Créer ses ressources en ukrainien, s’adapter

Bon bah, me voilà avec 3 ukrainiens respectivement en 6e, 4e et 3e.(le vendredi après-midi c’est 3h avec les ukrainiens 6e 3e et 4e, je n’avais plus de voix, c’est rare que ça m’arrive, j’ai trop parlé et j’étais épuisé de trouver les stratégies pour communiquer avec eux.)

Les niveaux sont assez disparates, sans doute liés à la stabilité et environnement qu’ils ont trouvés en France.

Difficile pour eux de tout gérer émotionnellement, arriver dans un environnement où l’on ne comprend rien, l’école a été arêtée assez rapidement et pour une longue période. Il faut les mettre en réussite, les rassurer.

Avec une collègue qui devait leur faire cour de français FLE, mais régulièrement absente si bien que les élèves n’ont eu quasiment aucun cours, c’est compliqué pour eux, pour nous.

Les mettre en réussite, s’adapter à eux, essayer tant bien que mal de leur faire comprendre le français tout en parlant un peu anglais et du google traduction.

Avec des choix remplis de clichés : les mathématiques est un langage universel c’est facile. Ça ne tient pas du tout, on a tous un patois mathématiques. Les notations diffèrent, les astuces également et encore plus d’un pays à l’autre. Par contre, oui, il y a moyen de progresser sur certaines notions (pas toutes, exit : analyse de document et tâches complexes, on fait des statistiques ou probabilités comment?)

La CASNAV nous avait plutôt orienté à leurs parler exclusivement français et faire des gestes. Pour moi, cela reste incompatible avec la tâche de les mettre en réussite mathématique.

En gros ils ont la ressource mathématique à disposition et quand ils feront les exercices, je leurs parlerai en français peu à peu. Mais déjà, je leur fournis un point de repère sur lequel ils doivent s’attacher.

Les mettre en réussite, les rassurer, puis ensuite leur parler doucement en français

J’ai vu que notre gouvernement nous a lâché juste les livres en ukrainien qu’ils ont mis à disposition… Juste inutile, mais vraiment inutile! A quoi cela pourrait servir ce genre de document?

J’ai donc commencé à traduire mes cours en ukrainien et donner MES vidéos youtube (vive la traduction avec sous-titre), ma manière de faire.

Bref, j’ai donc débuté par les fractions avec Maria, mon élève de 3e, qui avait tout oublié (mais c’est revenu vite).

En 4e, Diana, avec elle, on communique mieux, ça fait quelques jours de plus qu’elle est là, elle est dans les équations , en pleine réussite (même si elle m’a parlé de discriminant chose qu’elle n’a pas réussie vraiment à me montrer ses capacités, elle devait sans doute le découvrir quand elle était en Ukraine) et on a eu quelques soucis avec les relatifs (j’ai même fait la traduction pour le jeu du rullo somme)

Pour Emmanuel (qui a remplacé mon Eduard qui lui est reparti en école primaire), en 6e, je n’ai pas encore réussi à mesurer son niveau mathématique (la CASNAV est débordé et nous n’avons aucun retour des tests ou même s’ils ont été effectués).

Les multiplications avec nombres décimaux n’est pas acquise, j’ai tenté ensuite sur la symétrie axiale, notion qu’il découvrait, on a plié, on a plié plein de feuilles. On est loin de tracer la médiatrice.

A propos de l'auteur :

Enseignant de mathématiques : collège Belle-vue de Loué Membre de l'équipe du "Rallye mathématique de la Sarthe" blog : mathix.org

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Un commentaire

  1. L’accueil d’élèves allophones est difficile. J’enseigne dans un collège disposant d’une UPE2A (Unité pédagogique pour élèves allophones arrivants) depuis plusieurs années et je n’ai toujours pas réussi à développer des ressources suffisantes. En réalité, dans mon établissement, l’UPE2A permet seulement de proposer aux élèves 7h de FLS et le reste du temps ils sont « parachutés » dans les cours. Dans mon établissement, ce sont souvent des élèves NSA (non scolarisés auparavant) qui parfois ne savent ni lire ni écrire leur propre langue. J’ai ainsi dans mes classes de 5e un élève marocain qui parle espagnol, une élève soudanaise qui commence à atteindre un niveau A1 en français (elle est arrivée il y a un an et demi et était NSA), une élève brésilienne qui ne parle pas un mot de français (elle vient d’arriver) et une élève afghane (NSA), et dans mes classes de 3e un élève péruvien (plus facile avec lui car il a une bonne maîtrise de l’anglais et est à l’aise en mathématiques) et un soudanais (NSA à son arrivée, il a maintenant un niveau A1-A2 en français mais un niveau cycle 2/3 en maths).
    Avec les élèves NSA, tout est à apprendre : la vie en collectivité, la laïcité, la mixité, la lecture, l’écriture, compter… Tout cela sans pouvoir communiquer au début. Et avec un cours à mener pour les autres élèves de la classe.
    Et lorsque finalement ils ont progressé en français, ils sont en échec en mathématiques car ils partaient de trop loin et la règle appliquée est toujours la même : l’élève est scolarisé en 5e s’il est en âge d’être en 5e même s’il n’a jamais été scolarisé dans son pays avant…
    Alors on essaie de valoriser tous les progrès, même les plus petits, de proposer des contenus adaptés mais on se sent souvent abandonné, en échec et on culpabilise de ne pas pouvoir faire mieux…

    Même si c’est insuffisant, je constate que les lignes bougent pour l’accueil des élèves ukrainiens et j’espère que les yeux vont s’ouvrir sur la façon dont accueille tous ces élèves, du monde entier, et avec quelle violence on les parachute dans des classes qui ne sont pas adaptées à leur niveau…

    Mon commentaire n’est pas aidant pour tous les collègues qui se retrouvent en difficulté aujourd’hui pour accueillir ces nouveaux élèves mais la lecture de l’article d’Arnaud m’a donné envie de livrer ce petit témoignage.

    Bon courage à tous et à tous ces élèves dont le parcours scolaire est souvent à l’image de leur parcours de vie : difficile.

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