Auteur/autrice : Julien Durand

Albert est le 31e élève

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Il y a quelque temps, je partageais ici les premiers pas d’Albert, ce « 31ème élève » virtuel qui a rejoint ma classe de 3ème. Si les premières expérimentations tournaient autour de la faisabilité technique et de l’intérêt immédiat des élèves, j’ai souhaité approfondir l’analyse de ce dispositif. Aujourd’hui, ce n’est plus seulement l’outil IA que je regarde, mais la manière dont il transforme la posture de l’élève à travers un concept clé : l’agentivité.

Mais au fait, c’est quoi l’agentivité ?

Avant de plonger dans le vif du sujet, un petit rappel théorique s’impose. L’agentivité (concept théorisé notamment par le psychologue Albert Bandura) est la capacité d’un individu à être l’agent de sa propre vie, à exercer un contrôle sur les événements qui l’affectent, en somme pour l’élève à être acteur dans ses apprentissages.

Face à une IA qui semble tout savoir, le risque est de voir l’agentivité de l’élève s’effondrer : pourquoi réfléchir si la machine le fait pour moi ?

Le dispositif « Albert » propose exactement l’inverse.

Le dispositif : L’IA comme miroir, pas comme béquille

Pour rappel, Albert est un LLM (type ChatGPT) présenté comme un camarade de classe faillible. Il réalise les mêmes exercices que les élèves, et ses productions sont projetées au tableau pour être critiquées, comme un élève peut montrer son travail au tableau.

En analysant cette expérience sous l’angle des 4 piliers de l’agentivité, on comprend mieux pourquoi les élèves reprennent le pouvoir :

  1. L’Intentionnalité (Phase AMONT)
    Dès le début de l’activité, l’intention de l’élève change. Son but n’est plus d’obtenir la « bonne réponse », mais de devenir un juge. Il s’engage dans la tâche pour pouvoir confronter son résultat à celui d’Albert. Cette intentionnalité nouvelle le place d’emblée dans une posture active de recherche de la vérité.
  2. La Pensée Prospective (Phase AMONT)
    L’élève apprend à anticiper les erreurs. « Je parie qu’Albert va encore mal analyser la figure, car il ne sait pas analyser une figure ». En prévoyant les failles potentielles de l’IA, l’élève mobilise ses propres connaissances de manière préventive. Il prépare son argumentation avant même que le résultat d’Albert ne soit affiché.
  3. L’Autoréaction (Phase PENDANT)
    C’est le cœur du réacteur : la phase de confrontation. Quand le travail d’Albert s’affiche au tableau, l’élève n’est plus devant un corrigé type, mais face à un miroir. Il compare, ajuste et régule son propre raisonnement en temps réel, selon ce qu’il observe. C’est une phase de régulation métacognitive :
    • S’il a suivi la même démarche juste qu’Albert, sa confiance grimpe : il conforte sa logique par cette validation croisée.
    • S’il partage la même erreur que l’IA, le choc visuel et l’analyse collective l’obligent à réajuster son tir immédiatement, transformant l’erreur d’Albert en un levier de remédiation pour lui-même.
    • S’il détecte l’erreur d’Albert alors que son propre travail est exact, il consolide définitivement sa maîtrise en se plaçant en position de supériorité cognitive face à la machine.
  4. L’Autoréflexion (Phase AVAL)
    C’est le bilan de l’action. En réussissant à corriger une IA, l’élève valide son propre sentiment de compétence. La conclusion est puissante pour l’estime de soi : « Si je peux identifier des erreurs d’Albert, c’est que je maîtrise le concept mathématique et les attendus. » En créant une trace écrite de cette expérience, on inscrit durablement ce sentiment et le savoir associé dans le parcours de l’élève.

Au-delà de l’agentivité : L’auto-détermination

Ce regain d’agentivité nourrit directement l’auto-détermination des élèves (théorie de Deci & Ryan). En agissant sur Albert, ils satisfont trois besoins fondamentaux :

L’appartenance : La classe fait bloc pour analyser « le travail du copain virtuel ».

L’autonomie : Ils sont critiques face à l’outil.

La compétence : Ils se sentent capables de surpasser la machine.

Conclusion : L’humain reste le maître du jeu

Le dispositif Albert montre que l’IA, loin de remplacer la réflexion, peut devenir un levier incroyable pour la renforcer. Mais cela demande un cadre strict : l’enseignant reste le médiateur exclusif et le garant de l’éthique (aucune donnée élève n’est transmise).

En transformant l’IA en un « pair faillible », nous ne formons pas seulement des élèves bons en maths, nous formons des citoyens capables de discernement critique face aux algorithmes.

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Modéliser ou Halluciner ?

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Comment faire comprendre aux élèves le lien entre une modélisation mathématique et la prédiction statistique d’un Large Language Model (LLM) ?

Cette activité propose d’utiliser un exercice de traitement de données pour mettre en lumière les « hallucinations » de l’intelligence artificielle face au bon sens.

Le point de départ : Un nuage de points « presque » alignés.

L’activité commence par une tâche familière : on fournit aux élèves un tableau de données numériques. Ce qu’on ne leur dit pas immédiatement, c’est que ces données représentent la croissance d’un enfant (âge en haut, taille en cm en bas).
La consigne : Représenter ces données graphiquement et deviner les valeurs manquantes pour x=0, x=20 et x=30.

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Le scénario : Les points fournis (de 4 à 13 ans) sont quasi-alignés.

Le réflexe de l’élève : Tracer une droite de régression pour extrapoler.

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L’erreur de modélisation : Le piège du hors-contexte

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Sans le contexte « humain », l’élève se comporte comme une machine : il prolonge la droite.

AU verso de la feuille d’activité se trouve l’origine de données.

À 0 an, il trouve une taille qui lui semble plausible (oui, oui 78cm pour les élèves, ça passe).
Il y a moins de doute à 20 ou 30 ans, la modélisation linéaire l’amène à prédire des tailles absurdes (comme 2m40).

C’est ici que réside le cœur de l’activité : modéliser sans contexte peut conduit à l’absurde.


L’agentivité de l’élève : Apprendre de son propre modèle

Le dispositif s’appuie sur quatre piliers de l’apprentissage :

  • Intentionnalité : L’élève veut prédire.
  • Pensée Prospective : Il utilise son graphique pour prédire.
  • Autoréaction : Il est confronté au verso (la réalité).
  • Autoreflexion : Il comprend pourquoi son modèle a echoué.

Conclusion : L’élève apprend à ne plus faire confiance aveuglément à un « prolongement logique », il doit questionner ses propres manières de modéliser.

Et si on demandait à l’IA ?

Proposition : Faire faire l’exercice à un LLM (ici Gemini) devant les élèves.

Observation : Gemini prédit aussi 2m57,

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On passe de la curiosité de l’élève sur ce que va répondre un LLM à la nécessité d’une vigilance accrue.

La réponse d’un LLM est statistiquement correcte au regard de ses données d’entrainement et celui-ci, mais elle n’est pas vérité, car le LLM appose le même modèle que l’élève.
L’erreur vient du manque de contexte.
C’est bien le coeur du problème dans l’utilisation des LLM, s’assurer qu’ils ont le contexte et l’entrainement suffisant pour pouvoir apposer le bon modèle, sans quoi il y aura des hallucinations. Cela permet d’insister sur l’importance du prompt

Corrélation ne vaut pas causalité.

Ce qu’on en retient en classe de maths

Cette activité permet de travailler des points essentiels du programme tout en développant l’esprit critique :

  • La limite de l’extrapolation : Un modèle mathématique n’est valide que dans un intervalle donné (ici, la période de croissance) et sous certaines conditions réelles.
  • Corrélation n’est pas causalité : Ce n’est pas parce que deux variables semblent liées sur un échantillon qu’elles le sont de manière universelle et infinie.
  • La nature des LLM : La réponse d’une IA est statistiquement correcte au regard de ses données d’entraînement, mais elle n’est pas « la vérité ».

En confrontant leurs propres erreurs à celles de la machine, les élèves comprennent que la mathématique est un outil de compréhension du monde, et non une simple manipulation de symboles. Pour ne pas « halluciner » comme une IA, il faut garder les yeux ouverts sur le réel !

Voici l’activité :

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IA & Éducation : pourquoi je (re)mets mon diaporama à disposition.

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Depuis un an, j’anime des FIL IA auprès d’équipes d’établissements.

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En un an, le paysage a profondément évolué.

Les modèles de langage se sont perfectionnés.
Le cadrage institutionnel s’est précisé.
Les usages élèves se sont banalisés.
Les inquiétudes des enseignants se sont structurées.

La formation que j’animais il y a un an ne ressemble plus à celle d’aujourd’hui.

Elle s’est enrichie :

  • au fil des évolutions techniques des LLM,
  • à la lumière des textes officiels,
  • à partir d’expérimentations menées en classe,
  • grâce aux échanges parfois très francs avec les collègues rencontrés lors des FIL.
  • grâce aux discussions approfondies avec mon binôme de toujours, Arnaud, avec qui je confronte régulièrement les idées,
  • et dans le cadre de la DRANE (sous couvert de l’EAFC), au sein de laquelle je travaille depuis huit ans comme animateur au numérique, et qui m’a permis de conduire ces formations.

Aujourd’hui, j’ai décidé de (re)mettre ce diaporama à disposition.

Pourquoi partager ?

Parce que l’IA en éducation n’est pas un sujet individuel.

Chaque établissement se pose les mêmes questions :

  • Que peut-on autoriser ?
  • Que doit-on interdire ?
  • Comment gérer la triche ?
  • Que dit réellement le RGPD ?
  • Peut-on faire créer un compte IA aux élèves ?
  • Faut-il détecter les productions générées ?

Laisser chacun reconstruire seul un cadre serait une perte d’énergie collective.

Mutualiser, c’est accélérer la réflexion.

Ce que contient réellement ce support

Ce n’est pas que un tutoriel d’outil.

Le diaporama aborde :

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  • le fonctionnement réel des LLM (pré-entraînement, fine-tuning, alignement),
  • leurs limites (hallucinations, biais),
  • le cadre institutionnel récent,
  • les enjeux RGPD,
  • la question de la triche et de l’évaluation,
  • l’esprit critique à développer auprès des élèves
  • l’impact environnemental,
  • la nécessité d’une charte d’établissement.

Former à l’IA ne consiste pas à apprendre à “faire un bon prompt”.

Former à l’IA consiste à comprendre ce que l’on fait et ce que l’on en fait.

Un partage encadré

Le support est publié sous licence CC-BY-NC-SA :

  • utilisation libre,
  • adaptation possible,
  • citation obligatoire,
  • pas d’usage commercial,
  • partage sous la même licence.

Il s’agit d’une version datée (mars 2026).
Le sujet évoluant rapidement, le document continuera d’être ajusté.

Et soyons clairs :
un diaporama, à lui seul, ne suffit pas pour se former.

Seule une formation encadrée et un travail collectif permettent d’aborder sereinement les enjeux pédagogiques, juridiques et éthiques liés à l’IA.

Un enjeu de pilotage

La DRANE de Nantes et l’EAFC proposent des FIL IA à destination des établissements.

Ces formations permettent :

  • de poser un cadre juridique clair,
  • d’ouvrir un débat structuré,
  • d’accompagner les équipes,
  • de travailler à une charte IA contextualisée.

À l’heure de l’IA, piloter un établissement, ce n’est pas simplement gérer des outils numériques.

C’est structurer une vision et sécuriser les pratiques.

Le véritable risque

Le risque n’est pas que les élèves utilisent l’IA.

Le risque serait que les adultes ne soient pas formés.

Partager ce support n’est pas un aboutissement.
C’est une contribution à une réflexion collective qui doit continuer.

Les retours sont les bienvenus.

C’est aussi cela, l’esprit Mathix.

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Voici le diaporama :

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