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Intelligence artificielle et taxonomie de Bloom : un mariage à surveiller

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L’intelligence artificielle s’installe tout doucement dans notre quotidien, tant chez les profs (20%) que chez les élèves (80%) . Elle est rapide, pratique, parfois bluffante. Mais à mesure que son usage se banalise, une question s’impose : quelles sont les conséquences d’une surutilisation de l’IA sur les apprentissages ?

Pour y voir plus clair, un détour par la taxonomie de Bloom peut être efficace et éclairant (J’ai pu voir une présentation de Basille Sauvage à Strasbourg qui avait porté ses propos sur celle-ci et l’IA, c’était très intéressant).

Ce cadre  nous aide à penser la progression cognitive des élèves : de la mémorisation à la création, en passant par la compréhension, l’application, l’analyse et l’évaluation.

Ce que l’IA risque de court-circuiter

Voici, niveau par niveau, les effets potentiels d’un usage excessif ou non encadré de l’IA :

  • Connaissance : l’IA donne des réponses immédiates. L’élève peut se contenter de recopier sans intégrer, confondant accès à l’information et maîtrise réelle.
  • Compréhension : reformuler, expliquer, illustrer… autant d’étapes que l’IA peut réaliser à la place de l’élève. Le risque : une compréhension superficielle, voire absente.
  • Application : résoudre un problème, adapter une méthode, faire un lien concret ? Si l’IA est utilisée trop tôt, l’élève ne fait plus l’effort de transposition. Il devient spectateur.
  • Analyse : l’IA peut détecter les liens, les contradictions, les structures. Mais si elle le fait à la place de l’élève, celui-ci ne développe pas sa pensée critique.
  • Évaluation : l’élève peut avoir tendance à accepter les réponses de l’IA sans recul. Moins d’argumentation, moins de confrontation des idées.
  • Création : l’IA produit des contenus. Des textes, des schémas, des idées. Mais créer, c’est aussi prendre des décisions, explorer, s’approprier. Ce que l’IA ne fait pas à la place de l’élève.

Le constat : une surutilisation de l’IA peut mener à une passivité intellectuelle. L’élève délègue sa pensée, contourne l’effort, perd peu à peu la maîtrise des processus cognitifs essentiels à l’apprentissage.

Bon, j’enfonce des portes ouvertes, mais ça m’a permis de réfléchir qu’à chaque étape l’IA peut avoir un impact significatif.

De vraies usages pédagogiques avec l’IA : un enjeux

L’objectif n’est pas de bannir l’IA, mais de l’intégrer de manière raisonnée, pour soutenir — et non remplacer — les étapes de l’apprentissage. Voici quelques pistes concrètes :

  • Réserver l’IA aux tâches bien ciblées : Utiliser l’IA comme soutien à la mémorisation ou comme source d’exemples, sans la laisser faire tout le travail de compréhension ou d’application.
  • Stimuler l’esprit critique : Proposer aux élèves de comparer leurs productions avec celles de l’IA, d’en détecter les limites ou erreurs, de les améliorer ou de les discuter.
  • Favoriser les niveaux supérieurs de Bloom : Proposer des exercices où l’élève analyse, évalue ou améliore des réponses produites par l’IA, stimulant ainsi ses capacités d’analyse critique et d’évaluation. Encourager la créativité en utilisant l’IA comme un assistant ou un collaborateur plutôt qu’un substitut. Par exemple : produire une première ébauche avec l’IA, puis la retravailler personnellement.
  • Alterner les modalités : Privilégier des temps sans IA pour travailler l’autonomie. Alterner productions individuelles, collectives, assistées et non assistées.
  • Encadrer et former : Intégrer à nos pratiques des moments où l’on parle de l’IA, de ses usages, de ses limites.Demander aux élèves de justifier régulièrement leur usage de l’IA : pourquoi l’ont-ils utilisé ? Qu’est-ce que cela leur a apporté ? Auraient-ils pu le faire sans ? Intégrer des temps d’échanges en classe pour discuter explicitement de l’impact de l’IA sur leur apprentissage.Montrer comment bien l’interroger, comment prompter, comment croiser les sources, comment douter.

Pour conclure

L’IA est un outil. Puissant, certes. Mais comme tout outil, c’est l’usage qu’on en fait qui compte.

En nous appuyant sur la taxonomie de Bloom, on peut garder un cap clair : ne pas sacrifier l’effort intellectuel à la facilité, mais utiliser l’IA pour enrichir les apprentissages, ouvrir des perspectives, diversifier les approches.

Former des élèves capables de penser avec l’IA, et non par l’IA. C’est tout l’enjeu.

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L’IA au service des enseignants : retour sur une journée de formation

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Hier, j’ai eu le plaisir de mener une formation sur l’intelligence artificielle à destination des professeurs de lycée sous l’étiquette DRANE (étant Animateur Au Numérique depuis 7ans, être dans un réseau de profs geeks mais profs avant tout accompagné de Catherine, David et Isabelle qui nous pilotent entre autres, sans oublier les IANs, dont mon petit Seb avec qui je fais les formations RUPNs. C’est d’ailleurs là que j’ai fait mes premières armes en tant que formateur). Le lycée, c’est celui de mon secteur (je leurs envoie mes élèves pour le meilleur et pour le pire).

Cette formation d’initiative locale (FIL pour les intimes) visait à réfléchir sur les défis que l’IA pose dans les classes, mais aussi les opportunités qu’elle peut offrir.

Au programme, trois axes principaux : démystifier son fonctionnement ( pour les profs qui pourront démystifier à leurs tous aux élèves),comment l’IA peut enrichir notre pédagogie, comment l’expliquer et l’utiliser avec les élèves.

L’idée n’était pas de livrer un cours magistral (quoique, j’ai quand même beaucoup trop parlé), mais de semer des graines d’idées et de pratiques concrètes, inspirées de mes propres expérimentations en classe.
Une cours sur l’IA, son fonctionnement, le cadrage institutionnel accompagné atelier prompt centré sur une aide à la préparation pour les nous les profs.

L’après-midi était tourné vers des expérimentations que je fais avec mes 3e sur l’IA (quelques séances avaient fait l’objet d’articles sur le site.) afin que les élèves prennent de la distance sur l’IA, puis un temps de réflexion sur des scénario pédagogiques basés sur les 5 postures du ABC LEARNING.

J’insiste : prendre le temps de se former et de réfléchir collectivement aux nouvelles approches pédagogiques est essentiel. Ce document ne peut en aucun cas remplacer un moment collectif.

Le travail de préparation a été conséquent (30h surement plus dirait ma femme), j’espère que ceux qui piocheront dans le document auront la sincérité de nommer la paternité (CC by NC SA).
Comme disait une collègue, certains en auraient fait un livre, j’ai décidé d’en faire un partage.

Je dois refaire une FIL au collège et une autre au même lycée (je complèterai cette formation et la ferai évoluer), j’ai d’autres idées, et vous ?

J’OUBLIAIS, cette formation n’aurait pas pu être si riche le jour sans l’aide de ma collègue de français Mme Deroef-Perronet, sans elle, les expérimentations auraient été moins nombreuses.

EDIT : Je rajoute un petit up pour Cedric Eysette (prof de philo ) qui crée des petits outils numériques qui deviennent encore plus accessibles avec l’IA : dem_map et cartes_MD, tous les deux dispos sur la forge de l’éducation nationale : C’est une plateforme où se concentre tous les outils numériques créés par les profs pour les profs et les élèves et soutenus par le ministère, pour ceux qui ne connaissent pas encore, il faut y faire un petit tour.

J’ai presque envie de dire que l’IA m’a permis d’accéder à ces outils facilement et maintenant je me passe d’elle pour les utiliser (maîtrise du Markdown notamment qui peut rebuter au début), comme quoi, l’IA peut être vecteur d’apprentissage si on adopte la bonne posture.

Contenu de formation :

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Jeu : Triche or Not Triche

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Toujours portée par la problématique Travail personnel des élèves et IA, je viens de modifier l’excellente activité proposée par l’académie de Strasbourg.

Seulement voilà, moi je suis prof de mathématiques, et je souhaitais pouvoir en discuter avec mes élèves (je l’ai orienté fin de cycle 4-Lycée, car il me parait correspondre à la cible qu’il faut toucher.

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Déroulé du jeu :

Phase 1 :

  • Former des groupes de 3 ou 4 élèves.
  • Distribuer à chaque groupe un jeu de cartes présentant différentes situations où un élève utilise l’IA pour réaliser ou aider son travail de mathématiques.
  • Demander aux groupes de discuter et de positionner chaque carte sur un axe qui va de « Triche » à « Not triche ».

Phase 2 :

Faire un retour collectif :

L’enseignant recueille au tableau les arguments des élèves pour justifier leurs choix (avec la double flèche affichée au tableau)

L’objectif n’est pas de donner une réponse unique et définitive, mais d’éclairer les nuances entre une utilisation légitime (pour comprendre, s’entraîner, vérifier son travail…) et une utilisation qui s’apparente à de la triche (copier-coller, faire faire entièrement son devoir à l’IA…).


Vous trouverez ci-dessous le jeu.

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