise de conscience est à avoir.

Quid de l’existence même des créateurs ?

S’ils disparaissent les données d’entraînement de l’IA aussi et donc le monde de la création chancellera tôt ou tard…

C’est se saborder que de ne pas soutenir le monde de la création (d’ailleurs petit big up à Mme MORENCAIS qui réduit les subventions sur la culture dans les pays de la Loire et d’ailleurs avec une réelle crainte pour le rallye mathématique de la Sarthe qui peut disparaître après 34 ans d’existence car il a besoin de ces subventions… pour l’instant la décision est en suspens )

L’IA ne s’arrête pas aux images, j’ai pu tester la génération d’une pièce de théâtre en s’inspirant d’un classique en lui demandant de le réadapter avec moins de rôle et l’IA a fourni un travail extra… et en alexandrin !

En premier lieu on pourrait se dire génial…. mais que faire de cela ? Il y a un risque d’être dans la consommation à outrance ! La moindre rédaction ou travail, pourquoi ne pas demander à l’IA qui fait cela en quelques minutes….

Quid des fakes news ?


L’IA peut déformer la réalité rapidement et facilement.
Comment s’en prémunir ? Il s’agit de voir les capacités de l’IA et surtout de la rapidité où ça va, GPT a fait de vrais bonds en avant. C’était le but de ce post sur Bluesky.

Il y a des déjà énormément de fake news, là le risque d’adapter les photos selon ses croyances risque d’être grand…

Quid du travail ?

Si l’IA peut faire beaucoup, notre rôle en vient peut-être à devenir superviseur? Celui qui abonde ce qui a été créé par la machine? Mais pour devenir superviseur dans une société, eh bien il faut avoir été créateur, ingénieur… Il faut des « sachants » qui puissent comprendre si ce qui a été créé répond aux exigences.

Peut-être aussi imaginer de nouveaux métiers….

Imaginez que ces articles de ce blog soient repris et reformulés par l’IA sur un autre blog?

Julien m’en avait parlé de les faire reprendre par une IA pour rire, j’avais râlé de suite, mais à y réfléchir rien n’empêcherait des gens de recopier et remodifier l’article rapidement… voir que tout soit fait automatiquement…

Une réinvention des créateurs?

Apprendre à créer avec l’IA et non par l’IA, apprendre à se faire accompagner de l’IA. Des métiers ont évolués, la photographie n’a pas empêché les peintres de poursuivre leur création… et d’ailleurs de nouveaux métiers sont apparus. J’imagine que pour l’IA, cela sera de même, il faut juste que la société garde une place pour les créateurs « purs » et en offre une autre pour ceux qui utilisent l’IA.

blank

Ce sont des vraies questions de sociétés dont il faut s’emparer.

Il faut des formations pour tous, pour l’EN avant tout, car on doit accompagner les élèves dans ces apprentissages et ces points de vigilance.

Gageons aussi que notre métier risque de connaître des bouleversements, j’en viendrais à croire que l’IA corrigera nos copies et que l’on nous donnera plus d’heures devant élèves à animer un cours (moins de profs… moins de masse salariale…) un risque réel de dévaluation du métier car l’IA fera « tout ».

Des collègues diront chouettes, d’autres comme moi seront plus réticent, comment accompagner un élève si on ne sait pas ce qu’il a fait, si on perd l’habitude de le lire, de savoir comme il raisonne, car moins le lire c’est moins le comprendre…

Je me trompe? et si on y allait vraiment? Un coût économique évident… Imaginons un instant que les sociétés privées proposent une offre pas chère et qu’une fois qu’il y ait moins de profs et bien ils peuvent remonter les prix car…. impossible on aura plus assez d’enseignants… Une privatisation de l’enseignement cachée…

Je rêve?

C’est mon côté créatif …

Vous avez aimé cet article ? Alors partagez-le avec vos amis en cliquant sur les boutons ci-dessous :

Licence Creative Commons

Les soucis de la multiplication

Par blank

Edit de l’article : En faisant ce premier jet sans trop de lecture de recherche, disons plutôt une réflexion naïve du sujet, (prémisse avant une vraie recherche, il s’agit de se forger une hypothèse sur la problématique, celle que j’expose dans l’article avant un étayage de ces hypothèses par des lectures. Avoir une problématique et des hypothèses de travail est important avant de chercher)?
Il semble que j’ai peut-être commis des erreurs notamment sur la différenciation entre 3×4 et 4 multiplié par 3 et donc peut-être inversé le multiplicande et multiplicateur, je laisse par soucis d’honnêteté l’article tel quel, le fond n’en reste pas moins le même , voir la multiplication comme une action et comprendre ce que cela induit en terme de perception de l’unité voir même de la distributivité et des statuts des nombres.

Bonjour à toutes et tous.

Avec quelques formateurs, on s’est penché sur la question de multiplication, de la proportionnalité au collège. Un gros chantier … pour une formation qui peut être intéressante !

Bref, je suis parti sur la multiplication en tant que telle avec son vocabulaire et sa signification.

Je vais donc commencer par enfoncer des portes ouvertes… Le tout est de savoir si ce sont des bonnes portes à travers des phrases que l’on peut dire.

« La multiplication est une répétition de l’addition. »

En somme : 3 × 4 = 4+4+4.

Cette phrase je l’utilise souvent, elle permet de parler des nombres rectangulaires et explique ainsi rapidement la commutativité de cette opération. J’ai même une petite animation pour ça (https://mathix.org/nombres-rectangulaires/)

3 ×4 = 4 × 3

Mais que signifie alors \( 4 \times {3\over 8} \) ?

On dirait sans problème \( 4 \times {3 \over 8}= {3 \over 8}+{3 \over 8}+{3 \over 8}+{3 \over 8} \).

Mais alors que signifie \({3 \over 8} \times 4 \) ?

On pourrait utiliser la commutativité, mais logiquement parlant on n’a rien encore démontré. (seule la représentation des nombres rectangulaires avec des nombres entiers le permet)

« 3 fois 4 ou 3 multiplié par 4 c’est pareil »

Alors non, 3 × 4, on considère souvent que le nombre 4 est répété 3 fois, d’où le « 3 fois 4 », alors que dans 3 multiplié par 4, c’est 3 qui est répété 4 fois.

« 3 × 4 se lit donc 3 multiplié par 4 et 4 fois 3 ! » Mazette!

« Prendre une fraction d’un nombre, c’est multiplier cette fraction par ce nombre. »

\( {3 \over 8} \times 4 \) donc un sens, cette opération est vue comme « prendre les \( {3 \over 8}\) de 4 ».

Alors on peut revenir à cette animation que j’utilise souvent :

https://mathix.org/de_vers_x

blank
blank

Mais quel lien faire avec la répétition? C’est un peu là où le bât blesse !

et puis concrètement ce qu’on voit c’est \(({3 \over 8} \times 1) \times 6 \) .

« La multiplication peut-être vue comme une quantité de … »

Ce point de vue me semble le plus efficace et permet de pointer l’évolution du vocabulaire moderne!

Dans 4 × 3, 4 est la quantité de 3, effectivement il y en a bien 4!

Dans \( {3 \over 8} \times 4 \) , \( {3 \over 8} \) est la quantité de 4, effectivement on a bien les \( {3 \over 8} \) de 4.

Il semble ici que cela soit cohérent.

Le vocabulaire

Mais cette phrase a un sens plus profond qui construit la multiplication autrement.

En effet dans toutes nos phrases et surtout la dernière, les deux nombres n’ont pas le même statut. Le premier agit sur le second.

D’ailleurs Il fût un temps pas si lointain, on parlait de multiplicande et de multiplicateur à l’instar de dividende et diviseur.

Le multiplicateur ‘agit’ sur le multiplicande.

Cela suggère aussi que le multiplicateur n’a pas d’unité simple. (on pourrait lui mettre une unité quotient ou aucune unité)

En fait, l’écueil pour les élèves vient du fait que pour l’addition et la soustraction, les nombres sont de même nature alors que pour la division ou la multiplication, ce n’est pas le cas.

Petites parenthèses : seul bémol avec les calculs d’aires?… que dire de 3cm×4cm ?

On peut voir cela comme 3×1cm×4×1cm=3×4×1cm×1cm et la définition de 1cm² est le résultat de ce produit 1cm×1cm.

Mais même en faisant cet artifice, on sent que c’est bancal, on utilise la commutativité, c’est pour cela que je ne suis pas super fan de l’unité dans les formules (même si on peut vérifier l’homogénéité des unités, c’est pratique mais peut-être à voir plus tard avec les élèves).

Si on revient à la définition du cm² ce sont des surfaces équivalentes à des carrés de côté 1cm, dans ce cas je compte le nombre de carrés donné par 3 lignes de 4 carrés, 3 × 4carrés (on retrouve un nombre neutre et un nombre avec unité)

Donc si on repensait la multiplication comme une action de proportionnalité sur un nombre réellement, l’un agit sur l’autre?

Si on parlait exclusivement de « quantité de  » et là je reprendrais allègrement une activité de l’IREM de Lyon sur le découpage de bandes que j’avais repris il y a quelques années pour en faire une générateur de feuille d’exercice et également une animation.

https://mathix.org/decibande

Cette activité se fait en deux étapes (2 séances)!

On apprends à créer les nombres à partir de l’unité (en pliant si besoin la bande unité)

blank

Et puis une fois nos bandes faites, on peut attaquer le produit.

Ci-dessous, je construis une quantité de 0,5 qui est 2,5, soit 2,5 fois 0,5.

Je construis donc le double de 0,5 puis la moitié de 0,5 car \(2+{1 \over 2} =2,5 \)

Le nombre action prend tout son sens, on agit en pliant.

blank

Vous avez aimé cet article ? Alors partagez-le avec vos amis en cliquant sur les boutons ci-dessous :

Licence Creative Commons

La Gamification de l’enseignement ou reconnaître les efforts ?

Par blank

Bonjour à toutes et à tous!

Bon, j’avais déjà teasé quelques captures d’une application que j’ai créé pour mes élèves.

L’application

Rapidement voici un compte élève :

https://mathix.org/suivi/index.php?vueeleve=1&eleve=TEST_Test&classe=3eD&token=1234567890

On y retrouve plusieurs sections :

  • Les résultats avec les accès aux exerciseurs :
blank
  • L’accès aux ressources de la classe (cours, vidéo etc…)
blank
  • Les succès
blank
  • Et enfin une section pour créer un accès direct au compte sans saisie du mot de passe (le token étant généré aléatoirement, sauf pour le compte test 🙂 ) :
blank

Cette application pourquoi faire ?

blank
vue du prof

Dans un premier temps, c’était de suivre les avancés sur les exerciseurs (initialement j’avais programmé les exerciseurs de telle sorte qu’ils pouvaient envoyer par mail le résultat. Il y avait plusieurs écueils, si l’élève saisissait pas ou mal son nom, les retours en devenaient compliqués)

Là j’ai une interface qui me donne rapidement les résultats des élèves.

Et puis je voulais que les élèves puissent aussi avoir accès à leurs résultats. Avoir un œil sur leur parcours.

J’ai donc opté pour un compte et j’ai fait en sorte que les élèves puissent y aller via un QR-Code ou par une interface de connexion qu’on utiliserait qu’une fois pour accéder au lien (il suffit de faire glisser le lien sur le bureau et le raccourci est généré)

L’idée des succès

Et puis j’ai fait évoluer l’application en ajoutant une section sur les succès. L’idée était de reconnaître les efforts entrepris par les élèves. Certains se sont efforcés de refaire les exerciseurs et ont souhaité m’en parler :

  • « Vous avez vu monsieur je me suis arraché à faire Pythagore ! »
  • « Vous savez, j’ai refait pour avoir tout bon! »

Bref, l’idée a germé et je me suis mis en tête de programmer des badges/succès qui apparaîtraient pour reconnaître ces efforts (badges « persévérance » (progrès), « Tout bon » (en one shot, tout bon), « Régulier » (3× le même résultat))) et pleins d’autres qui apparaîtraient avec des combos (si tel ou tel exerciseurs fait alors tel badge apparaît)

blank
blank

Une option qui existe déjà?

Et puis Julien m’a informé qu’Elea (le nouvel outil pour donner du travail numérique) avait déjà implémenté cette possibilité (pas aussi finement, pas de régulier, pas de tout bon). Mais l’obstacle premier c’est surtout l’impossibilité de mettre mes exerciseurs.

Coopmath en avait commencé l’intégration via capytale, mais ça n’a pas été jusqu’au bout (coopmath fait un boulot de malade, je ne jette pas la pierre, pour intégrer un exerciseur ça a pris pas mal de temps pour tout le monde et eux font un gros boulot sur l’implémentation de nouveau exerciseurs, un big up pour eux !!).

Et puis E-lyco , c’est juste long mais long pour la connexion, j’avais fait des demandes pour des liens avec token qui connectent rapidement mais cela relève de gros problème de sécurité pour eux.L’application Moddle sur laquelle s’appuie ELEA ne fonctionne pas non plus…

Donc … j’ai fait mon appli webapp (les élèves l’ont trouvé tout seul et étaient fiers de me dire qu’ils avaient « installé » l’appli sur leur téléphone, et une fois installé, il n’y a pas de connexion avec mot de passe à faire etc…). Donc il y a un intérêt car l’application est accessible simplement.

blank

Les succès

Maintenant, que penser des succès?

Est-ce donner du sens à l’enseignement des mathématiques que de faire des succès ?  » je fais des développements dans le calcul littéral pour avoir tel succès« , clairement non, et ça n’a pas cette vocation. D’ailleurs ce serait contre-productif. Et nombre jeux éducatifs surfent sur cette tendance et font encore plus perdre de sens à ce qui est enseigné.

Par contre, il est, pour moi, important de reconnaître les efforts entrepris par les élèves et leurs laisser un moyen de nous le montrer, un moyen accessible. Et là je pense que les succès sont un vrai outil. Un outil présenté comme tel.

Un outil pour se dépasser, se fixer des objectifs. « Je sais que j’ai des soucis sur la rédaction avec le théorème de Pythagore, alors je vais recommencer pour y arriver ». Ainsi l’élève fait des gammes avec un regard sur son parcours, ses résultats, ses succès.

Alors si introduire des succès participe à « une gamification de l’enseignement » je suis pour, mais cela ne se suffit pas en tant que tel. Le sens donné à notre discipline ne réside pas en des jeux, mais des enjeux, celui de comprendre le monde qui nous entoure, son histoire :

Quelle ouverture de montrer que les mathématiques sont vivantes! Que des choix ont été faits pour avancer plus vite, les besoins de rigueurs, les besoins d’abstractions, les besoins de ne pas perdre d’informations par le calcul littéral etc…

Donc la gamification pour moi est un plus à notre outillage pour reconnaître les efforts des élèves, c’est cette focale que je défends.

Si on doit introduire la gamification pour défendre notre discipline (par ce que c’est fun), ou pour engager les élèves en s’amusant (sans y mettre de sens derrière la notion) , alors là , peut-être qu’on se trompe, pire,qu’on dessert notre discipline.

Toutefois rien ne nous empêche de nous amuser si bien entendu les notions sont introduites avec du sens, non?

La suite?

Et bien je suis en train de programmer une interface de connexion multi-établissement afin que des profs puissent l’utiliser, ce sera sans doute prêt pour la rentrée.

Vous avez aimé cet article ? Alors partagez-le avec vos amis en cliquant sur les boutons ci-dessous :

Licence Creative Commons