Le vibe-coding : l’enjeu réel pour l’éducation

La connaissance est l’indépendance : Le mirage du « Vibe-Coding » en éducation

L’intelligence artificielle est en train de redéfinir nos usages numériques à une vitesse vertigineuse. Pour beaucoup, c’est une promesse de libération. On voit éclore, notamment dans le monde de l’éducation, une multitude de programmes informatiques conçus par des personnes qui ne connaissent absolument rien à la programmation. C’est ce qu’on appelle désormais le vibe-coding : on ne code pas avec de la logique, on code au « feeling », en discutant avec une machine.

Au premier abord, le côté positif est indéniable : c’est un débridage complet de la créativité. Un enseignant qui a une idée géniale pour sa classe n’est plus freiné par la barrière technique. Il demande, l’IA génère, et l’idée prend vie. C’est, a priori, une excellente chose.

L’émancipation vraiment?

Prenons l’exemple de Julien (il me pardonnera ce petit « torpillage » amical). Il y a dix ans, Julien dépendait de moi. Il me demandait un programme par-ci, un outil par-là. Je répondais selon mon temps, mon envie, ma disponibilité. Aujourd’hui, grâce à l’IA, Julien s’est émancipé. Il est devenu indépendant de l’expert humain. Il teste, il expérimente, il produit. C’est un gain réel pour son autonomie immédiate.

Mais grattons un peu le vernis. En réalité, Julien a simplement changé de maître. Il n’est plus dépendant de moi, il est dépendant de l’IA. Et les entreprises derrière ces modèles l’ont parfaitement compris : rendez la création simple, rendez l’utilisateur accro à cette facilité, puis montez les prix. Nous le voyons déjà avec les hausses tarifaires des abonnements « Pro ». Sans expertise, on ne possède rien, on loue une capacité de faire.


Le code « spaghetti » et la pollution des communs

Le problème devient concret quand le programme, qui fonctionnait « globalement », commence à bugger. Pour un non-expert, corriger un bug via une IA est une épreuve de force. L’IA, n’ayant pas de vision d’ensemble, peut tout planter en voulant réparer une ligne. On se retrouve avec des programmes aux fonctions doublées, aux styles CSS indigestes et non optimisés. C’est propre en apparence (bien indenté), mais c’est un gros fouillis technique à l’intérieur.

Mon inquiétude actuelle : la Forge Éducation, cet outil formidable de partage, risque de devenir un cimetière de programmes jetables. Un lieu où pullulent des milliers d’outils qui se ressemblent, pas toujours fiables, mal codés et, surtout, impossibles à maintenir par la communauté. Partager une application « vibe-codée » sans savoir lire le code, c’est comme distribuer un médicament dont on ne connaîtrait pas la composition exacte : c’est risqué et, avouons-le, un peu malhonnête vis-à-vis des collègues.

Il peut y avoir un vrai risque de crise confiance dans les programmes fournis…

Alors je ne dis pas non plus qu’un programme créé sans IA est forcément bien fait … le risque est ailleurs.


Le risque sécuritaire : au-delà de l’exerciseur

Tant qu’on produit des petits visualiseurs ou des exerciseurs de calcul mental, le risque est limité. Mais que se passera-t-il quand des enseignants « vibe-coderont » des passerelles vers des plateformes institutionnelles ou des outils manipulant des données élèves ?

Mais quand je vois ce genre d’article, je me dis que le risque est réel.

Sans expertise, on ne voit pas les failles de sécurité. On livre un programme poreux, prêt à générer des fuites de données, simplement parce qu’on a fait confiance à une machine qui « avait l’air de savoir ». On ne peut pas transiger avec la sécurité au nom de la simplicité.


La connaissance : la seule boussole

Est-ce qu’il faut arrêter d’utiliser l’IA ? Certainement pas. Je l’utilise moi-même pour les corvées de CSS ou pour dégrossir des structures complexes. Mais il y a une différence majeure : je sais lire ce qu’elle écrit. Je sais valider, corriger, et surtout, refuser une proposition absurde.

Il faut un certain degré d’expertise!! Pour utiliser l’IA de manière responsable dans n’importe quel domaine, il faut posséder un socle de connaissances minimum.

Chez collègues, demandez à une IA de générer une séquence pédagogique : un prof expérimenté verra tout de suite que c’est souvent basique, voire médiocre. En programmation, c’est identique.

Nous avons une responsabilité d’éducateurs. Nous exigeons de l’honnêteté intellectuelle de la part de nos élèves vis-à-vis de l’IA ; nous devons nous appliquer la même rigueur. Faire croire qu’on sait coder parce qu’on a su prompter est un mensonge qui dessert la profession.

Le message est simple :l’IA doit être un levier pour apprendre, pas une béquille pour produire aveuglément. On parle de fact-checking pour l’information, il est temps d’imposer le code-checking pour l’informatique pédagogique.

Utilisez l’IA pour aller plus loin que nos connaissances, mais s’assurer que nos connaissances nous permettent toujours de comprendre où nous allons. Car en fin de compte, la connaissance est la seule véritable indépendance.

Et l’école est le lieu principal où l’on apprend!

A propos de l'auteur : blank

Enseignant de mathématiques : collège Belle-vue de Loué Membre de l'équipe de formateur de l'académie de Nantes Membre du laboratoire du collège Bellevue Membre de l'équipe TRAAM de l'académie de Nantes blog : mathix.org

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