»En maths, soyez fainéant! »

Garfield_by_AiyorosTelle est la phrase que je m’use à leurs dire! Parfois, il faut être fainéant!

A priori cette phrase pourrait aller à contre courant de pas mal de pensées d’enseignants.

« Qu’est-ce que l’on veut ou peut chercher à obtenir en prononçant cette phrase? »

 

Chercher à surprendre? Sans nul doute, d’ailleurs si vous lisez cet article, j’ai en partie réussi, non?

Pour mes p’tits élèves, en fait, je cherche tout simplement à aider les plus démunis d’entre eux face aux maths.

Avant d’entrer pleinement dans les raisons, on va se mettre d’accord sur ce qu’il se passe lors de la résolution d’un exercice ou plutôt d’un problème de mathématiques.

La résolution d’un problème

La résolution de problème en mathématiques s’effectue en plusieurs étapes :

  • La prise d’informations (lecture d’énoncé, extraction des éléments utiles)
  • L’organisation de la pensée en lien avec les connaissances acquises de l’élève et celle issue de l’exercice (raisonnement)
  •  Rédaction (savoir rédiger)

 

Étonnement, on retrouve quelques compétences du socle commun, compétences déjà utilisées depuis longtemps par les professeurs des SVT (savoir s’informer, savoir raisonner, savoir rédiger).

Mettons, maintenant, un élève en difficulté face à un problème lambda.

Notre petit Téo (nom d’emprunt) est bien embêté, il n’y arrive pas,il vous dira « Je comprends rien »

Et il y a plusieurs raisons qui peuvent expliquer son blocage, liées aux compétences citées plus haut :

  •  Difficulté liée à la prise d’information (problème de lecture, ou d’extraction d’informations ).
  •  Difficulté à faire le lien entre le cours et l’exercice
  •  Difficulté à rédiger.

1 ère difficulté

glasses-272399_640Pour la première, seule la présence d’une tierce personne peut aider. L’élève n’osera pas demander de l’aide la plupart du temps, du simple fait qu’il va se mettre une barrière : « on m’a demandé de faire cet exercice, je dois donc le faire seul.«  Il ne peut s’y autoriser car il a l’impression de rompre un contrat tacite avec l’enseignant (et/ou la classe) où il se doit d’être en réussite.

Pour briser cette barrière, il faut  l’autoriser à prendre des libertés comme demander de l’aide directement à son voisin ou l’enseignant.

L’élève peut considérer que « ce n’est pas juste » qu’il doit normalement pouvoir le faire seul.

De croire que les élèves copient ou demandent à leurs voisins des réponses de gaieté de cœurs est un leurre, ils cherchent tout simplement à masquer leurs échecs pour ne pas rompre ce fameux contrat….

Il existe plusieurs stratégies qui peuvent aussi le rendre autonomes, comme le stabilo pour souligner, la lecture à haute voix de l’exercice faite par un autre élève de la consigne…

D’ailleurs, vous n’avez-vous jamais eu d’élèves qui ne lisait pas les consignes et qui les devinaient simplement?

Généralement, ils produisent quelque chose.

2eme difficulté

chalkboard-152321_640 Faire le lien entre le cours et l’exercice, tâche parfois ardue surtout quand le cours n’est pas su. D’expériences, le nombre d’élèves qui s’autorisent chez soi ou en classe à ouvrir le cahier de cours pour faire son exercice est très très bas!

Toujours et encore ce fameux contrat : « Je dois normalement connaître mon cours »

Supposer avoir appris impose d’avoir compris le cours, la compréhension de ce dernier est toujours régit par ce contrat : « Normalement je dois avoir compris, le prof, il a expliqué. »

Cette affirmation tient simplement par le fait que, pour un élève, l’enseignant (quand il respecte ce dernier) est … parfait dans sa transmission du savoir .

Afin d’éviter ce blocage inutile, une simple phrase :

« Tu ne sais pas ton cours ? C’est pas grave, sois fainéant! Prends ton cahier! Je te demande même pas d’apprendre maintenant!« 

Terrible, un prof qui demande pas d’apprendre! On va à l’encontre du stéréotype!

C’est en faisant des exercices avec son cahier que l’élève apprendra réellement car il cherchera à faire des liens entre le cours et son application. Il se créera des routines, des automatismes avec son expérience.

« Mais si l’élève n’a pas compris le cours? »

Si l’élève persiste dans son blocage, il prendra conscience que ce n’est pas qu’il n’a pas appris mais qu’il n’a pas compris, et prendra les dispositions pour comprendre et ira vers l’enseignant, car il saura que ce n’est pas de sa faute…

 

3eme difficulté

hand-299675_640Téo ne sait pas rédiger, « Par quoi commencer, comment bien expliquer? », tant de questions qui peuvent entraîner un blocage :  » J’ai rien fait, car je ne sais pas quoi écrire ».

Pour aider un élève on s’appuie sur sa production, sans production (orale ou écrite) c’est compliqué voir impossible.

Pour limiter le blocage, on peut l’encourager à être fainéant :

« Tu ne sais pas rédiger? Fais un schéma, écris comme tu penses, sois fainéant, fais au plus simple pour toi! »

Ce qu’on attend avant tout, c’est une production d’élève!

On a nécessairement besoin d’elle pour qu’on puisse la corriger par petite touche.

 

Le Fainéant : il a le droit de rompre le contrat

Autoriser l’élève à être fainéant, c’est l’autoriser à rompre son « contrat« , c’est l’autoriser à se tromper, à aller plus vite parfois, à faire moins que ce qu’il pense qu’il faut faire.

Je suis partisan du « vaut mieux faire quelque chose que rien du tout« .

Imaginez un réel fainéant, à qui « ça saoule de faire des maths » et qui préférerait ne rien faire, que fait-on ?

Bien entendu, on encouragera à évoluer vers une meilleure écriture, vers un meilleur raisonnement, vers une meilleure rédaction.

Mais tout ceci passe par la production de l’élève.

Ma parade à ce genre de dérives (vers le moins bien ou le minimum pas syndical du tout!) c’est au cas par cas, d’exiger petit à petit, des obligations en lui faisant prendre du recul sur ses écrits:

« Tiens tu pourrais maintenant mettre des étapes de calculs, car là franchement tu crois qu’un élève de 6e comprendrait? »

« Si je suis un prof de français, je comprendrais pas d’où sortent ces infos! … Du texte? Ah bon, as-tu écris  que ça venait du texte? »

Bref, il s’agit avant de tout de briser les barrières vis-à-vis de l’erreur!

 

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