
Depuis quelque temps, à chaque fois que j’aborde l’intelligence artificielle en contexte scolaire, on me rappelle — parfois avec insistance — la RGPD et les GAFAM.
Il me semble que l’on peut parler d’IA et expérimenter l’IA en classe sans être en contradiction avec ces principes (qui me sont chers).
Aujourd’hui, les élèves utilisent déjà l’IA et les GAFAM — souvent sans conscience des enjeux, des limites, ni des conséquences sur leurs données. On peut/doit les accompagner.
Un prompt simple, une prise de conscience forte : « Qui suis-je ? »


J’ai expérimenté ce prompt sur les élèves qui avaient déjà un compte sur une IA générative, c’est d’ailleurs en sachant que certains en avaient un que m’est venu cette idée.
En aucun cas, j’ai demandé aux élèves de se créer un compte, j’ai juste saisi l’opportunité de pouvoir faire mouche !
Le choix de « Qui suis-je ? » n’est pas anodin. Derrière ce mignon prompt, une expérience à l’enjeu pédagogique fort : observer ce que l’IA « sait » ou prétend savoir de l’élève à partir des données associées à son compte. Les retours ont été très variés.
Certains élèves ont reçu des réponses vagues ou génériques, bref sans danger mais d’autres ont été surpris par la précision des suggestions de l’IA, voire gênés…
Cela a immédiatement ouvert le débat :
- Comment l’IA peut-elle “deviner” ?
- Que sait-elle de moi ?
- Est-ce que j’ai déjà donné ces infos, et à quel moment ?
- Et surtout, qui détient ces données ?
L’occasion d’aborder la RGPD autrement
Ce simple prompt a permis une entrée par l’expérience vécue, plus efficace qu’un long discours sur la RGPD ou la vie privée. On est passé d’un règlement perçu comme “technique” à une question de conscience personnelle :
- ce qu’est une information personnelle identifiable (PII)
- comment des outils puissants peuvent reconstruire un profil à partir de données personnelles disponibles dans les conversations et sur le net.
La RGPD et les IA : une zone floue
Soyons clairs : la RGPD est aujourd’hui difficilement conciliable avec les IA génératives grand public.
À moins d’utiliser un modèle local, open source, il est quasiment impossible de garantir un respect strict du règlement.
On pourrait se dire : « On ne peut rien faire ! ».
Je pense avoir trouvé une autre voie, pas parfaite : une voie sans doute à baliser davantage.
Un chemin périlleux mais qui en vaut la chandelle
J’ai choisi d’exposer les élèves à ces outils dans un cadre pédagogique, avec des règles strictes, avec une discussion derrière. Ce n’est pas parfait, j’ai pu le faire en co-animation, et dans un projet qui englobait l’esprit critique (faudrait d’ailleurs que je vous en parle !)
Les accompagner à expérimenter, leurs permettre de leurs faire vivre des expériences, de les confronter à l’IA, de la démystifier, de comprendre les enjeux éthiques et écologiques sont tout autant de raisons de se lancer en classe.
Parce qu’ils le feront sans nous, sinon.
Tant que l’Éducation nationale ne nous fournit pas encore d’alternative institutionnelle, tant qu’on ne disposera pas d’un modèle maison, hébergé et contrôlé par nos propres serveurs, nous sommes tous dans une forme de « bricolage encadré ».
(Je rappelle que je n’ai pour l’instant ni utilisé , ni demandé aux élèves de faire nos expériences sur des plateformes avec comptes, mais bien en mode déconnecté, et je n’ai en aucun cas demandé qu’ils saisissent des données personnelles ou production quelconque.)
Des raisons d’espérer : un modèle public possible

Je reste cependant optimiste. Dans notre académie (Nantes), nous avons retrouvé la main sur notre ENT (E-Lyco) et on a mis en place la plateforme Éléa ( Moodle).
Il y a des outils intégrés à la forge, pour ne parler que de certains que j’utilise régulièrement :

CAPYTALE et MathA (PhysALEA en construction)
Cela montre que nous avançons vers plus d’autonomie et de maîtrise sur nos outils numériques, notamment grâce à la forge des communs numériques : Création, mutualisation et partage de ressources éducatives libres ! et des apps.educations où institutionnalisent des outils libres !
Ce chemin est lent — c’est vrai — mais un ministère aussi vaste ne peut pas aller plus vite que son écosystème. Nous devons, à notre échelle, baliser le terrain.
Les parcours PIX prévus pour la rentrée prochaine sont un bon début, et l’IA attendue pour la rentrée 2026, nous permettra de leurs faire faire leurs premières expériences avec l’IA sans crainte, tout en rappelant les autres biais (car ils sont nombreux et ce, dans tout modèle).
Éduquer, pas interdire
Ce que j’ai voulu avec ce simple prompt “Qui suis-je ?”, ce n’est pas exposer mes élèves aux dangers des IA, mais leur permettre de les regarder en face.
Ils les utilisent déjà, alors accompagnons-les, formons-les, aidons-les à comprendre que gratuit n’est jamais sans contrepartie, et qu’une IA est un outil, pas une vérité.
Eclairons-les sur les enjeux du numérique.










