Auteur/autrice : Julien Durand

Nolej : peut mieux faire

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Bon, pour faire simple, j’ai des réserves sur son utilisation, car je leur ai écrit il y a plus de six mois et, à ce jour, je n’ai reçu aucune réponse de leur part sur une demande de test étendue. Cela dit, j’ai quand même pu tester la plateforme grâce aux quelques crédits gratuits qu’ils mettent à disposition.

Qu’est-ce que Nolej ?

Nolej, c’est un outil qui pourrait bien révolutionner notre manière de préparer nos cours et d’impliquer nos élèves. Imaginez une plateforme qui transforme vos documents, vos vidéos, ou même vos pensées les plus éparpillées en contenus pédagogiques interactifs. Un clic, un café, et hop, vous avez des quiz, des flashcards, et même des plans de cours qui se génèrent presque comme par magie. Le concept, c’est d’aider les enseignants à gagner du temps sur la préparation.

Nolej : la baguette magique… qui a parfois besoin d’un coup de polish !

Ah, chers collègues, après l’enthousiasme du premier clic sur Nolej, il faut bien le dire : tout n’est pas parfait. Ce n’est pas encore l’outil miracle.

Disons-le simplement : ça dépend beaucoup de ce qu’on lui donne à manger.

La réalité derrière l’IA : texte, son… mais pas images !

Première chose à savoir : Nolej ne traite pas les images. Zéro, nada. Si vous balancez une belle infographie ou un graphique bien ficelé, oubliez. Il se concentre sur deux choses :

  • Le texte pur (documents type PDF ou Word),
  • Le son des vidéos (et par extension les sous-titres).

Il n’y a pas de traitement de l’image en tant que tel.

Du coup, quand vous envoyez une vidéo bien pédagogique comme celles d’Yvan Monka sur les fonctions, il va se contenter de transcrire et analyser le contenu oral. Mais soyons honnêtes : le rendu brut peut être… comment dire… perfectible. Mon test sur une vidéo de Monka a donné des activités un peu bancales, pas exploitables en l’état. Heureusement, avec quelques retouches, ça devenait jouable, pas pour les 15 activités générées, mais certaines pouvaient être pertinentes avec les modifications.
Il a été plutôt efficace sur le glossaire (sur une vidéo qui reprend le cours, c’est logique), mais il y a des couacs, comme la définition de « s » ou des définitions tordues.

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Pas la plus pertinentes des définitions.
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Ici, une activité qui a été pas trop mal réussie : le gilsse-mot

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Par contre, si vous essayez d’intégrer un bon vieux problème de chez Dudu, là, c’est le crash assuré. Trop contextuel, trop visuel, trop spécifique.

Résultat : l’IA ne traduit rien de bien compréhensible, il faut donc tout retranscrire à la main.
C’est rédhibitoire.

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J’ai donc pour l’expérience, continué sans retoucher. Car si (et ce n’est pas le cas) j’avais un abonnement payant, j’attendrai de ce service le minimum d’interaction/modifications.


Voici le rendu pour la vidéo interactive du problème DUDU (épisode 4 de la saison 1):

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On a un mot : Coiffe qui est un mot « entendu » par l’IA lors de la retranscription.
L’IA a également sélectionné le mot hauteur, qui ne demeure pas pertinent car on voit où l’on mesure dans la vidéo, donc il est peu utile voire inutile de rappeler la définition.

L’IA : un stagiaire doué, mais qui manque de bon sens

Le souci principal, c’est que l’IA n’a pas encore le flair pédagogique qu’on attendrait. Elle génère des questions, oui, mais sans se demander si elles sont pertinentes, bien dosées, ou adaptées à nos élèves. Par exemple, vous pourriez vous retrouver avec une activité qui demande à un élève de

C’est là que Nolej montre ses limites : l’IA n’est pas bonne pour choisir ou calibrer les questions. Elle a besoin qu’on passe derrière elle pour trier, reformuler, voire carrément refaire certaines activités.

La main dans le cambouis (ou plutôt, dans le H5P)

Et c’est là qu’il faut parler de H5P. Parce que tout le contenu interactif généré par Nolej passe par ce format. Si vous voulez personnaliser, corriger ou améliorer les activités, il faut mettre les mains dedans. Pas de panique, ce n’est pas non plus de la programmation hardcore, mais ça demande un petit temps d’apprentissage pour comprendre comment fonctionne l’éditeur H5P. Si vous êtes déjà à l’aise avec cet outil, c’est génial : vous pourrez transformer les bases par moment peu pertinentes de Nolej en vraies pépites pédagogiques. Sinon, il va falloir prévoir un peu de formation ou quelques tutos YouTube pour ne pas être perdu.

Les contenus qui marchent (et ceux qui cassent tout)

En gros, Nolej fonctionne mieux avec certains types de ressources :

  • Documentaires, exposés, vidéos bien structurées, PDF : là, il s’en sort pas mal pour extraire les points clés et générer des activités de base.
  • Contenus trop spécifiques ou visuels : oubliez. Les vidéos très contextuelles ou les ressources avec beaucoup d’images vont poser problème.

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Jeu : Triche or Not Triche

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Toujours portée par la problématique Travail personnel des élèves et IA, je viens de modifier l’excellente activité proposée par l’académie de Strasbourg.

Seulement voilà, moi je suis prof de mathématiques, et je souhaitais pouvoir en discuter avec mes élèves (je l’ai orienté fin de cycle 4-Lycée, car il me parait correspondre à la cible qu’il faut toucher.

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Déroulé du jeu :

Phase 1 :

  • Former des groupes de 3 ou 4 élèves.
  • Distribuer à chaque groupe un jeu de cartes présentant différentes situations où un élève utilise l’IA pour réaliser ou aider son travail de mathématiques.
  • Demander aux groupes de discuter et de positionner chaque carte sur un axe qui va de « Triche » à « Not triche ».

Phase 2 :

Faire un retour collectif :

L’enseignant recueille au tableau les arguments des élèves pour justifier leurs choix (avec la double flèche affichée au tableau)

L’objectif n’est pas de donner une réponse unique et définitive, mais d’éclairer les nuances entre une utilisation légitime (pour comprendre, s’entraîner, vérifier son travail…) et une utilisation qui s’apparente à de la triche (copier-coller, faire faire entièrement son devoir à l’IA…).


Vous trouverez ci-dessous le jeu.

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Expérience de l’IA sur le travail à la maison, le retour !

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Contexte :
À 8h00 du matin, j’ai reçu 26 retours d’exercices, dont un envoyé à 1h30 du matin (par un élève absent ce jour-là). Quelques élèves étaient grippés.
J’avais donc face à moi 25 paires d’yeux qui me scrutaient, curieux de savoir ce que j’avais préparé. Douche froide, je leur annonce que je n’ai pas eu le temps (en fait si, héhéhé) de traiter leurs réponses et qu’on y reviendrait plus tard, je démarre mon cours normalement.


Déroulement de l’expérience :

1. Mise en situation :

Je leur demande, comme d’habitude, de sortir leurs cahiers de brouillon pour un petit exercice au tableau. Je projette alors l’Exercice 7, mais sans afficher son titre. Tout le monde comprend immédiatement qu’il s’agit du fameux exercice traité à l’aide de ChatGPT.

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Je dessine le tableau de données suivant afin de le compléter.
Je leurs précise qu’il n’y a que trois valeurs à déterminer.

Donc je leur lance :

  • Moi : « Qui se souvient d’une valeur ? »
  • Silence gêné.
  • Moi : « Qui ne sait pas ? »
  • Toutes les mains se lèvent.

2. Débat : Pourquoi ce résultat ?

  • Élève 1 : « On ne va pas apprendre les résultats des exos par cœur ! »
  • Élève 2 : « Moi perso, j’ai rien regardé de ce qu’elle (ChatGPT) a fait. »
  • Moi : « Alors, mettons les mains dans le cambouis, faites-moi l’exercice ! »
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Les résultats sont les suivants :

  • Moyenne : 17 élèves sur 25 ont réussi.
    • Les 8 autres ont soit additionné toutes les notes directement (6 + 8 + 10 +…), soit fait des erreurs dans les priorités opératoires (parenthèses manquantes).
  • Médiane : Échec total.
  • Étendue : Réussie dans l’ensemble, sauf pour 9 élèves qui, bloqués sur les premières questions, n’ont pas traité cette partie.

Bilan intermédiaire : Globalement positif pour des élèves de 3e, mais ces compétences sont attendues en 4e, donc peu de surprises. Seule la médiane pose des problèmes, il s’agit d’une notion de 3e, qui plus est dans un tableau


Réflexion collective et retour à l’IA :

Lorsque j’ai demandé : « Pourquoi la médiane pose problème ? », j’ai affiché quelques réponses des élèves fournies par ChatGPT.

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Les élèves ont remarqué qu’un même prompt (voir article précédent ) avait généré des résultats différents, ce qui les a perturbés. J’ai saisi cette occasion pour insister sur :

  • La fiabilité relative de ChatGPT.
  • Le non-déterminisme de ses calculs.

Les échanges marquants :

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  • Moi : « Qui a vérifié ou lu ce que ChatGPT faisait ? »
    • Élève 1 : « Moi, mais j’ai lâché, c’était trop dur, matter le truc là ! » (nldr le sigma je suppose)
    • Élève 2 : « En fait, fallait lire regarde en dessous c’est plus simple mais c’était pas clair quand même. »
  • Moi : « Qui a vraiment lu ? »
    • Silence général.

J’ai expliqué que dans ce contexte, l’IA ne les avait pas aidés à progresser, mais qu’elle aurait pu si elle avait été utilisée de manière réfléchie.

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Screenshot qui m’a permis d’exploiter ce qu’elle faisait et donc ce qu’il fallait faire pour trouver la médiane, en corrigeant l’erreur car la médiane se trouve entre la 2500e et 25001e valeurs.

L’avantage de cette erreur et encore une fois d’insister sur le fait qu’il fait savoir être critique !


Retour à l’autonomie :

Après cette correction collective, les élèves ont poursuivi leur travail avec des exercices en autonomie. Quelques-uns sont venus échanger à la fin sur la manière de mieux travailler avec l’IA. Certains ont suggéré qu’indiquer qu’ils étaient collégiens aurait pu aider ChatGPT à adapter ses réponses. J’ai confirmé cette idée, mais j’ai également rappelé que l’IA ne devrait être utilisée qu’en dernier recours, faute de quoi ils risquent de ne rien apprendre.


Bilan de l’expérience :

À chaud, je considère cette séance comme positive. Elle m’a permis de :

  1. Identifier les limites de l’utilisation de ChatGPT en classe.
  2. Montrer que l’IA peut induire une régression si elle est mal exploitée.
  3. Initier une réflexion sur l’autonomie et l’apprentissage actif.

Cependant, je reste inquiet quant à l’utilisation correcte de l’IA par les élèves. Cette expérience a révélé le risque de « légitimer » un peu trop vite un outil dont certains abusent déjà.


Prochaines étapes :

En fin d’année, je prévois de leur demander un bilan sur l’IA et l’école :

  • Où placer l’IA dans leur apprentissage ?
  • Comment en faire un allié, comme un grand frère qui guide, sans tomber dans la facilité de copier sans comprendre ?

Toujours un objectif : les aider à percevoir que l’IA peut être un formidable outil… mais qu’elle ne remplacera jamais l’effort et la réflexion personnelle.

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