Lorsque l’enseignant bidouille les notes

stylo[sommaire]Une journée du GRAF qui se termine, une journée forte intéressante, tant les débats étaient sérieux et argumentés.

Toujours ce Pierre, l’opposant à l’anti-notele groupe anti-note et… moi un peu entre les deux avec mon expérimentation scolatix où la note trimestrielle (que je voudrais annuelle ) est gardée mais où les notes ont disparu des devoirs.

Pierre, que j’apprécie beaucoup pour le rôle qu’il joue dans ce GRAF, celui qui oblige a poser le débat et éviter de perdre pied dans notre engouement à tout modifier. Il s’agit d’avancer en posant les idées solidement.

Le GRAF

outils_imagesJ’aimerais maintenant témoigner d’un passage important où les arguments contre la note furent vraiment intéressants qui relevait une pratique connue de nous les enseignants : la bidouille.

Replaçons-nous dans le contexte, les IPR présents nous demande de réfléchir sur le pourquoi de nos expérimentations sur l’évaluation par compétences.

note20scolaiPierre comme à son habitude relance ses arguments  « Je ne sais pas pourquoi la note serait catastrophique, elle a aussi des bons côtés et on peut évaluer par compétences avec des notes. Elle peut servir de récompense, et est en quelque sorte universelle (du point de vue de la compréhension)« .

La réponse fuse, moi et le reste du groupe anti-note « Que fais-tu des échecs qui pénalisent la note trimestrielle?« .

Sa réponse : « Et bien, si réellement c’est un accident, je mets non noté« 

Puis au fur et à mesure Pierre remet sur le tapis une idée que j’aime beaucoup (qu’un inspecteur il y a 4 ans m’avait évoqué lors d’un entretien) :

De toute façon, nous, les enseignants,  connaissons le mieux les élèves, on est capable de savoir quelle note trimestrielle correspondrait au niveau des élèves, il s’agit de la leur mettre si l’on veut.

En fait tout simplement nous faire confiance dans le jugement que l’on porte sur les élèves, nous sommes normalement expert en ce domaine.

Qui n’a pas entendu au conseil de classe,  » Je précise sa moyenne ne reflète pas son niveau, il a eu un accident, vraiment ça me désole qu’il ait cette moyenne » ou même « Il a loupé plein de devoirs, et donc il a une très bonne moyenne alors qu’il ne devrait pas« ?

Bref, on peste contre cette fabrication de cette moyenne, on peste car on se refuse de la contrôler.

Certains, comme Pierre, osent manipuler les notes pour que cela reflète le ressenti qu’ils ont de l’élève, d’autres se font violence et subisse le système de la moyenne au grand dame de l’enfant.

Pourquoi subir? Qui nous impose de faire une moyenne?

Ce que devrait refléter la note trimestrielle :

D’abord afin de ne pas enterrer la note j’aimerais avancer un argument de l’inspection générale :

« La note est … relative, peu fidèle, peu explicite. Et pourtant elle est admise par tous, élèves, parents, enseignants, chefs d’établissement. C’est le support de (presque) tout dialogue sur les acquis des élèves ».[1]

Il s’agit donc de se dire que la note est un moyen universel de dialogue, compréhensible par les allophones, et les personnes dont les appréciations leurs seraient incompréhensibles.

C’est là que notre petit groupe s’est scindé, j’étais comme Pierre favorable à l’utilisation d’une note bulletin qui pourrait évoluer tout au long de l’année. Pierre semblait donc convaincu par mon idée, mais il se refusera sûrement d’y adhérer totalement, j’étudierai les raisons après.

Bien entendu les professeurs de l’expérimentation sans note présents , nous ont affirmé qu’un bulletin sans note (avec des couleurs ou pour d’autres seulement avec des appréciations) que le conseil de classe se passait de manière identique et les parents regardaient d’avantage les appréciations.

C’est un atout certain. Mais pourquoi une note ne refléterait pas le niveau d’acquisition de l’élève (un pourcentage d’acquisition?) et l’appréciation se limiterait à décrire l’évolution de l’élève au cours du trimestre et son attitude face au travail et chez lui ( les compétences transversales et interdisciplinaires)?

 On garderait donc les mêmes bulletins de classe, mais la note représenterait exactement l’idée du niveau d’acquisition de l’élève.

Mais pourquoi Pierre ne passe pas à l’unique note représentant le bilan d’acquisition de l’élève?

Une histoire de … discipline

Tout est là! Pierre est un professeur des SVT, son programme lui est scindé en séquence autonome où les connaissances ne se chevauchent pas, les seules compétences transversales sont au nombre de 3 :  Réaliser, Raisonner, Communiquer. Elles sont d’ailleurs relatives au Socle Commun de Connaissances.

Une discipline où il est difficile de « spiraler », l’utilité de l’évaluation par items en devient diminuée. Ma discipline étant les mathématiques, spiraler les connaissances est aisé, et donc permet aux élèves de pouvoir récupérer des échecs…

Un collègue de sciences physique-chimie qui lui évalue comme moi selon l’expérimentation scolatix a les mêmes sensations que Pierre, néanmoins cela lui permet de voir les profils des élèves (ceux ayant plus d’aisance en électricité, optique ou chimie …)

A ceux qui disent qu’une note seule ne veut rien dire!

Je suis parfaitement d’accord!

C’est d’ailleurs le but de scolatix, avoir différents paliers de précision dans la visualisation du niveau d’acquisition :

  1. un global (la fameuse note ou pourcentage)
  2. un intermédiaire (les items sont regroupés en thème, on ne voit donc que le taux d’acquisition de chaque thème)
  3. un précis (on voit les acquisitions de chaque item).

directionLes expérimentations sans note, se sont confrontés à un dilemme :

  • avoir un livret de compétences avec beaucoup d’items qui rend difficile son appréciation globale. (il manque un bilan global pour les parents qui se questionnent en disant aux enseignants, alors c’est bien ou pas?)
  • avoir un livret plus succinct, mais quand il s’agit de sa voir précisément quoi retravailler, on sait plus. (Oui, d’accord la manipulation des nombres n’est pas acquise, mais sur quel type de nombre?Quelle opération?)

Cette journée m’a convaincu d’autant plus du bien fondé de mon expérimentation ou du moins de l’axe de progression choisi.

Et vous, vous en pensez quoi?objectif4

 

[1] : IGEN 2007, Les livres de compétences : nouveaux outils pour l’évaluation des acquis, inspections Générale de l’Éducation Nationale, Rapport à Monsieur le Ministre de l’Éducation Nationale

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Un commentaire

  1. Bonjour, tant de façons de bidouiller les notes, et avec des intentions si différentes!
    Premier exemple https://www.facebook.com/photo.php?fbid=459897774053713&set=pb.100001004847671.-2207520000.1357111532&type=3&theater
    -0.5/10 alors que la note est au moins 10/10, on a même pensé qu’il s’agissait d’un doubleur ce qui voudrait dire que quand on est doubleur il est encore plus interdit de montrer ce qu’on sait? Vérification faite, ce n’est pas un doubleur, pourquoi 9.5/10? Pourquoi ne pas encourager celui qui sort des sentiers battus?
    deuxième exemple https://www.facebook.com/photo.php?fbid=488058287904328&set=a.142694832440677.24284.100001004847671&type=1&theater . L’intention est de prouver que l’élève est en échec, le prof est jeune et n’ose pas bidouiller la note. Qu’à cela ne tienne, puisque la copie d’examen reste à l’école et n’est vérifiée par aucune autorité, on bidouille les motivations officielles d’échec. Pourquoi? dans le bien de l’élève?
    troisième exemple : https://www.facebook.com/photo.php?fbid=488059914570832&set=a.142694832440677.24284.100001004847671&type=1&theater à cet examen, l’élève a été noté 1/60. soit le « raisonnement »n’était pas juste, soit le raisonnement est bon mais « il y une faute de calcul, ou bien il a oublie de noter l’unité ou le repère orthonormé… Quelle est l’intention de cette note? Dans le bien de l’élève?
    Dernier exemple, un peu plus long, puis je vous laisse tranquille : quelle est l’intention de ce professeur de biologie, et quelles sont les missions et les intentions des deux inspectrices de l’enseignement obligatoire qui ont « vérifié » cet examen? http://www.vermeuleninformatique.be/divers/Enseignement-en-Belgique,-comp%C3%A9tences-requises,-quel-cafouillage!.pdf

    La note est ce qui permet aux professeurs d’asservir les parents et les élèves, c’est ce qui ne permet pas d’établir une relation saine entre les intervenants. les étudiants et les parents d’élèves n’ont pas le droit à la parole, le maître est maître de sa note et ne doit pas la justifier. Il est évident qu’elle ne sert pas l’élève qui n’étudie que pour la note justement, en oubliant le reste. Elle n’est utile qu’aux profs, car elle leur permet de se réfugier derrière « règlement » q’ils peuvent arranger comme ils veulent pour masquer leur incompétence à apprendre aux enfants qui ont besoin d’eux, justement!

    Je ne résiste pas à vous inviter à lire ce billet de Charles Pepinster, bien sur que la note n’est pas utile :
    http://www.panote.org/spip.php?article59

    Quant à la note qu’obtient un élève dyslexique à ses examens écrits! Cette note ne reflète jamais ses connaissances et sa pensée, or, ils sont 10% de dyslexiques dans nos classes et nos amphithéatres.

    Merci pour votre texte. Espérons que ça change un jour et que l’élève , et non la matière, devienne le centre de préoccupation de l’école.

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