Et si on repensait les SEGPA? : Le projet DIPS

Question houleuse à laquelle je me suis penchée depuis quelques temps.

En fait tout commence quand Gwenaël LE GUEVEL m’interpelle avec un projet qu’il a construit avec ses collègues à partir de la mise en place d’un groupe de travail « Refondation » au ministère. ‘ faut le dire Gwenaël, c’est un monstre : il fait parti d’un GT au ministère de l’éducation, Membre des cahiers pédagogiques et puis aussi un PE en SEGPA au Mans vous agrémentez cela avec un sens de la réparti et une connaissance du terrain, prof innovant à la recherche d’idées et…..  vous êtes encore loin de tout ça.

Bref, donc il y a un mois, c’était avec curiosité que je l’ai écouté et lu son projet. J’étais épaté et j’ai adhéré immédiatement!

Il me présente un dispositif qui mettrait fin aux segpas en mettant d’abord les défauts de cette dernière et puis en proposant une alternative. Ouch! On s’attaque à un gros dispositif qui a quasiment 20 ans!  oui, mais fonctionne-t-il vraiment ?

I . Pourquoi la SEGPA, ça ne marche(rait) pas?

segpamamadouLa caricature de l’élève qui est en SEGPA

On peut commencer par l’argument de la caricature de l’élève à profil « SEGPA », un gamin idiot qui ne fera rien de ses dix doigts. D’ailleurs, nombre de refus des familles d’envoyer leurs enfants en SEGPA  est motivé par la simple raison que leur « gamin n’est pas débile« .D’ailleurs pour s’en convaincre une page assez récente vient de naître et illustre cette réputation : « MAMADOU SEGPA« . Pas mal d’images de ce « Mamadou Segpa » circule sur la toile (voir ci-contre).

Cela rend peu glorieuse l’image de la SEGPA, où pourtant beaucoup d’enseignants agissent avec ferveur et ambition pour les élèves.

La gethorisation des SEPGA

Rapport Delaubier indique un chiffre de 73 % CSP (classes socio-professionelles) défavorisées.

Est-ce favorable à la mixité que l’on souhaite? Le collègue « unique » est pourtant porteur de ce message, non? Agit-on dans le bon sens à mettre dans des boîtes les élèves? A chaque difficulté, une nouvelle boîte, alors ?

La notion d’élève en grande difficulté

Qu’est-ce qu’un élève en grande difficulté?  Parle-t-on d’élèves avec un handicap Social, Cognitif ou Culturel?

Essayez d’imaginer un élève typé « SEGPA », on le perçoit soit comme violent avec les autres, soit inapte aux us et coutumes et/ou au respect, soit ayant de grosses difficultés sur les fondamentaux (parlier 2 non atteint) le rendant inapte à la progression scolaire du collège.

Il y a 20 ans, il est possible que la plupart des élèves n’avait seulement que des grosses difficultés sur les fondamentaux, est-ce le cas aujourd’hui? Le dispositif ne doit-il donc  pas évoluer?

J’imagine certains s’insurger « Mais alors il faut mettre en dehors des SEGPA les violents et inaptes aux us et coutumes!! » et on en fait quoi? On devrait les parquer dans une autre boîte pour mieux les cacher? L’exclusion permet-elle de mieux considérer la difficulté? 

La route fait par un élève SEGPA

C’est un réel frein aux familles, une réelle crainte pour les élèves. Imaginez que certains élèves font jusqu’à plus de 2h de trajet par jour.Vous imaginez cela pour un élève de 6e? 

Il est reconnu que ce sont les élèves qui effectuent le plus de route dans leur scolarité, parce qu’ils ne sont pas scolarisés dans leur collège de secteur.

La SEGPA ne gère pas tous les élèves en difficulté

la SEGPA accueille 3 % d’une classe d’âge mais ils sont 9 à 12 % à arriver en grande difficulté au collège.

Le collège non munis d’une SEGPA doit donc gérer 6 à 9% des élèves en grande difficulté.

Quels moyens leur accorde-t-on? Aucun

Un problème de diagnostic en primaire

Un Conseiller technique du rectorat du Nord a mesuré que les élèves entrants en 5ème SEGPA étaient 70 % à n’avoir pas été repérés comme « relevant de SEGPA » en CM2.

Cela interroge sur notre capacité à la détection de la difficulté, elle se fait à un instant t seulement!

 

Certes tous ses arguments  peuvent ne pas vous sembler valables mais certains sans nuls doute, c’est, je pense, suffisant pour reconsidérer la structure qu’est la SEGPA. Cela ne contredit pas que les enseignants en SEGPA soient de bonne volonté et que « des » élèves y sont en réussite.

II. Le dispositif : DIPS

La structure globale

Imaginez que la plupart du temps 3 à 4 collèges « A,B,C et D » gravitent autour d’un collège « E » possédant une SEGPA.

C’est-à-dire que lorsqu’un élève est étiqueté comme devant aller en SEGPA alors au lieu d’aller au collège « A » de son secteur, il ira au collège « E ».

La SEGPA, elle, est constituée de 4 PE et 2 PLP.

Ici, les élèves sont ôtés des collèges où ils auraient dû être et sont affectés dans la SEGPA du collège.

segpa

 

L’idée, ici,  est de réintégrer les élèves étiquetés SEGPA dans leurs collèges de secteurs respectifs. Les moyens PE devant être répartis (augmentés, ici,  de 1) dans les différents collèges.

segpa2

 

 

 

Les élèves au profil SEGPA restent dans leurs collège de secteur, 1 PE y est présent pour aider à leur intégration dans la structure.

Les élèves seront dans un fonctionnement d’inclusion (si leurs capacités leur permettent) -exclusion (ils sont donc en cours avec le PE si leurs capacités ne leurs permettent pas), à l’instar de certaines ULIS.

Dans les faits ce que cela apporterait

Pas de « perte de moyens » attribués au SEGPA pour le DIPS

On reditribue seulement les moyens alloués au SEGPA (et même on créé un poste supplémentaire).

Le nombre moyen d’élèves au profil SEGPA correspondrait à 13 par collège, le dispositif prévoit que 16 élèves puissent en bénéficier et même plus s’il y a un roulement (pour des besoins ponctuels).

Moins de route, avec un environnement affectif connu.

L’élève au profil SEGPA étant dans son collège de secteur, il ne fait donc plus la longue route, il est avec ses camarades du primaire. Il est donc normalement plus intégré parmi les élèves.

Tout élève peut intégrer le DIPS

Le coordonnateur du DIPS assure le lien école-famille-collège et les équipes enseignantes établissent les diagnostics permettant de repérer les élèves qui pourraient en bénéficier. Aux élèves et aux parents de choisir après proposition de l’équipe éducative. Les CDO sont alors supprimées puisqu’il incombe désormais à chaque équipe de collège de mettre en place le parcours individualisé des élèves.

Tout élève peut en sortir

Tout élève peut en bénéficier s’il se trouve en situation de difficulté à un moment de son parcours ou si un parcours plus personnalisé semble souhaitable (pour des élèves précoces, par exemple). De même, un élève peut en sortir dès que ses parents le souhaitent ou qu’il n’en a plus besoin.

1 PE par collège

Ce sera une personne référente, experte dans la gestion des difficultés sur les fondamentaux. Elle permettra aussi de favoriser le lien école-collège qui est aussi assuré par le conseil école-collège, en assurant un travail étroit avec les PE des écoles de secteur.

On peut imaginer que le PE puisse gérer 16 élèves sans pour autant faire cours à 16 élèves en même temps.

L’inclusion permettant de personnaliser les groupes sur lesquels interviendrait le PE.

La nature de leurs interventions peuvent alors varier : tutorat, co-intervention, travail individualisé en petits groupes, travaux au choix de type TPE, médiations entre élèves ou prof/élève ou parents/élèves, cours particuliers, et encore d’autres dispositifs à inventer selon les besoins. Il s’agit de garder de la souplesse pour pouvoir s’adapter au réalité du terrain.

Les ateliers

A partir de la classe de quatrième, les PLP reçoivent les élèves en atelier.

Les élèves étant désormais inscrits dans leur collège de secteur, des journées entières en atelier pourront être privilégiées afin d’en limiter les déplacements. Soit une journée hebdomadaire ou par stage intensif….

Les PLP dans tout ça?

Les PLP continuent d’organiser des visites d’entreprises et de collectivités selon les projets individuels de formation des élèves du secteur. Ils gèrent également l’organisation et le suivi des stages en entreprise. La dernière période (mai-juin) pourrait être consacrée aux examens (jurys), à l’entrée en lycée ou en apprentissage, à la recherche de solutions pour les élèves ayant besoin d’accompagnement, et au suivi des élèves après CAP.

 

Une idée d’emploi du temps

Lundi

Mardi

Mercredi

Jeudi

Vendredi

6/5

Travail individualisé

6/5

Travail individualisé

Cours particuliers

6/5

Travail individualisé

6/5

Travail individualisé

PIFO

4/3

Travail individualisé

Co-intervention

PE/PLC

Co-intervention

PE/PLC

Médiations

PIFO

ou

Lundi

Mardi

Jeudi

Vendredi

6/5

Travail individualisé

(8 élèves maxi)

6/5

Travail individualisé

6/5

Travail individualisé

TPE

Trois enseignants sur deux classes

4/3

Travail individualisé

4/3

Travail individualisé

4/3

Travail individualisé

Co-intervention PE/PLC

Co-intervention PE/PLC

Médiations

Médiations

4/3

PIFO

Cours particuliers

Cours particuliers

Tutorat

(profs/élèves ou entre élèves)

Ce sont des EDT théoriques.

Pour en voir la faisabilité, j’ai repris 4 emplois du temps du niveau 6e et 5e, et donc créé en conséquence l’EDT du PE.

Je précise que je n’ai quasiment changé aucun EDT (2 inversion d’heures seulement) pour trouver des « barettes » d’heures communes pour exclure l’élève sur toute une discipline( ici mathématiques ou français).

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Mot de la fin

Il y a bien entendu des obstacles à lever, des réflexions à mener, mais cette ébauche mérite qu’on s’y attarde, non?

En tout cas, le projet, en Sarthe, a été présenté à l’Inspection Académique par le SE-UNSA et le SGEN-CFDT, les ingrédients sont là.

 

Et si ça marchait?

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11 commentaires

  1. Bonjour,

    effectivement, contre la gethorisation ce serait l’idéal. De toute façon il est vrai que Gwenaël LE GUEVEL a toujours de super propositions. Et que le projet sot porté par 2 syndicats cela rajoute du poids en plus de montrer que les syndicats peuvent être une force de proposition non négligeable.

    Patrice

  2. Evidemment j’adhère. Merci Arnaud pour la présentation et les schémas à la Sir Ken Robinson !
    M. Hardouin, Gwenael pensait plus à des exercices de musculation qui consistent à renforcer les pectoraux, parce qu’il n’est pas gourmand du tout !
    Je suis fière de faire partie de cette aventure. Je veux rêver mieux pour ces élèves.

  3. Je ne sais pas comment on peut encore croire aux SEGPA et présenter comme cela l’éclatement des PE, 2 PLP qui seront seuls dans leurs ateliers et les directeurs/directrices adjoints en moins. Plus d’équipe, plus de coordination, plus de synthèse, de travail pluridisciplinaire ! doit-on expliquer que dans certaines SEGPA ça fonctionne plutôt bien, certes nous n’accueillons pas tous les élèves en grande difficulté et l’image négative que la structure avait s’efface progressivement, peut être pas partout certes…

  4. Pour aller dans votre sens et pour parler de choses que je ne connais pas on devrait changer les profs de maths par des ordinateurs. On aura au moins l économie de vos articles.. Vous pourriez prétendre au prix Nobel : celui d avoir résolu les pbs de la segpa en 250 mots et d assurer un bel avenir à mes élèves (bravo pr votre utopie)…
    Ou alors une jolie PE vous a mis un râteau et du coup vous vous venger sur la segpa…
    Mathieu
    Plp segpa

    1. Cher Mathieu.
      Réfléchir à améliorer le sort de nos élèves SEGPA qui font pas mal de route, me semblait être une bonne idée.
      J’ai juste présenté un projet qui a été soumis au niveau du département et au niveau ministériel qui peut répondre à cette problématique.
      Je ne dis pas qu’il est parfait loin de là.
      Je ne dis pas non plus que les SEGPA sont nulles etc…
      Les diagnostics sont issus des constats et connaissances issus de travaux de chercheurs, d’études et statistiques de l’INSEE, du CERC, de l’OCDE, et d’observations. Bref sans doute pour toi des gens payés à rien faire, non?
      Enfin, rien ne t’oblige à lire mes articles (passe ton chemin), ni à être irrespectueux (Ne serait-ce pas une valeur à transmettre à tes élèves?)

  5. Bonjour, je suis enseignant en SEGPA depuis près de 13 ans. Notre équipe de 3 PE est très présente dans le collège, nous avons des projets en commun avec des classes générales, avec des collègues, nous tentons des intégration pour certains élèves quand cela est pertinent pour ces derniers sans les mettre en difficulté. Les élèves arrivent souvent en 6ème SEGPA bien abimés par l’école, notre travail est de leur redonner confiance, de leur donner des méthodes de travail, des bases. Ce n’est pas parfait, rien ne le sera jamais mais cela fonctionne plutôt bien.
    Ce projet d’éclatement de l’équipe PE signerait pour moi la fin de ma carrière dans l’éducation spécialisé car je crois au travail en équipe et au suivi des élèves, non aux rustines et aux baguettes magiques.
    Les projets fantaisistes des chercheurs, délégués du ministère ne sont jamais discutés avec les gens du terrain. On remet toujours en question ce qui pose problème en changeant ce qui fonctionne et jamais ce qui ne fonctionne pas et c’est bien le problème de l’éducation nationale …
    Olivier PE SEGPA

    1. euh, justement le projet a été exposé par une équipe qui travaille en SEGPA, Gwenaël LEGUEVEL (celui qui exposé la réflexion de l’équipe de SEGPA dont il fait parti) est un PE qui travaille depuis plus de 15 ans en SEGPA….

  6. Je ne sais pas si le forum est toujours actif mais bon je tente quand même !
    Les SEGPA font ce qu’elles peuvent avec les moyens du bord et si possible un travail commun, équipe péda, direction et vie sco. Si déjà tout ce petit monde arrivé à bosser ensemble sans se repprocher quoi que ce soit, ce serait un bon début.

    J’ai quand même une réelle conviction de ne plus vouloir bosser de la manière constitutionnelle.

    Mon avis est très simple ; pourquoi ne plus créer de groupe classe par niveau mais par compétences induites pour les intelligences multiples ?

    A vous

    Magali

    1. Bonjour Magali.
      Alors ressortir des vieux dossiers, j’aime bien, mais je vais d’abord remettre quelques précisions :
      1) Je n’ai jamais dit que dans les SEGPA ont faisait n’importe quoi…
      2) J’ai précisé que ce système ne me convenait pas pour principalement la raison du transport qui freine les familles et fatigue énormément les élèves entre autres.
      3) l’idée de l’inclusion des moyens SEGPA dans les collèges est et reste pour moi une très belle manière de bosser « ensemble » au lieu de cloisonner justement.
      4) Casser les groupes par niveau, mais ça existe déjà dans certaines petites structures, amis à l’échelle d’un établissement de plus de 600 élèves, là je demande à voir question attribution des moyens etc… car au délà des compétences il y a aussi les options choisies par les élèves qui créent d’autant plus de sous groupes…. J’ai du mal à avoir des emloi du temps faisable (c’est déja parfois très problématique sans ça …)

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