Les stéréotypes de genre, une histoire de conformisme : un vrai travail d’éducation

Bonjour à toutes et tous !

Je me suis rappelé il y a quelque temps une célèbre expérience sur le conformisme social, ou comment le groupe peut influencer le comportement d’un individu en toute conscience. Il s’agit de l’expérience de Asch, réalisée en 1951.

Le principe est simple : on demande à un groupe de volontaires de comparer une ligne témoin à trois autres lignes, et de désigner celle qui a la même longueur. La réponse est évidente. Sauf que le groupe est composé de cinq complices et d’un seul véritable sujet (le cobaye). À un moment donné, tous les complices donnent volontairement la même mauvaise réponse.

On étudie alors la réaction du sujet : dans environ un tiers des cas, il finit par s’aligner sur la mauvaise réponse générale. La pression sociale, même face à une absurdité visible, s’avère trop forte. Dans cette situation, le moteur de la décision est l’interaction directe : la personne voit et entend ce que pense le groupe, et s’y conforme pour ne pas être rejetée.

Dans l’expérience d’Asch, le moteur de la décision reste l’interaction directe : la personne voit et entend le groupe, et s’y conforme pour éviter le sentiment d’exclusion ou d’isolement social.

Mais que se passe-t-il si l’on coupe toute communication directe ? Imaginons qu’un individu anticipe simplement ce que les autres penseraient de lui en fonction de ses actes. Cette simple pensée suffit bien souvent à modifier son comportement pour s’aligner sur les attentes supposées du groupe.

Mais allons encore plus loin ! Si l’on applique ce mécanisme à la construction de l’identité, le sujet en vient à se dire : « Je suis une fille » ou « Je suis un garçon, je dois donc me comporter comme tel ». Dès lors que cette définition repose sur des représentations stéréotypées, le piège se referme. À la période de l’adolescence, là où le besoin d’appartenance et le conformisme social sont à leur summum, cette intériorisation des rôles de genre ne peut qu’éclore massivement.

Le phénomène s’autoentretient, une sorte de prophétie autoréalisatrice : en modifiant son comportement pour correspondre à un stéréotype invisible, l’adolescent renvoie cette image à ses pairs, promouvant et validant ce même modèle pour les autres en retour. Le conformisme n’a plus besoin du groupe pour exister ; il est auto-entretenu par les individus eux-mêmes.

Alors c’est là le besoin de travailler les gestes et postures professionnel pour casser ces idées de représentations et de la recherche de l’identité réelle des élèves, identité qui ne peut se définir à une idée de genre : Je suis Arnaud, je suis enseignant, touche-à-tout, curieux, geek, boulimique de connaissances, j’adore le travail en équipe, le cinéma , les livres, les randos : est-ce seulement le fait que je sois un garçon qui puisse déterminer qui je suis? Le stéréotype de genre, c’est ça, c’est de croire que seul le genre d’une personne suffit à déterminer qui elle est.

En mathématiques , le problème est d’autant plus « problématique » est que la sous-représentation féminine induit le stéréotype que les mathématiques ne sont pas faites pour les femmes….

Plusieurs pistes sont envisageables pour moi :

  • les modèles féminins à mettre en association avec des modèles masculins dans des domaines qui contreviennent au stéréotype de genre. Montrer des femmes mathématiciennes ou des hommes dans des métiers de care (soin, éducation) permet de normaliser la mixité des compétences et d’élargir le champ des possibles des adolescents, au-delà des rôles attendus.

  • Il faut oser admettre que, parfois, nous jugeons un peu un élève à l’aune de son genre. La fatigue ou la surcharge d’informations en classe nous poussent vers des raccourcis : on peut percevoir une fille comme plus « fragile » face à un certain comportement, alors que ce comportement est précisément le résultat de son conformisme intériorisé. Ce biais induit des micro-comportements inconscients de notre part. Par exemple, si je parle plus doucement à une élève en pensant qu’elle a besoin d’être rassurée, elle peut interpréter cette attitude comme le signe de sa propre faiblesse (« Si le professeur me parle ainsi, c’est que je ne suis pas capable de réussir »). Elle adapte alors son comportement à cette projection, validant ainsi notre propre biais de départ.
    Ce sont quelques biais qu’on a pu observer chez moi l’année dernière quand des collègues m’ont observés en non-mixité et même en mixité.J’avais tendance à parler plus doucement aux filles et d’être plus taquin avec les garçons, mais parce qu’ils renvoyaient aussi des comportements qui me tirait vers cette posture.

  • Pour contrer l’auto-censure, on peut favoriser les travaux de groupe avec des missions explicites et attribuées (secrétaire, gardien du temps, porte-parole, chercheur…). Cela évite que les élèves se ruent spontanément sur les tâches où ils se sentent experts — ou plutôt, sur celles que leur genre leur dicte d’investir (par exemple, la rédaction pour les filles, la technique ou la prise de parole pour les garçons). Assigner les rôles permet de forcer la sortie de la zone de confort et de déconstruire les étiquettes.
    En observant des collègues de sciences expérimentale,c ‘est ressorti encore plus, les garçons manipules en physique et les filles écrivaient. Seul dans les groupes non mixtes il y a eu des comportements non stéréotypés.

Bref, 3 axes qui permettent de travailler à l’idée que le genre d’une personne peut se revendiquer mais en aucun cas lui dicter ce qu’on est. D’ailleurs soit dit en passant, ce serait purement réducteur, non ?

A propos de l'auteur :

Enseignant de mathématiques : collège Belle-vue de Loué Membre de l'équipe de formateur de l'académie de Nantes Membre du laboratoire du collège Bellevue Membre de l'équipe TRAAM de l'académie de Nantes blog : mathix.org

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